CHAPITRE III
EFFETS PARTICULIERS DE L'HABITUDE. — SES RAPPORTS AVEC l'intelligence ET LA SENSIBILITÉ
Ce serait une question de savoirs! toutes les puissances de l'âme profitent au même degré du temps et de Thabitude. Quoi qu'il en soit, toutes en profitent certainement dans une large mesure; mais le temps et l'habitude produisent sur chacune des effets sensiblement diftérents, et cela, en vertu des mêmes lois générales. Il en est absolument de ces lois de Thabitude et de la variété de leurs effets, comme des lois de la pesanteur et de la contradiction apparente des résultats de leur application. De même que l'aérostat s'élève dans les airs en vertu du même principe qui fait tomber une pierre, ainsi la sensation, par exemple, s'affaiblit et disparaît en vertu de la même règle qui avive et fortifie la connaissance. Il y a dans le monde intellectuel et moral, comme dans le monde physique, de ces faits que Bacon appelait privilégiés, précisément parce que, se présentant d'abord à une observation superficielle sous la forme d'une exception ou d'une contradiction à la règle, une étude plus attentive les fait bientôt rentrer sous la loi dont ils consacrent ainsi Tempire et la vérité.
C 'est la sep^ jJâIit£^(UiLE§I^J.L.49"Q^^ l§s démeuliâ-lfis-jjlusjfrpq^ueDtset les plus ûa^^raûts aux lois de l'habijtude. Les effets de Phabitude sur la volontë^OtllèVent plûs~' d'une question nouvelle et importante. C'est l'intelligence qui nous offre l'application la plus simple et la plus visiblement correcte des lois de l'habitude.
RAPPORTS DE l'hABITUDE ET DE l'iNTELLIGENCE
L'habitude) augmeifie absolument la puissance de toute énergie qui s'exerce .<v!Elle l'accroît surtout sous la forme spéciale et déterminée sous laquelle s'est exercée cette énergie. En augmentant sa puissanco^elle accroît aussi le besoin qu'a cette énergie de s exercer de nouveau et de la même manière.
Ce triple résultat de riwibitude fi&t visible daj^s les progrès de Tintelligence^q^iel que soit l'individu que Von prenne pour exemple, quels que soient les défauts, les quaJités, les particularités qiie l'on veuille rapprocher de la loi pour les expliquer. Le^nie et i'iiupuis&afice, paresjseet l'activité de Tesprit, les préjugés, les erre ides individus ou des sectes, des jsavants ou des ph ' phes, sont en grande partie les effets immédiats ou loin] tains, mais directs, de ces iiois de l'habitude.* - X/espdt dluJxJipmme se développe avecle temps. Sans doute, ce fait est avant tout un effet nécessaire et xiatulel du temps qui s'écouIe« de Tâge, de la croissance des wganes, de la maturité de l'esprit Jui-même qui croît de soA côjté comme le corps; mais ni le temps qui .s'éooule^ ni la puissance origijielle, ni l'âge de cette intelligence, ni la vigueur des instruments dunfc eUe di8.pose, nei&uflSlsent à expliquer ni le Discours de la Méthode^ ni les Principes mathématiques de la philosophie ualurelle^ Ea vain les années se seront succédé, en vain cet esprit capable des plus grandes conceptions, ce génie en puis-
L'HiiADnmE ET l'jnteujgence 31
aanee, aura eu à son service le plus dispos des iostm- Bftenls, rage de la maturité aura fait place à celui de la décadence sausqu'uue œuvre de génie ait été produite^ si seulement cette durée s^est écoulée vide de pensées et d'efforte. C'est une fidèle image de la destinée des intel- I^ences plus encore que de nos force physiques, que la lé^ecide des Hercule et des Samson perdant leuréeer^ g» dans le repos et la miillesse* Si Descartes a publié en 1*637 le Discours de la Méthodt^ c'est qu'il le méditait d^uis plus de vingt ans^ et c'est en y pensant toujouv que Newton disait avoir découvert le système du.monde. Peat-élie le génie est-il avant toute autre chose' un don de kl nature que tien ne peut suppléer; mais, si la nature le donne, c*est la vie, l'action, l'exercice qui en entretient la flamme et en féconde la puissance. Quand on songe au petit nombre de vrais génies qu'une grande nation produit en un siècle, quand on voit jusqu'où le simple talent et Hiéme la médiocrité peuvent s*élever par Téducation et le tcavail, dans quel état d'infériof ité demeure rintelligesce humaine quand elle végète «ans penser, quand «lie ne. peut puiser dans la lecture sa BourrituFe et sa force, on ' est tenté de supposer que le génie lui-oaême, iel qae le donne la nature, est moins rare qu'il ne semble parmi les kommes, mais qu'il ne se révèle par la production de grandes œuvres qu'autant que la culture en a fécondé et Sotùûé ie germe naturel; «c'est lui saos doute q4ii brille dans les éclairs inattendus dont s'illumine parfois un esprit inculte ou paresseux, mais le plus souvent ilsom* meille et s'éteint, ignoré de tous et de lui-même, dansdesimtelligences failes pour de hautes destinées, sjjjbiabitude ftj^ftit ftfibftV'*^ pa** I VHiicat iop Tébauche.dQ iâ nature.
Plus on a, plus on veut avoir; plus on sait, plus om veut savoir. Il semble que l'esprit le plus désireux d'acquérir de nouvelles connaissances dût être celui qui en possède le moisis; bien au contraire, l'incuriosité est la compagne de Tigoarance, tandis que le savant, comme l'avare, veut toujours augmenter son trésor. Ce n'est pas eeulenkent parce qu'apprendre est un plaisir dont il faut 9MOix gotité le charme pour en désirer le renouveilemeat,.
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3? l'habitude et l'instii»?ct
ou parce que de nouveaux problèmes et plus intéressants s'offrent à celui qui en a résolu de plus simples et de moins graves; c'est aussi par ce que l'acte de penser et de c onnaître accroît la pu i ssan cé~"(îe" c ô n* n ai t re e t de "]^n^r eTTe besoin d'^xercerjîette puissance en 'pensant et en a£pjrenant êAûûi:fîLi. Nous entendons souvent blâmer sans respect ces grands hommes, écrivains ou artistes, dont la fécondité a survécu à la maturité du génie, et qui n'ont cessé de produire dans leur vieillesse des œuvres indignes de leur glorieux passé : « Après Agésilas, hélas!» disait Boileau lui-même. Ils devaient s'abstenir et comprendre qde l'âge affaiblit aussi bien les forces de l'esprit que celles du corps. Et l'on vante au contraire ces sages qui ont su se taire après Alhalie ou Guillaume TelL En supposant que d'autres motifs plus puissants que l'amour de leur propre gloire, comme les scrupules religieux de Racine, n'aient pas imposé le silence à ces beaux génies, qu'ils aient voulu en effet se reposer sûrement sur un chefd'œuvre, on ne saurait louer que leur prudence, qu'il serait mieux encore de blâmer. Il fallait en effet qt^ç. cette prudence^t cç souci de leur rénommée fussent extrêmes pour triompher des, forces combinées de la nature etdg l'habitude. Moins soucieux de Tîntégritede leur gloire, plus dociles au démon de l'art, de la poésie ou de la science, ils eussent peut-être été récompensés, comme Al. de Humboldt, par la création de quelques nouveaux chefs-d'œuvre qui eussent glorifié leur vieillesse. En tout cas, ils obéissent à la. loi de l'habitude ceux, qai^ ayant passé toute leur vie à„penser, à créer le beau ou à inventer le vrai, meurent en les cherchant encore de l eurs de rnières pensées. Il faut moins railler l'impuissance trop fréquente de leurs efforts qu'en louer la constance; car, de ces deux lois opposées de la nature humaine, dont Tune, loi de vie, accroît nos forces par l'action, dont l'autre, loi de mort, les épuise par le temps, mieux vaut admirer la première et s'efforcer d'en prolonger les effets, que de souscrire trop tôt et trop complaisamment à la seconde. J)'ailleurs, malgré le solve senescentem mature, sanus equuniy les plus mauvais vers à'Agésilas ou d'At^
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tila ne sauraient amoindrir les beautés du Cid ou de Polyeucte^ et, alors même que cette triste loi de la décadence exerce déjà sa funeste inflaence^et triomphe îëla Ï9i^^rogi£s&LYe„dgJL\habit u de , celle-ci ne cesse pas d'agnr;! toujours constante avec elle-même. Si elle ne se mani-j feste plus, comme aux beaux jours où elle agit seule e librement, par le progrès sans entraves de rintelligeno qui pense, elle se trahit du moins par la résistance et lel ralentissement de la chute. Tandis que Tesprit qui s'en dort et s'abandonne hâte lui-même son déclin, Tesprit^ toujours actif et en éveil peut conserver sa vigueur en dépit du temps et réussir à prolonger sa virilité jusquV l'extrême vieillesse.
Quand nous avons fait une telle chose et d'une telle manière, à moins d'une raison particulière d'agir autrement, nous sommes disposés à faire et faisons la même chose et de la même manière, comme le soldat part du pied gauche, comme nous écrivons de la main droite, parce que, n'eussions- nous fait cela qu'une seule fois, nous pouvons le faire une seconde avec plus d'aisance ou de promptitude Cette loi de l'habitude est merveill eusement confirmée par la c onduite de l'intelligence et rend compte de bien des faits. Elle explique en grande partie la tournure de chaque esprit individuel, l'usage et surtout labus des méthodes scientifiques, les- différentes façons de juger et de raisonner des hommes ou des savants, les progrès respectifs des diverses sciences et jusqu'à leurs fréquents antagonismes. En effet, cette loi, \ comme les meilleures choses, n'est pas sans produire ' plus d'un effet fâcheux, et c'est dans l'excès même qu'elle se manifeste le plus clairement.
On dit que l'étude des mathématiques rend l'esprit droit, et personne ne le conteste, du moins tant qu'il s'agit des objets et des questions mathématiques. Lorsqu'on a résolu quelques problèmes en procédant à la façon des géomètres, ce n'est pas seulement parce que l'esprit a éprouvé par le succès la bonté de cette méthode, q^'iï l'emploie désormais à résoudre tous les pro Wémes de même ordre, c'est aussi par un effet irréflé"
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3à jL*jiABiTU£ic ET iJi»svma
chi d e rhabitade. La loéthode serait vicieuse, il suffit ijue l'esprit i ait pratiquée souveiit pour qu'il lAfir«liq«e finoore» aloxs même qu'iil en <ionnzÛ les déCavits» C*e6t oe qui arrive trop fréquemmeiit .a«x éoolieis^ voixe auK Sommes eux-mêmes, à qui l'on iait ^ompreadre que t^ {procédé dont ils iont usage est défectueux^ et qui A'-e& .oonliaoeot pas moins à «uivre ieuxs premiers errements^ parce qu'il leur en caûteiait de rompre avec une maii' vaise habitude. C'en dest une exœllente pour la pensée «que l'analyse ou la déduction des géomètres, et Deseapies la proclamait une gymnastique utile et salutaire^ ËUe ^'empare d'autant plus facilement de l'esprit à l'exciusion de toute autre méthode. Mais c'est ici que k loi q"uri gouverne la formation de l'habitude , augmentant par \ ohaque raisonnement la puissance de raisonner, nais I pour raisonner encore de la mêoie manière, se révèle pttrj ses excès et de fâobeu&es conséquences^ £a effet, on a pu dire ai>ssi avec raison que, si l'étude des mathématiques rend Tesprit droit, elle ne lui donne pas nécessairement cette rectitude en dehors des sciences exactes. Quelquesjinsmême vont jusqu'à soutenir qu'elle poiucrait bienfau^ Mer le jugement el banniç la oraison au nom du raiâoanement. Aforce de négliger ,1e fait et i'^périenoe, d e tout rattacher à d(»s a^iomes^ de définir et de presser jes de£'nitlons^our en tirer des eonclusions d'une parfaite ligueur, l'esprit en arrive quelquefois, quand il agitées problèmes d'un jaujtxe ordre, philosophiques ou moraux, sociaux ou politiques, à les soumettre au même procédé, .à ne pas tenir compte de ce qui est èfa Sécréter ce q^ui cTôit être, à poser comme des Axiomes des propositions générales qui ne sont maUbeureusement que des postulats, k formuler de prime abord des définitions qui ne peuvent être qu'arbitrai^s, car la définiii^n est, partout ailleurs qu'en mathématiques, lé dernier et non le jjMr^imier mot de la acieni^^^t à con'sixuire avec ees .données Honteuses des systèmes philosophiques ou des utopûœ Bociales que Bacon avaii le droit de icomparer aux toiles jségulières de l'araignée.
L'abus de toute méthode scientifique, si exeellente
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q^tt'elle sait dans les limites d'un certain domaine, que Fesprit transporte paitoot avee lui et applique à des ofcjets- qxii répugnent à cette méthode, n'est qu'une habitude que sa force même rend exclu&iy^. Aucune" scieace, au<june métho3e, aucun esprit ne sont exempt» de pareils abus ou à Tabri de ce péril; c'est ainsi que, tandis que toutes les scJeûces et tous les savants devyaienît donner l'eremple du plus parfait accord, ta vérité ne pouvant coiïtredire la vérité, bien souvent au contraire, la philosophie est en guerre avec la physiologie que combattent à leur tour la chimie ou la mécar niq^ue. En fin de compte, l'avenir concilie peu à peu toutes ces oppositions et fait voi? que le désaccord n'est pas- etrtre les sciences, mais entre les savants, et qu'il provient le plus souvent de Fa bus de leurs méthodes spécraleff et de l eurs habitud es exclusives." r , .
Une d^s puissances de Tentendement qui contribuent^^^O" le plus eflîcacement à la connaissance et au développement de l'esprit est la mémoir e. On a dit bien souvent que la mémoire est une faculté tout à fait propre à Tintelligence et qui ne peut se ramener à aucune autre. Il serait certainement inexact de prétendre qu<?, dans les faits que l'on rapporte à la mémoire, il n*y a rien qui soit panicuUer à l'entendement, rien de spécial et d'irréductible, rien qu'on ne puisse trouver aussi bien dans 1 -exercice des autres puissances de l'âme et ramener à des faits d*un ordre plus général. Mais une analyse at- v tentive des phénomènes de mémoire moutre évidem- \ ment q ue le souvenir n'est en grande partie qu'une des formes les pTus co mmunes^quoi que les plus importantes, de rh abitude^ —
ÎJn souvenir se compose en eflfet de deux éléments très distincts, que Ton confond souvent et q uTTÎmpô'rTe ici de bien séparer; ils sont même fréquemment séparés dams la réalité. Un souvenir est d'abord la^représentation devq;pt t'psprit j^ine pens^ft plu^ qu moins ancienne, Ta reproduction d'une idée déjà conçue par lui, naguère ou autrefois. Sans cette reproduction du passé le souvenir n'est pas possible, mais elle ne suflSit pas à constituer le
souvenir. Pour cela, il est nécessaire qu'à cette reproduction du passé s'ajoute u n jugement de l'espri t, par ^quel il reconnaîLlÊL4y^sé dans le présent, l a pensée d e ^^^^nÇlarpfi nsftpc da.moment. Comment a lieu ce jûgement, c'est ce qu'une théorie spéciale de la mémoire devrait expliquer; mais, de quelque façon qu'il se forme, il faut, pour qu'il y ait souvenir, que l'esprit identifie le
^)^ésent au passé et ait conscience que ce n'est^^as pour a première ToFs^qu^ conçoit ou perçoit l'objet actuel de sa pensée. Si la représentation du passé n'est pas accom-^ pagnée de cette conscience, il n'en sera pas moins vrai sans doute que le passé est de nouveau présent, et que l'esprit conçoit ou perçoit l'objet actuel de sa pensée pour la seconde ou pour la centième fois; mais ce sera si peu un^souvenir que les conditions de ce phénomène sont au contraire celles de l*oubIî. J'ai connu cette chose ou celte personne, J*accord; je la revois en ce moment, soit encore; mais je ne la reconnais pas, c'est-à-dire que je l'ai oubliée.' La r econ naissance, voilà un é ' /constitutif du souvenir, que Ton ne peut ramené; / cun autre fait plus général sans le dénaturer l jugement spécial de la conscience qui n'a rien à yoîtJ \avec rhabiiude. Mais, cette reconnaissance du passé étant impossible sans la représentation préalable du passé, il faut bien convenir que cette représentation du passé est au moins la matière du souvenir, et quelâ mémoTre consiste dans ces deux choses : la reproduction du passé dans le présent, et une sorte de visa ou de certificat de conformité du présent et du passé donné par la conscience.
La reproduction du passé a lieu elle-même de deux façons différentes. (l'antôt l^objet que nous avons déjà perçu une ou plusieurs fois, s^ojTre une fois de plusj)réseniement et réellement à nos^sens, comme'lorsque noiis rencontrons une personne que nous avons rencontrée antérieurement, ou que nous nous trouvons en des lieux que nous avons déjà visités : c'est une perception qui se renouvelle, parce que le même concours de circonstances qui l'a fait naître se représente dans le temps. Rien dans
à-dire que n élément \ ener à au- ] r; c'est un / ien à vn\i* J
l'habitude et l'intelligence 37
cephénomèDe ne ressemble à l'habitude. Mais les choses ne se passent pas toujours ainsi, et ce n'est pas dans ces conditions que la mémoire a le plus souvent et le plus utilement occasion de certifier l'identité de l'objet de notre pensée présente et de notre pensée passée J^e plus souvent, ce n'est pas par un effet du hasard ou de quelque caus^ extérieure a nous qu'un même objet occupe notre pensée à des moments différents de la durée, mais bien par suite d^u n travail propre et intérie ur Hft U pensée ellp-mAm^, rfans lagiiftllft nnp JA^a '^ppfjlp fj QH^ trpg iHi^^M* nninq h PPl1ft,U par qnpIqiiP rAppnft DanS CC
cas, l'ubjet actuel de notre pensée, la matière du souvenir, qu'à moins d'oubli notre esprit reconnaîtra avoir déjà pensé, n'est pas réellement devant nous, n'affecte pas nos sens, ni aucune autre faculté perceptive; il n'est pas présent lui-môme une fois de plus, c'est seulement ridée que nous en avons qui est présente une seconde îois,~malgré l'absence de cet objet. Nous concevons cet» objet, comme disent pour parler avec plus de précision quelques psychologues, nous ne le percevons pas, la per- \ ception étant la pensée d'une chose réelle et présente, la 1 conception celle de tout objet, absent ou imaginaire, ' sans réalité actuelle.
Lorsque la conscience constate que l'objet présentement conçu par notre* pensée est le même qui a déjà été jsoit conçii, soit perçu réellement par elle, le souvenir est^ complet. Mais il se peut que ce jugement de reconnais-f sance n'ait pas lieu et que cette sanction importante manque à la répétition du passé. Alors ce n'est pas précisément le souvenir, et la mémoire n'a pas achevé tout son office ; cependant ce phénomène incomplet est le premier acte d'un fait de mémoire. Quelques philosophes ont cherché à lui assigner le nom de réminiscence y qui n'est pas toujours adopté par l'usage avec cette signification étroite, mais qui fait entendre que ce phénomène est bien, quoique inachevé, l'œuvre de la mémoire. C'est cette matière indispensable de tout souvenir, cette réminiscence^ qui n'est autre chose qu'une forme de l*habitude, en tous points semblable à d'autres faits ôuTê"
passé se répète également dans le présent, avec cette seule différence qjue, dans la rérainiscence^ ce sont des idfifts qn ^^«^ p^nfii^PJ^^ !^ PftTr^lpginn de tout autrc élément du passf^, que^reprodail.rhabJJlJifli^^^^elle ai f r re diffiS -'^ fençè y'à-t-Tirpar exemple, entre cet enchaînement de mes idées qui fait que je répète en ce moment le dixième vers de l'Enéide, ayant tout à l'heure lu ou entf ndu le premier, et cette liaison de mes volontés et de mes mouvements musculaires qui fait que mon doigt va précisément se placer sur le point que voici? Dans l'un et l'autre cas, c'est l'habitude qui fait tout exactement de la même manière. Dans Tun et l'autre cas, ce sont de petits faits qui se provoquent et se succèdent dans un certain ordre, parce qu'ils se sont déjà succédé selon cet ordre. Peu importe à Tessence du phénomène que les anneaux de cette série soient des mouvements de mes membres ou des pensées de mon esprit. L'identité des deux phénomènes est si parfaite que Ton pourrait appeler cette reproduction, rendue facile et fréquente par l'habitude, d'une même série de mouvements musculaires, l a ména cnre des organes.
Les physiologistes et les psychologues qaTont essay?* d'expliquer comment se produit la réminiscence, en ont proposé des théories bien différentes^ mais elles s'accordent toutes à lui donner pour cause ou pour moyen Vassoeiatioriy soit de phénomènes organiques, mouvements des esprits animaux, vibrations des fibres nerveuses ou toute autre hypothèse, soit de phénomènes immatériels, comme des sensations ou des idées. Or, qu*est ce qu i as socie up mouveme nt à un mouveme nt, une pensé e à \ une pensée, un mot à une idée, une idée à un mot? Une ' première fois c'est la nature ou le hasard, la raison ou le caprice. Mais qu^est-ce qui cimente cette union^^t fait qu'un lien qui devrait se dénouer de lui même se serre ' fortement et devient presque indissoluble ? C'est l'habi-/ tude. En effet, ces mots association ou liaison des idéës^ TûTont aucun sens, si Ton veut les prendre à la lettre. Nos idées ne s'unissent pas les unes aux autres à la façon des atomes crochus. Elles ont entre elles des rapports natu* rels et constants, d'analogie ou d'opposition, de causa»
l'habitude et L*INTELL1GENCE 3^
lité, de conséquence, de généralité, parce que Tobjet de celle-ci est semblable ou opposé à l'objet de celle-là, parce qu'il en est la cause ou Teffet, parce qu'il est un genre dont Tautre est une espèce, etc. Elles en ont d'autres encore, exté rieurs et fortuits; elles ont été conçues pour la première fois dans le même temps, dana le même lieu, ou dans des temps et des lieux successifs. On ne s*étonnera pas que l'esprit passe fréquemment d'une idée à une autre idée, si l'objet de l'une est la eause ou l'effet xle Tobjet de Tautro. Ce qu'il a eu une aussi bonne raison de faire une première fois, il est compréhensible qu'il le fasse une centième; une telle succession d'idées n'est pas nécessairement une réminiscence et Vhabitudejieut^^yêt^^ Elle peut cependant
y àvôîTliussi sa^pârt,^car elle n'est pas obligée d'être déraisonnable ; et Jcette succession répétée de plusieurs^ idées qui s'enchaînent déjà logiquement devient alors l 'œuvre commune de la raisoi^ ç^ ^^ Jjî gjlîlll'jfi 1^ secônde venant en aide à la première dans lesprirdu phi* losophe ou du savant et resserrant les liens qu'avait noués celle-ci. Mais, quand il s'agit de ces idées ^ans ipelatio ns raisonnable s, qui, après s'être une première lois accompagnées ou suivies dans l'esprit, s'accompagnent et se succèdent encore désormais ^ec obstination, l'habitude seule peu t jji^expliquer la reproduction» La pensée, comme toute autre énergTe vivante, devient, par le seul fait d'avoir agi d'une certaine manière, plus <îapable d'agir encore de même et plus disposée à faire^ ce qu'elles déjà fait; l'esprit quia pensé une première ^i fois un certain objet dans de certaines circonstances tend ' par cela même à répéter le passée il s'imite en pensant le même objet dans les mêmes conditions, et reproduit toute la série des idées qui faisaient le cortège de sa per- ^ ception première. ^
En vain un grand nombre de physiologistes ou de psychologues, partant de ce principe qu'une idée n e peut être^ rappelée à l'esprit si elle est bien rJelMm^nt ^passée, "et en concluant qu'elle doit être conservée et déposée, selon les expressions de saint Augustin, dans quelque
réservoir ou quelque grenier de la mémoire, pour reparaître un jour à la lumière du présent, s'efforcent-ils d'expliquer par des hypothèses arbitraires et ingénieuses comment nos idées passées sont conservées dans les organes ou dans l'esprit et, sans être actuellement conçues par lui, demeurent cependant à sa disposition, toutes prêtes à renaître autant de fois que s'en offrira l'occasion. Il n'est besoin ni d'imaginer, comme les Cartésiens, que le cerveau conserve le sillon dans lequel les esprits animaux coulant une première fois ont provoqué l'idée ou la sensation présente, et qui, aussi souvent qu'il recevra le fluide subtil, éveillera le souvenir de cette idée; ni de supposer, comme Leibnitz, que les sensatiops et les idées qui furent présentes ne sont pas tout à fait évanouies dans le passé, mais qu'elles subsistent obscures, latentes, imperceptibles au fond de l'âme, jusqu'à ce qu'une occasion les remette en pleine lumière et en pleine conscience. Le cerveau ne suffirait pas à ce rôle, de quelque façon qu'il le remplisse, et ces perceptions latentes n'expliquent rien; car, si elles sont vraiment insensibles, elles sont bien passees"~el"nè peuvent renaft£ei^.eC^i elles ne le "gônf pas, nous en ^yqus quelque conscience actuelle et elles n'ont pas à renaître. Nos idées d'hier sont bien réellement passées, et, s'il est une puissance capable de les faire revivre, il n'en est aucune qui les conserve. Le temps abolit les idées comme tous les autres phénomènes, mais une chose demeure, l'esjjrit lui-m ême et rhabitade qji'il a^açquise^ C'est assez pour expliquer la réminiscence; l'habitude ne conserve pas les idées pa ssées, mais elle a le pou voir de les répéter.
L'habituïïe n'esï^bnc pas toute la mémoire; mais on peut dire que la mémoire se compose de deux choses, de l'habitude et de la r econnaissance, ou de la réminiscence et du souvenir. Par"Tâ~rémlnîscence, l'habitude rajeunit \ le passé et le fait renaître en en tirant le présent; par la reconnaissance au contraire, le souvenir vieillit le pré-/ sent et le fait retourner ver» le passé.
RAPPORTS DE l'hABITUDE ET DE LA SENSIBILITE:.
La sensibilité se joue en apparence des lois de l'habitude, dont l'intelligence nous oflfre la plus régulière application; au fond elle ne leur obéit pas. avec moins de rigueur, mais elle les subit autremenj , parce que sa nature est autre que celle de la raison. Peut-être aussi, connaissant moins bien son essence, sommes-nous tentés de prendre pour des anomalies les faits les plus conformes à ces lois inviolables. En effet la nature propre de Ja sensibilité se dérobe à notre connaissance plus obstinément encore que celle des autres puissances de l'âme. Jouir et souffrir, voilà sentir; mais que sont le plaisir et la douleur? Chacun en fait chaque jour Texpérience, et personne encore n'a pu dire avec exactitude.ee qu'ils sont et d'où ils viennent, comment, si différents, ils se ressemblent si fort, et, si ennemis, ils s'engendrent mutuellement. Ce que les psychologues et les moralistes de tous les temps ont le mieux établi touchant la sensibilité, c'est que Ja sensation, plaisir ou douleur, est essentiellement un mouvement, un changement. Elle est moins un état que la tran sition d'un état à un autre, car elle n'apparaît que lorsque Tâme passe d'une manière d'être à une autre plus ou moins différente. Les anciens appelaient le plaisir ^8ov^ evxivT^aet; ils le distinguaient avec soin de l'i^joovj^ xaTaejTTjfxaTtxTi, ï ataraxie^ l'apathie, l'absence de douleur et même de toute sensation émouvante, peut-être la béatitude, peut-être l'insensibilité. S'il en est ainsi, on se rend déjà quelque compte du singulier phénomène que la sensibilité noue offre : plus une sensation se prolonge ou se régètej^Jus elle^'affaiblit* èîlé finît même par s'evanouir entièrement, malgré la persistance de la cause q¥r Fa fait naître. En d'autres termes, ^habitude émousse
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les sensations, le plaisir et la douleur. C'est le contraire, «eràbïe-t-il, qui devrait arriver, s'il est vrai que toute puissance s'accroisse par l'exercice.
Pour qu'il n'y ait aucun doute sur la réalité même du phénomène, il convient d'en écarter d'abord, en les •expliquant autant que possible, certaines circonstances particulières, capables de le dénaturer, et qui, ayant leur raison d'être dans d'autres lois plus impérieuses encore que celles de l'habitude, peuvent contrarier ou réduire à néant ou tout au moins voiler l'action de celles-ci. Si la douleur est trèsrviolente, il geut n'être pas y rai qu'elle ■s'affaiblisse et disparaisse en se'prôlon^gant ou en se répétant; il se peutaîTcontraîre qu'elle augmente encore de violence et même amène la mort. C'est précisément cette dernière conclusion de la douleur qui nous éclaire sur la façon particulière dont elle se comporte quand la violence en dépasse certaines limites, et nous rappelle les réserves expresses que nous avons dû faire antérieurement. Au dessus des lois do l'habitude, qui régit en partie l'exercice de toutes nos puissances et favorise leur dévelo|:q>eaient, sont les lois de la vie, bien plus étroites encore, et les plus rigoureuses de toutes, celles de la mort. Lorsqu'une cause extérieure qui provoque la souffrance en notre âme, attaque sérieusement les sources -de la vie, ne comprend-on pas aisément que la douleur de la blessure ou de la maladie qui dure et menace d*une\ mort prochaine, a dans notre corps de trop profondes \ xAcines pour que l'influence, réelle, sans doute, mais limitée, de rhabltudè en puisse triompher? Encore, si <îerte douleur persiste avec sa violence première ou même ^'aggrave avec le temps, en trouverait-on sans doute la cause dans une aggravation de l'état morbide, tandis que, si cet état dure sans empirer, la douleur qui en résulte, si violente qu'elle soit, diminue quelque peu d'intensité. Tel malade qui, à la première atteinte d'un mal douloureux, jugeait la soufiFrance intolérable si par malheur elle venait à se prolonger ou à se reproduire, a supporté bien d'autres assauts, non pas sans souffrir, mais avec une douleur plus calme. Pour écarter autant que possible
rinfluence de ces lois étrangères à Thabitude et qui en contrarient ou en dissimulent les effets, il faut considérer de préférence les cas innombrables où la douleur , n'ayant point sa source dans ces blessures mortelles , n'a pas non plus cette violence insurmontable.
Si les lois de Thabitude sont toujours les mêmes, comment se fait-il donc qu'elle émousse notre sensibilité, tandis qu'elle aiguise notre intelligence. Maine de Biran a si spécialement et si profondément traité des rapports de l'habitude et de la sensibilité qu'il est aussi impossible de ue pas répéter ici son Mémoire sur rhabiludc^ que difficile d'j aj"ïuter quelque chose. Malgré li^s apparences contraires, l'habitude agit de la mênie ma Q.ièr|!sur Tintelligence et la sensibilité, et les effets les pliis différents sont rapplicauon à' un e njérug lai à des puissances diffé rentes. Il en est"dé la s*^nsation que nous fait éprouver, par exemple^ un objet extérieur, la chaleur ou le froid, comme de l'effort que nous faisons pour triompher d'une résistance étrangère, par exemple, celle de nos doigts, quand nous voulons les promener sur le clavier d'un instrument. Nous proportionnons l'énergie de notre effort à l'intensité de la résistance que nous devons vaincre. Un premier exercice est laborieux ; nous y dépensons un grand effort, parce que nous rencontrons dans des muscles inhabiles la raideur et l'inertie. Mais, à mesure que Jes orgafies s'assouplissent par le travail, nous n'avons plus à déployer qu'une énergie de moins en moins grande pour faire équilibre à cette résistance amoindrie, et la vaincre d'autant plus aisément que notre force elle-même s'est accrue de son côté par l'exercice. De même, lorsqu'une cause extérieure agit sur nos sens, lorsque nous passons d'un milieu dans un autre, d'une température moyenne dans une température plus froide ou plus cliaude, l'action ou la réaction de la sensibilité contre cette nouvelle influence est d'autant plus forte que l'écart est plus grand entre Tétat où nous étions et celui où il nous faut être. Elle se traduit par une sensation d'autant plus vive, soit agréable, soit pénible. Mais, à mesure aussi que cette différence diminue entre la température
de notre corps et celle du milieu qui nous entoure, la sensation doit diminuer d'intensité; et, quand l'équilibre s'est établi entre ces deux températures, nous ne devons plus sentir et ne sentons plus en effet ni la fraîcheur ni la tiédeur de Tair, parce que, comme entre ces deux températures, l'équilibre s'est établi entre l'état de nos sens et la cause qui les sollicite. Or la sensation ne résuite que du passage d'une manière d'être à \ine autre; le propre d'une transition est d'étre^frànsiioire; quand ce J passage est accompli, l a sensati on elle- même es t achevée^^^
^La durée du changement mesurelâ diireë de la se^^JrtiOn, et l'écart entre ce qui était et ce qui doit être en mesure la vivacité. Du moment que le changement est opéré,
^que rétat des sens correspond à celui du milieu qui les baigne, cette manière d'être devient stable et comme acquise à la nature. La sensation ne vit que du mouvement, elle disparaît dans l'immobilité; la sensibilité n'est excitée que par l'accident et la nouveauté ; l'accident qui se prolonge cesse d'être accident, la nouveauté qui se répète devient ancienne. Tout ce qui dure entre dans le tempéranifiAt, et, cessant de changer, cesse d'être s"ënsrBIe. Nous jouissions sans doute ou nous souffrions de respirer et dé vivre, de tous nos organes et de tontes nos fonctions, dans la nouveauté de ces fonctions. Nous ne sentons plus aujourd'hui le plaisir ou la douleur de vivre, qu'autant qu'à la surface ou dans les profondeurs de nos organes quelque changement se produit qui rompt la monotonie de la santé et tire la sensibilité de son sommeil; jusqu'à ce que, si cette nouvelle manière d'être se continue, elle devienne elle-même partie intégrante de notre être et de notre constitution et nous laisse retomber dans l'indifférence.
Le pla isjr^ ei la douleur n'ont d'autre aliment que la comparaison de l'état présent et de l'état passé; l'état pTrésent est agfëàïïre7et d'autant plus agréable,' que cette comparaison avec le passé lui est favorable , d'autant plus pénible qu'elle lui est désavantageuse. Mais lorsque^la^sensalion, ^^r^s^hLla û^ dojilûureuse, se prol onge ou se répète, elle est à la fois le présent, puisqu'elle est
l'habitude et la sensibilité 45
encore , et le passé puisqu'elle est depuis u n certain temps; elle ne se compare donc plus g i^'aypfiftlIft.Tniimpr" e t le résultat de cette comparaiso n nii Ipsl3 eu3^ têTïïïcs^ sont'^g anif ^«^ l'ip différence .
Il est rare même que la sensibilité s'éteigne dans cette apathie; il faut pour cela que la sensation n'ait pas été bien émouvante. Plus vive, elle passe successivement par toutes sortes de phases, qui Tamènent à perdre son premier caractère et à se transformer en son contraire; agréable, elle devient douloureuse, ou douloureuse, elle devient agréable; le plaisir varie d'abord d'intensité, il décroît, et la sensation s'évanouit pour revivre et croître encore sous la forme de la douleur. Un plaisir amoindri par sa propre durée, comparé à sa vivacité première, est déjà presque une peine. L'être sensible est amoureux du^ changement; le même objet ne cesse-t-il de nous inviter à ia jouissance, il nous importune, le plaisir s'éteint, la sensation devient satiété, la satiété, dégoût; du dégoût naît le besoin d'une autre excitation, d'une sensation nouvelle, et, jusqu'à ce qu'une cause étrangère la provoque ou que le repos nous ait rendus capables de goûter encore la même jouissance, la sensibilité, impuissante à la faire naître elle-même, l'appelle et l'attend dans le désir, dont l'ardeur peut atteindre l'intensité de la douleur. — -
La douleur est plus tenace, elle cède et s'éteint plus lentement, et il est rare qu'elle se transforme franchement en son contraire, comme le plaisir en douleur, sans toutefois qu'il soit impossible d'en trouver de nombreux exemples dans les plus vulgaires de nos sensations du goût ou de l'odorat. Elle n'en suit pas moins d'un pas inégal la même loi de décroissance et de métamorphose. Quelle jouissance n'est-ce pas que la cessation de la douleur I et le patient qui sort de la torture ne dirait-il pas volontiers avec Épicure que ne pas souffrir est le bien souverain?
Si rhabitude a moins d'influence sur la douleur que sur le plaisir et triomphe difficilement de celle-là, tandis que le temps emporte l'autre avec une rapidité qui nous désole^ c'est un nouvel effet de ces mêmes lois générales
46 L'HABnUDE ET L'INSTINCT
"de l'habitude que nous avons signalées. Que la douleur ait sa raison d*être, on a beau le déplorer, il faut bien le reconnaître; mais il n'en est pas moins vrai quVIle contrarie notre nature, ou plutôt qu'elle est le signe élo» •quent et persistant de tout ce qui la contrarie, de quelque diminution de notre être, de quelque menace ou de quelque atteinte déjà portée à notre intégrité ou à notre bienêtre physique ou moral. Or, sans faire intervenir ici aucune considération des causes finales, bien que la raison ait quelque peine à les écarter d'un tel sujet, rappelonsnous seulement que l^abitude s'acquiert avec d'autant plus d'aisance et depromptiiuïïe qûeTesTaîts qu'eTTe doit Tanger sous sa Joîs^acco'ïdrar mieux avec notre nature 'et en i avonsènt^Javap tage lé développementrqu© son" influence est d^suitant j»lus lente, laborieuse et âfTalbîîèr ^ûTTssbnt moins conformes aux tendances naturelles de notre énergie vitale ou morale^ enfin, qu'elle doit échouer absolument impuissante devant toute force ennemfe qui fépùgne'aux conditions nécessaires de la vie et en attaquêTês sources. Telle est la douleur, d'autant plus reoelle à l'action calmante du temps et de l'habitude, que la cause qui la provoque, et dont elle est le signe en même temps que l'effet, porte une plus grave atteinte à notre être physique ou moral. On s'accoutume au plaisir> comme nos poumons à l'air qui nous fait vivre, on ne s'accoutume à la douleur que comme l'estomac au poison.