‹ L'habitude et l'instinct: études de psychologie comparéeChapitre 7 sur 51 · RAPPORTS DE L'HABITUDE ET DE LA VOLONTÉ · texte numérisé non relu

RAPPORTS DE L'HABITUDE ET DE LA VOLONTÉ

Les rapports de rhabitude et de la Tolonte offrent le plus sérieux intérêt et soulèvent les questions les plus délicates ou les plus graves de la morale ou de la métaphysique. Ne sont-ce point en effet des problèmes de la /plus haute importance que de savoir comment ThabitudeA /que l'on compare souvent à Tinstinctet même à la méca» j / nique, peut naître de la volonté, que Pon oppose au con-/ Vtraire à Tinstinct et à l'habitude; si l'habitude, une fois née de la volonté, peut se s oustraire à sapmssance, et, devenue indépendante, agir sanselFe et4iialgré^lle;si^ la plupart de nos actes volontaires rendus ainsi par i'habitud^ âiUûmaliqjies, la nécessité ne remplace pas le libre arbitre dans presque toute la conduite humaine ; si la responsabilité ne disparaît pas de la plus grande partie de nos actions, et, avec elle, leur valeur morale? Bien d'autres conséquences d'une égale gravité résulteront de la nature des rapports dont l'observation et la raison constateront l'existence entre l'habitude et la volonté.

Le point difficile et important est moins de découvrir et de décrire quelle est l'influence de la volonté sur l'habitude, que d'apprécier celle que l'habitude une fois née

exerce à son tour sur la volonté. Mais le second problème ne peut recevoir sa solution que du premier, comme il en tire son origine.

INFLUENCE DE LA. VOLONTE SUR L HABFrUDE.

L*habitud e naît de la volonté, non pas toujours, non ^aimêraene^us souvent; maïs les plus importantes de nos habitudes sbnl évidemment celles que nous contractons volontairement. Les mœurs, qui ont donné leur nom à la morale, l'ont elles-mêmes reçu de Ihabitude. Les mœurs ne sont pas les instincts, mais tout au plus, comme chez les animaux, les actions, les coutumes qui en dérivent; les mœurs supérieures, qui méritent véritablement ce nom, comme celles de 1 homme, et font de lui un être moral, sont les coutumes individuelles ou nationales établies par sa libre volonté.

Sans anticiper sur l'avenir et trancher une question des plus controversées, sans décider quelle est Torigine ou la nature de ce qu'on appelle les instincts, on peut dire sans crainte de contradiction qu'un instinct est une disposition qu'apporte en naissant un individu, animal ou homme, de quelque part qu'elle vienne. L'instinct pivvynqnft nnft prftTTiiftrft siMÂnn'^ elle cst par conséquent purement instinctive. Il la rép ète e t la^épète encore; pgut-être bien l'œuvre^pôûFTa centième fois accomplie n'est^llé pas plus sûre et plus parfaite qu'au premier jour, parce que le coup d'essai était en même temps un chef-d'œuvre, ou parce que certains animaux ne peuvent dépasser les limites d'un cercle rigoureusement tracé d'avance. L'acte.répété est toujours instinctif, et cependant rhabitude y peut avoir aussi "quelque*" pafr; câr7si laTfêpétition de l'acte instinctif n'a pu fortîffer l'instinct, elle l'a plus fortement enraciné dans la nature, ou tout au

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moins Ta rendu plus diflScile à déraciner. C'est pourquoi, parmi les animaux d*une même espèce, lesjeimfis sont toujours plus faciles à é leyer^^ a ppri voiser, à accli * mat er7 à plier à Jes habitudes di fférauifia- dfî.JLaui£ï3stîtrcts^ qu e les vieux, Thabitude n'ayant pas accru chez l5ux la résistance de la nature en agissant dans le même sens. Il en est de môme pour l'homme, sauf que, ses ins* tincts étant moins^ nombreux, moins précis et moins profonds, l'acte qu'ils commandent une première fois est le plus souvent répété dans la suite, moins par Tinstinctlui-niême g ue par Thabitude ; si bien qu'au bout de pèuTTannées, sinon de peu de jours, l'homme ne fai^ plus rien par pur instinct et agit déjà presque en toutes choses par habitude. On peut donc dire que, surtout chez l'homme , il y a des habit udes nées de

l'i nstinct. ' ' " ^~

Cependant la plupart de nos habitudes ont une autre origine. Sans autre instigation de la nature que celle qui nous invile à exercer les puissances que nous tenons d'elle, nous exécutons un premier mouvement ou produisons un premier acte que les circonstances seules déterminent. Ce premier acte, fruit du hasard, spontané plutôt qu'instinctif, peut être le point ^^e départ d^ûne habitud e, qui peut s'acquérir désormais de^deux manièfês^jïoîFpar la répétition toujours également fortuite du même mouvement,^*soit par la reproduction voulue de l'acte d'abord involontaire. Dans le premier cas, l'habitude est aussi involontaire que si elle était née de la répétition d'un acte instinctif. Dans le second, elle est déjà presque absolument le fruit de la volonté, bien que le premier mouvement, dont la répétition seule a été voulue, n'ait pas été voulu lui-même. Enfin une habitude est le résultat exclusif de la volonté, lorsque sciemment et librement no us exécuto ns un premier acre7 quëlbousprë^ médito ns de repro duire et rep^ojuispjjs en eff et mainte fôTs par une intervention expresse et formelle de la volonté. C'est là le typ e de l'habit ude^yplûlltaire, que nous ne saurions rencontrer dans la vie avec toute la pureté que peut seule lui donner l'analyse psychologi-

qu6« Dans la réalité, ces éléments divers, Tinstinct, le iiasardy la volonté se mêlent généralement selon les pro* {>ortioQS les plus diflférentes, et le caractère d'un e habi^^ t j^de est complexe, comme son online est multip le. Là* voIônteT^àFexeinpte, èst^pdîiï peu de cKose dans Tacte •d'un enfant âgé déjà de plusieurs mois qui presse en- <5ore le sein de sa nourrice; elle intervient pour la plus grande part dans Thabitude de la marche ou de la parole; -elle crée presque tout entière l'habitude du pianiste ou de l'employé au télégraphe. Elle n'est môme pas tou« jours absolument étrangère à des habitudes qu'elle n*a pas fait naître, lorsqu'elle pouvait intervenir pour les •empêcher. ""^^^

Considérons le type de Thabitude volontaire; voyons •comment elle se forme, et quelles conséquences résultent de son mode de génération pour les relations de l'habitude et de la volonté. Ces relations varient à chaque instant selon l'âge de l'habitude; et c'est l'histoire de ces variations qui est la clé de bien des énigmes.

Le premier acte ne doit rien à l'habitude, il est tout entier le fait de la volonté. Mais, dès que ce premier acte est voulu, le germe de Thabitude existe déjà, imperceptible, impuissant, mais il est. Il est la trace à peine visible et plus ou moins durable que laisse le passé derrière lui ; il consiste dans une disposition , si faible qu'elle puisse être, de la puissance active à agir une seconde fois comme elle a agi une première. Il est bien possible que ce germe de l'habitude ne se développe pas, et même qu'il périsse, ce qui arrivera probablement §i la vo lonté ne veut pas une seconde fois la même^ chose; il est incapable,~en"eTPet, faible et naissant à peine, de produire seul à son tour, sans la volonté, la même action que la volonté a déterminée tout à l'heure. Il faut que la volonté ie couve, l'entretienne, le fortifie en répétant elle-même l'acte libre. Et même, les premières fois que la volonté répétera cet acte, cette habitude naissante sera sans doute pour bien peu de chose dans le renouvellement du phénomène. C'est là le premier âge de l'habitude, où elle ne peut vivre que par la volonté, bien loin de la pouvoir

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encore suppléer ou supplanter, où elle reçoit tout d'elle et ne lui rend encore aucun service appréciable; elle serait an^antie^ s i seu lement la volonté s'avisa it de vou» -idîTautrement qu'elle n'a*vouTa; eïïé rie saurait encore irTlui laïrë opposition, ni, si jalouse qu'elle soit, lui porter ombrage. S'il est vrai que Teffort de la volonté se proportionne à la résistance, à mesure qu'augmente la I facilité d'agir, l'intensité de l'eflfort nécessaire diminue 1 proportionnellement, et la volonté fait ou semble faire y retrait e à mesure que l 'habitude ^j^andit. La voici main^ tenant à son apogée, elle ne peut "pTû^ croître sensiblement, elle donne son nom aux actes qui se produisent désormais : volontaires à Torigine, ils sont maintenant liabituels. La facilité, la promptitude, la sûreté avec lesquelles ils s'accomplissent ressem blent aux caractères de l'instinct, et c'est pour cela qu orTappette l^âBîtuHê^ une seconde natufêT '

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