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CHAPITRE III CE CO:.FLIT D’OPINION

Les citoyens des ‘provinces d’Ontario et de Québec ont-ils raison de se reprocher mutuellement le vote différent qu'ils ont enregistré aux dernières élections fédérales ?

Je dois donner à cette question, très pertinente, la réponse négative la plus formelle.

Dans la nature, le soleil ne prodigue sa radieuse clarté qu'après avoir percé les épais nuages qui parfois le dérobent à la vue des humains.

De même, dans l’ordre politique, comme dans l’ordre moral, la vérité ne brille que des hauteurs que l'intelligence humaine doit gravir pour la voir clairement.

Il me faut donc, en premier lieu, dissiper le brouillard opaque qui plane encore, lourd et étouffant, sur certains esprits, après avoir, au cours de la campagne

électorale, obscurci la raison de gens pourtant capables de mieux résister à l’aveuglement qu’il n’a pas cependant réussi à produire, comme l’espéraient ceux qui en .couvraient le champ de bataille électoral.

La question importante sur laquelle l’électorat avait à se prononcer pour atteindre le but ardemment désiré de tous, était très claire.

Pourquoi a-t-il fallu que, des deux plus grandes provinces du Canada, s’élevassent des miasmes suffocants — véritables gaz asphyxiants—pour tenter de les couvrir de ténèbres épaisses juste au ‘moment où la raison publique avait le plus besoin de sa clarté et de sa vigueur ?

Il semble pourtant que l’heure était assez solennelle pour dominer les passions mauvaises, et laisser le champ libre au plus pur patriotisme.

Malheureusement, les fauteurs de discorde, les provocateurs de la haine, les exploiteurs de préjugés, n'avaient pas abdiqué. Entrés hardiment en scène, à

coups de placards outrageants, de paroles et d’écrits injurieux, de dénonciations calomniatrices et virulentes, d’accusations perverses, ils s’efforcèrent de transformer en un criminel conflit de races ce qui n’était en réalité qu’une lutte d’opinions également légitimes de part et d’autre.

pendant que les citoyens du pays se préparaient, par une étude et une discussion sérieuses, à accomplir le grand devoir qui leur incombait, les projectiles des fanatiques se heurtaient à la frontière provinciale pour retomber dans la fange impure qui les avait produits.

Mais à quelque chose malheur est bon.

Très souvent, les excès se détruisent par la violence même qui les signale et en fait ressortir davantage l’horreur.

Cette odieuse campagne de petits groupes plus acharnés à détruire qu’à édifier, a-t-elle exercé une influence considérable sur le résultat du scrutin ?

J’affirme que non. J’en étais convaincu avant mon départ pour Toronto. Je

suis revenu de la capitale ontarienne certain de la justesse de mes conclusions préalables, basées sur l’observation que j'avais faite du caractère véritable de la lutte électorale.

Que les appels violents aux préjugés et aux passions aient quelque peu contribué à grossir le chiffre des majorités hostiles, c’est évident. Il eut été étonnant qu'il en fût autrement, en une heure de semblable crise aiguë.

Mais je n’hésite pas à dire que, si la campagne très regrettable que tous les gens raisonnables déplorent amèrement n'avait jamais eu lieu, l'immense majorité des électeurs des provinces de Québec et d’Ontario eut voté comme elle l’a fait, à bien peu de différence près.

Je tiens à déclarer que je n’ai rappelé le triste souvenir de ces tristes choses que pour affirmer que les efforts odieux de perturbateurs sans vergogne ont été aussi vains que criminellement insensés. L’électorat a rendu, de part et d’autre, le

verdict qu’il voulait. Dans ses motifs réels, il eut été le même quand même personne ne se fut évertué à pousser le pays dans la voie périlleuse qu'il a sagement et patriotiquement évitée.

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