‹ L'harmonie dans l'Union [microforme]Chapitre 15 sur 40 · A NOUS D'ABORD · texte numérisé non relu

A NOUS D'ABORD

C’est pourquoi, écrivant pour favoriser l'harmonie dans l’union—l’ordre dans l’harmonie de la diversité. —je dois en premier lieu, m'adresser à mes propres compatriotes. Je ne leur ferai Pas de vainess protestations de dévouement. A soixan-

te-dix ans révolus, après plus de quarante années de services publics, sous une forme ou sous une autre, je n’ai aucun intérêt d’ambition personnelle à faire mousser, Tel est le gage le plus convaincant de ma sincérité.

Je suis à l'aise pour leur faire l’appel que je crois devoir leur adresser, avant de me tourner, dans le même but patriotique, vers mes concitoyens de langue anglaise.

S'il m'était donné de poser à tous nos compatriotes la question : Voulez-vou voir l'harmonie régner dans le pays ?

Assurément, ils me répondraienten chœur:

mais oui, nous le voulons.

Et si j'ajoutais : voulez-vous aussi y contribuer dans toute la mesure du patriotisme que je vous connais ? Ils me répondraient avec autant d'assurance et de sincérité : mais oui, nous le voulons.

Très bien, leur dirais-je. Permettezmoi seulement de vous supplier, au nom de l'affection que je vous porte, du bien que je vous souhaite, des vœux ardents

que je forme pour votre avenir et celui de vos enfants, de vous méfier de tous ceux qui veulent vous pousser dans la voie périlleuse de la violence en vous ren dant solidaires, et même responsables, de leurs écarts, de leurs préjugés, de leur fanatisme qui ne connaît ni prudence, ni mesure. Trop de ces farouches instigateurs n’ont en vue que de provoquer des représailles qui leur permettent de se tenir en évidence et de poser, leur but atteint, avec les conséquences favorables pour eux seuls qu’ils n’oublient point, en champions intransigeants des causes qu'ils compromettent, s'ils ne réussissent pas toujours à les détruire.

son droit, demander justice avec fermeté, énergie et persévérance, mais avec loyauté, avec dignité, avec de fortes raisons exprimées par des paroles que l'injure ne décolore point, c’est le meilleur moyen de bien plaider sa cause.

Jai déjà écrit, et je le répète avec plus de conviction que jamais: Sans être

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optimiste plus que de raison, je nourris l’espoir réconfortant que justice nous sera rendue par la majorité au milieu de laquelle nous vivons. Je crois sincèrement que nous pouvons compter trouver dans ses rangs assez de concitoyens animés de sentiments équitables, d'esprit de conciliation et du respect des droits d'autrui, pour dominer la clameur des fanatiques et rendre vaines leurs tentatives d’oppression.

D'un autre côté, j’implore mes compatriotes, de toute la puissance de mon dévouement au bonheur de leur avenir, de ne jamais oublier qu’une minorité sans espoir possible d’être un jour la majorité, ne peut obtenir la juste et pleine reconnaissance de ses droits qu’en s’assurant, en dehors de son groupe ethnique, le con- * cours d'un nombre suffisant d'hommes de bonne volonté pour constituer, avec ellemême, une majorité en sa faveur. Je les supplie de toujours se rappeler le principe fondamental de notre régime constitutionnel : le gouvernement par la majorité.

Les bravades intempestives, assaisonnées de brutales injures, le tout ou rien, affirmé à tout Propos, et hors. de propos, ne conduiront qu’à de cuisants déboires, à de cruelles déceptions.

Malheureusement, trop de gens parmi nous parlent et écrivent comme si la minorité parlementaire pouvait, à sa guise, à son gré, gouverner le pays. C’est une erreur capitale qui ne peut avoir que des conséquences fatales, surtout lorsqu’elle se traduit accompagnée de provocations qu’une situation donnée, que des circonstances toutes spéciales, rendent non seulement odieuses, mais à la fois insolentes et ridicules. Tout homme sensé doit admettre combien il serait vain, déraisonnable de reprocher aux autres les écarts impardonnables de leurs fanatiques, tout en excusant et même justifiant ceux des nôtres. à

Quand, dans les nombreux entretiens que j’ai eus, à Toronto, avec tant de personnages distingués, je reconnaissais fran-

chement les torts de nos extrémistes à tous crins, —j'étais certain d'obtenir à l'instant même l’expression de leur réprobation énergique de la campagne fanatique menée contre nous, à Ontario, et dont le degré culminant a été atteint aux élections fédérales de 1917.

Aurais-je obtenu le même résultat si j'avais commis l’inqualifiable erreur de jugement de m’efforcer d’excuser à Qué- ‘bec ce que je condamnais si péremptoirement à Ontario ?

Ne jamais avoir deux poids et deux mesures, telle est la règle invariable de ma conduite, l'inspiration de ce que j'écris, de ce que je dis, pour contribuer à produire l’harmonie dans l’union.

Mais comment gouverner notre barque sur la mer parfois orageuse des luttes politiques, nationales, religieuses, pour arriver à bon port ?

Tout de suite, la pure raison, le sûr bon sens, ne répondent-ils pas : en travaillant au rétablissement du calme et non à l’exaspération de la tempête.

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