‹ L'harmonie dans l'Union [microforme]Chapitre 29 sur 40 · CHAPITRE X LA QUESTION SCOLAIRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE X LA QUESTION SCOLAIRE

On ne suppose pas, je l'espère, que je vais faire dans ces pages une étude complète de l’irritante question scolaire, la première en importance dans le conflit, ou plutôt dans l'attitude hostile des provinces d’Ontario et de Québec, depuis déjà bien trop longtemps.

Si je l’entreprenais, il me faudrait dorner à ce modeste volume un développement que le but que je me propose en l’écrivant ne justifierait pas.

Tout de même, je tiens à dire que, à l'instar de tous mes compatriotes, j'ai suivi avec le plus profond, et, j’ajouterai, le plus patriotique intérêt cette lutte, pour la revendication du-droit des nôtres à l’enseignement du doux parler de France à leurs enfants. Sur cette question comme sur toute: celles dont dépend non-seulement l'avenir de notre race,

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mais aussi celui du Pays entier, je me suis attaché à me renseigner très sûrement sur la nature du problème à résoudre, sur ses origines, sur les causes apparemment d’une sur la possibilité d’ rivales, onteste

problème scolaire

e le jour où l’on "y a plus de gens ustes à Ontario et à à Ontario.

Bien des raisons d’un ordre supérieur existent, pour la solution favorable d’une question difficile à son origine par un malentendu certain, devenue plus tard irritante, toujours par le fait d’extrémistes passionnés, incessamment heureux de fomenter la discorde dont jouit leur nature orgueilleuse plutôt que de s’efforcer de rétablir l’harmonie qui leur répugne.

Elles ne tarderont pas trop—j’en ai la ferme conviction—à prévaloir dans l’opinion du plus grand nombre. Ce premier succès obtenu produira nécessairement celui du triomphe du bon sens et de la justice sur la ténacité des irréconciliables, des intransigeants.

C’est donc une œuvre de persuasion à accomplir. YŸ a-t-il lieu d'espérer un progrès prochain vers la fin qu’en réalité la grande majorité désire,.même dans l’incertitude où elle est quant aux moyens les plus directs d’y arriver ? Des multiples

‘ conversations que j'ai eues sur le sujet, pendant mon séjour prolongé à Toronto,

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j'ai rapporté la confiante impression qu’il sera avant longtemps possible, en préparant bien le moment psychologique, d'obtenir le résultat qui rendrait un si grand service à tous, au Canada entier.

J'ai mentionné un malentendu. Depuis que cette difficile question scolaire est sur le tapis, j'ai toujours pensé que vraiment ilyenavaitun. Je m'en suis convaincu davantage dans mes entretiens avec nombre de Personnages importants de la capitale ontarienne et d’autres endroits de la province, que j'y ai rencontrés.

Il yaun malentendu, mais un malentendu en partie double. Ce fait, que je crois avoir bien constaté, complique t-il davantage le problème scolaire, ou en rend-t-il la solution plus facile ? J’incline vers Ce second point de vue parce que deux hommes qui ne s’entendent pas pour des raisons différentes sont plus près de se

comprendre, l'instant où ils s’aperçoi-

vent qu’ils discutent tous deux en dehors de la vraie question.

En dépit du tristement fameux Règlement 17, je crois pouvoir dire, en toute justice, que le nombre de ceux—et malheureusement il y en a—qui, à Ontario, voudraient l’abolition complète de la langue française, est certainement restreint à une minorité fanatique, dont l’intransigeance tapageuse fait supposer une force numérique dangereusement considérable.

De cet élément il n’y a rien à espérer.

$’il le pouvait, il proscrirait la langue française, non-seulement à Ontario, mais à Québec, aux Etats-Unis, en Angleterre, en France même !

Quelle est donc, pour la majorité qui, je le crois sincèrement, ne veut pas être injuste à notre égard, la nature du double malentendu en question ?

Quand je disais à mes interlocuteurs

. que, dans la province de Québec, l’opinion s'était assez généralisée que les citoyens d’Ontario s'opposent formellement à l’en-

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seignement du français aux enfants Canadiens-français de leur province afin de le détruire, ils se récriaient, affirmant que tel n’est pas leur but.

Et tout de suite, ils m'objectaient que la Campagne poursuivie dans la province de Québec, opérant à Ontario, avait, dans leur opinion, pour objectif d’obliger tous les enfants de parents de langue anglaise à apprendre le français.

ent, je n’ai jamais compris que,

Par pays bilingue, les gens sensés parmi nous—si nombreux, Dieu merci—entendent un pays où tout le monde, les vieux comme les jeunes, les jeunes comme les vieux, hommes, femmes et enfants, doivent apprendre et parler deux langues.

À part le ridicule de l'aspiration, ce serait certainement se heurter à l’impossible. En effet, malgré les progrès encourageants de l'instruction publique dans le monde, il n’en reste pas moins certain que la majorité des enfants grandissent, deviennent hommes, vivent et meurent

sans jamais même avoir appris une langue, si par ‘‘savoir une langue” ,on entend au moins la connaître pour pouvoir nonseulement la parler, mais la lire et l'écrire correctement, c’est-à-dire savoir sa grammaire.

Evidemment, ce qui est impossible pour une langue, l’est davantage pour deux.

Heureusement, je réussissais facilement à persuader mes interlocuteurs que personne, dans notre province—au moins tous ceux dont le fanatisme u’a pas déséquilibré la raison—ne prétendait que tous les enfants de langue anglaise de Toronto, par exemple, fussent obligés d'apprendre le français à l’égal de l’anglais.

On sait—ou on devrait savoir—qu'à Ontario l’imbroglio scolaire se complique de la question religieuse. C’est dans . l’école séparée, fréquentée par les enfants catholiques des deux langues, que le conflit a eu sa première origine.

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Ilya quelques années, en pleine effervescence de la difficulté scolaire ontarienne, je liais Connaissance avec le très digne curé irlandais d’une paroisse érigée

Un canton de colonisation du comté de Renfrew, sur la rive sud-ouest de la rivière Ottawa—ou des Ontaouais— I] me parlait avec tant de confiance que j'ét.is convaincu de sa sincérité lorsqu'il m'affirmait ses vives sympathies pour nos compatriotes en général, son attachement au groupe des nôtres dans sa paroisse.

Il m’expliqua:ia situation comme suit :

Ma paroisse catholique a été érigée

une municipalité aux deux tiers protestante.

Le tiers catholique se compose par moitié, environ, de catholiques de langue anglaise—irlandais pour la plupart—et de langue française. Réunis, ils sont assez nombreux pour avoir droit à une éco!e séparée catholique en vertu de la loi.

Désunis, ils ne le seraient pas et les enfants

ve ge SR à

n'auraient pas d’autres écoles à fréquenter que les écoles publiques de la municipalité.

Survient la question scolaire et les efforts faits pour que les deux langues soient enseignées à tous les enfants de l’école séparée catholique. Ma paroisse est pauvre, se compose de colons courageux, bons catholiques pratiquants, sans la moindre prétention de faire de grands philosophes de leurs enfants, heureux s'ils peuvent seulement leur laisser les lots de terre qu’ils auront défrichés au prix de tant de labeurs et de sacrifices.

Mes paroissiens irlandais viennent me représenter qu’ils n’ont pas l'ombre d’une objection à ce que l’on enseigne le français aux élèves canadiens-français de l’école séparée catholique, mais qu’eux—pères des élèves de langue anglaise—sont incapables d'entreprendre de faire apprendre deux langues à leurs enfants, ne pouvant pas même espérer qu’ils apprendront la

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leur, vu qu’ils auront à ler. mettre tris jeunes encore aux travaux du défricliement.

Je fais tout mon possible pour éviter la difficulté que je voyais grandir. En vain. Un beau jour mes paroissiens catholiques de langue anglaise m’avertissent que si l’on persiste à imposer les deux langues à leurs enfants, trop pauvres même pour en apprendre une convenablement, ils vont se retirer de l’école séparée catholique et envoyer leurs enfants à l’école publique protestante.

En se retirant, ils eussent aboli l’école séparée catholique, le groupedes canadiens français n'étant Pas assez nombreux pour en exiger le maintien suivant la loi.

Que pouvais-je faire, placé ainsi en face de l'alternative du choix entre l’école catholique et l’école protestante ?

Mon devoir n’était-il pas de protéger avant tout la foi religieuse de tous mes paroissiens, Canadiens-français et irlandais ?

Je n’ai jamais mieux compris que ce jour-là combien sont imprudents, téméraires, déraisonnables ceux qui s’imaginent qu’il est possible de trancher des questions de cette nature sans tenir le moindre compte des difficultés pratiques qui se dressent sur tant de points du territoire.

Je n’ai pas revu ce bon curé.

Quand le Souverain Pontife a décidé que lès intéressés avaient parfaitement le droit de revendiquer les privilèges que la constitution leur garantit, mais qu’avant tout, et nar-dessus tout, il ne leur fallait rien faire pour compromettre la foi catholique des enfants, je me suis rappelé les paroles de mon ami le digne curé de Renfrew.

Dans le chapitre suivant, je renseigne mes lecteurs sur le travail qui se fait à Ontario par beaucoup de gens à larges vues, loyaux, bien pensants, pour solutionner favorablement toutes ces diffici-

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