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CHAPITRE XI LA BONNE ENTENTE

En 1916, aux jours angoissés où la situation était si pleine de périls, les opérations militaires sur le vaste théâtre de la guerre alarmant les défenseurs du droit, de la justice et de la civilisation, menacés d’un cataclysme effroyable, de nombreux citoyens de Toronto comprirent l'extrême importance de rétablir et de consolider l'harmonie au Canada. Ils se recrutaient parmi les mieux disposés, les mieux pengants. Leurs intentions étaient bonnes et sincères, leur but très méritoire et très patriotique. Ils se concertèrent et résolurent d’organiser une association pour obtenir la fin éminemment désirable et ardemment désirée. Bien inspirés, ils l’appelèrent ‘LA BONNE EnTenTEe””. Beau

. titre, assurément, pour une œuvre digne

du cencours de tous.

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Ils ne s’illusionnaient point. Ils prévoyaient des difficultés. Ils en rencontrèrent. Partout et toujours, ceux qui veulent la paix, la concorde, la réciprocité Constante des bons rapports, ont à compter avec les fanatiques, les esprits préjugés, ou simplement prévenus.

Généralement bien accueilli, le mouvement de “LA Bonne ENTENTE” se heurta à la défiance calculée des uns, à l’hostilité sourde des autres.

Toutefois, l'initiative prise dans la grande capitale ontarienne tendait trop clairement au bien général pour ne pas trouver d’enthousiastes adhérents. Des délégués, dûment autorisés, visitèrent Montréal et Québec pour soumettre leur projet, et solliciter le Concours des hommes de bonne volonté qui ont la garantie de la parole divine que la paix sur la terre est leur récompense.

Une réunion de citoyens de Québec eut lieu. On me fit l’honneur de m'appeler

à la présider. Un comité nommé pour

étudier les moyens les plus efficaces à adopter pour donner suite à la proposition qui nous venait de Toronto se réunit dans une salle de l’Hôtel-de-Ville. Dans l'intimité relative de ses délibérations, se manifesta l'opinion qu’il n’y avait rien à espérer de ce mouvement dit de “La Bonne Entente” parce que la province d'Ontario était trup fanatisée contre notre province, et qu’en se prêtant à ce que l'on 4ppelait le jeu de nos ennemis irréconciliables, nous courrions le risque de jouer le rôle de dupes inconscients.

Je crus devoir combattre avec fermeté ce point de vue intempestif. Je plaidai avec chaleur que le moins que aous pussions faire était d'accueillir poliment, cordialement, la proposition que des citoyens très respectables et très respectés de Toronto nous faisaient de tenir à Montréal une grande convention en faveur de

“La Bonne Entente” dans le pays.

Leur refuser l’hospitalité de notre opulente métropole et de notre prospè-

re province, serait une erreur, une faute bien regrettable. Te dis que si, ne hostilité con-

cette Convention,

de s’y opposer et

’être représentés à cette

t—et écrit—les

Convention ont été

sages, dignes, utiles. Le résultat en a été —et en sera—favorable.

Je n’ai jamais été—et je ne serai jamais

—de ceux qui jugent une œuvre uniquement par ce qu'ils entrevoient dans les coulisses, où les acteurs ne sont pas tous— et toujours —à la hauteur de leurs rôles et de leurs talents. C’est à la pleine lumière de la scène, du feu de la rampe, que la pièce s’apprécie et que la supériorité des artistes s’affirme.

J'ai participé avec assiduité aux travaux de la convention. J'ai assisté avec un vif intérêt à ses séances. J'ai lié connaissance avec un très grand nombre de ses membres.

J’ai beaucoup causé avec eux. J’affirme sans hésiter qu’en acceptant de se réunir à Montréal pour y représenter leurs provinces respectives, ils avaient parfaitement compris le but de la convention et voulaient sincèrement s’efforcer de l’atteindre.

Evidemment, ils ne partaient pas de la

. Colombie Anglaise, des provinces de l’ouest, d’Ontario, des provinces maritimes avec l'identité complète de vues sur

les sujets qui seraient soumis à leurs délibérations. Dans ce cas, il n’y aurait pas eu lieu de les convoquer à Montréal, ni ailleurs, Tout aurait été pour le mieux dans le meilleur des mondes possible,

été conduites avec un esprit admirable. Les divergences d'opinion ont été exprimées sur le ton le plus convenable, avec courtoisie, avec de réspectueux égards pour les vues contraires. Aucune violence de n’a compromis l'harmonie que tous s’effor- Saient de maintenir et d’accentuer. Cette conception élevée du devoir du moment, Partagée par tous les délégués, devait leur faciliter la tâche de s'entendre sur un

terrain commun, et de formuler en termes généraux heureusement choisis et patriotiquement énoncés, les aspirations de tous dans des ‘“Résolutions’’ favorables à la restauration de la “Bonne Entente”, à la concorde entre les deux grandes races qui doivent, toutes deux, rivaliser d’ardeur et de dévouement pour l'avenir brillant du Canada.

Je dois me limiter, dans ces pages, à cette constatation de l’important résultat d’une réunion imposante de citoyens libres, consacrant plusieurs jours à l'étude des meilleurs moyens de restaurer la paix dans le pays, le respect des droits de tous leurs compatriotes, la cordialité de leurs rapports dans leurs multiples relations.

Il ne faut pas s'étonner outre mesure si les événements des deux dernières années, si poignants d'intérêt, si alarmants plusieurs longs mois durant, enfin si glorieux par la victoire définitive couronnant l'effort le plus héroïque, le plus sublime, de l'humanité pour triompher

d’une domination barbare, ont fait ajourner à des jours meilleurs la reprise d’un mouvement dont l'initiative a été la consséquence d’une inspiration aussi généreuse que patriotique.

Les nombreux organisateurs de l’association de la ‘Bonne Entente”, que j'ai rencontrés à Toronto, m'ont dit vouloir donner suite à leur projet. Je leur en ai exprimé toute ma vive satisfaction et ma reconnaissance, les assurant du concours empressé des hommes de bonne volonté de notre province.

La conférence de la paix siégeait alors à Versailles. Cet illustre conclave était à régler, autant que les hommes le peuvent, les conditions de l'existence mondiale après la cruelle guerre. Tous les regards, tous les esprits étaient tournés vers la ville d’où l’on attendait le glorieux Message que la paix du monde était

enfin rétablie sur des bases que les nations alliées pourraient rendre permanentes, à la seule condition de rester fidèles aux

principes supérieurs qui leur ont fait accomplir tant de prodiges, et de s'inspirer sans défaillance des enseignements divins.

Je me suis permis de leur suggérer de remettre le renouvellement de leur initiative au jour où, plus libre de concentrer désormais son effort à la solution des problèmer de sa politique intérieure, le Canada se dévouera à la réparation des épreuves de la guerre ennoblies par les sacrifices qu’il s’est héroiquement imposés.

Cette opinion a prévalu. J’augure avec confiance que bientôt les bonnes volontés s’uniront en faveur de la ‘Bonne Entente”. J'exprime aussi l'espoir que même les évènements de l’ordre politique, si le cours en est sagement et habilement dirigé, coniribueront à lui donner une actualité dominante.

La tâche d’après-guerre est très grande.

Tous doivent contribuer à l’accomplir. Il y a bien des désastres à réparer. Au nombre des maux les plus cruels de la

guerre, il y a eu celui que nos amis les Anglais, avec l'énergie caractérisque de leur langue, ont appelé le Profiteering. Il s’agit des profiteurs frauduleux qui se sont enrichis de millions accumulés injustement, en les extorquant aux populations ployant déjà sous le poids des lourds sacrifices que le conflit militaire leur imposait. Impossible de trop flétrir les coupables entassant l'or, fruit de leurs rapines, lorsque tant de héros inondaient la terre de leur sang.

Les preuves évidentes du Drofileering ont été trop nombreuses pour qu’il fût possible de le nier. Elles ont naturellement produit une indignation générale.

Un puissant mouvement d'opinion s’est produit, réclamant l'adoption de mesures énergiques pour Y mettre fin et faire payer à l'Etat, pour les fins de la guerre, les millions injustement arrachés au public consommateur.

Il est rare que la protestation contre l'injustice, légitime et raisonnable, ne

finisse pas par faire fausse route, lorsqu’elle dégénère en clameurs outrées.

Le bon sens n’exerçant plus son contrôle autorisé, les accusateurs versent dans le dévergondage et frappent en aveugles de tous côtés.

Il est certain que, parti avec beaucoup de raison en guerre contre les profiteurs exploitant le public, victime de leur rapacité, on est tombé dans l’exagération en s’imaginant découvrir des voleurs embusqués partout. On a souvent perdu complètement de vue que, même en temps de conflits armés, il est possible et permis de réaliser, dans les opérations industrielles et commerciales, des profits proportionnés aux risques encourus. Des concitoyens très respectables et très honnêtes, des maisons d’affaires très honorables ont été englobés dans les dénonciations générales, sans tenir compte des ” torts que l’on causait ainsi non-seulement à ceux injustement poursuivis par la vindicte populaire, mais à l'honneur même

du pays et à son crédit qu’il était si urgent de maintenir, Ceci soit dit sans qu'il entre dans ma pensée l'ombre d'un désir d’excuser, de pallier l’énormité de la faute de ceux qui, sans scrupule et sans honte, se sont livrés aux œuvres outrageantes du vrai DProfiteering.

Mais, de tous les odieux profiteurs dela guerre, les plus coupables sont ceux qui ont battu monnaie en exploitant le fanatisme religieux et national. Ils ont divisé lorsque tout commandait d’unir.

Ils ont soulevé les uns contre les autres des concitoyens qui, dans ces longs jours de malheurs, ne devaient entendre que des paroles de conciliation, des conseils inspirés par le patriotisme le plus élevé, le plus pur, le plus héroïque. Ils ont honteusement paralysé, dans une trop large mesure, l'effort suprême absolument nécessaire au salut des nations aux prises avec le terrible assaut des hordes allemandes déchaînées contre la civilisation humaine.

Pour la vaine et coupable satisfaction de leur orgueil, stimulé par l’appétit de leurs intérêts, ils ont, sansrougir, fait tout en leur pouvoir pour compromettre une cause qui, si elle eut été vaincue, aurait précipité l’humanité pour longtemps dans les horreurs terrifiantes de la domination la plus tyrannique qui ait jamais pesé de son poids si lourd sur un monde asservi.

Il n’est pas étonnant qu’ainsi provoquées, les antipathies, les haines de races se soient developpées menaçantes, alors même que, traversant les mers, l’écho du canon sans cesse grondant sur le sol de la France envahie et meurtrie, nous répétait mille fois le jour que l’avenir des peuples se jouait dans une partie suprême dont l’issue restait toujours incertaine. À travers les éclats de la foudre, il devenait impossible de faire entendre les notes harmonieuses de l’entente cordiale, de l’union de toutes les bonnes volontés pour le triomphe qui seul pouvait assurer l’avenir.

Mais, grâce à Dieu, le patriotisme du plus grand nombre, le dévouement de l'immense majorité, l’héroisme des braves, les sacrifices surhumains, ont eu raison des efforts sacrifiant tout à l’ambition de se singulariser, même sur les ruines de la patrie.

Maintenant que la grande œuvre de la résurrection des peuples est commencée, bien que très difficile par les travaux de reconstruction à accomplir, les intelligences peuvent se ressaisir, les volontés s'affirmer, les efforts se bien concerter, les devoirs se concevoir dans la pleine lumière des besoins impérieux du présent et-de l’avenir, les conciences s’éclairer au grand soleil de la justice éternelle pour que, de là-haut, descendent sur nous tous ces paroles divinement miséricordieuses :—Parx Au CANADA AUX Hou- MES DE BONNE VOLONTÉ.

Qu'’elles seraient heureuses les destinées humaines si désormais, tous, gouvernants et gouvernés, toujours ‘soumis

AVEC RESPECT A SA VOLONTÉ SAINTE, CRAIGNAIENT DIEU ET N’AVAIENT POINT D'AUTRE CRAINTE” |

Sans s’illusionner et croire que l’âge d’or commence pour ne plus jamais finir, malgré les difficultés très nombreuses à vaincre, nous pouvons ouvrir noS CŒUTrs, ulcérés par les deuils de la guerre, aux espérances d’une paix qui sera d'autant plus:féconde que nous nous appliquerons avec énergie et justice à lui faire produire la plus grande somme possible de bienfaits.

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