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deux langues classiques n'ont pas disparu sans laisser de trace. Le grec subsiste au moins en partie dans le romaïque ou grec moderne. Le latin a formé directement l'espagnol et surtout l'italien qui le représentent presque entièrement dans sa largeur phonique; et aucune de ces langues n'a conservé dans sa prononciation le moindre souvenir des longues et des brèves prosodiques ^ Toutes s'accordent à prononcer longues les pénultièmes ou antépénultièmes accentuées; car toutes ont gardé l'accent soit du grec, soit du latin. C'est que l'accent et la longueur qu'il produit étaient des réalités qui se sont soutenues à travers les siècles ; tandis que la longueur ou la brièveté prosodiques qui n'étaient que des conventions de calcul, ont cessé d'être du moment que ce calcul n'a plus été appliqué.
Enfin nous avons pour le latin un témoin qui, s'il n'est pas contemporain de la belle prononciation latine, remonte du moins à une haute antiquité, c'est le plain-chant. Que fait-il à l'égard des longues et des brèves prosodiques? Comme les grammairiens anciens, il ne s'en occupe pas du tout. Les longues pour lui sont les syllabes accentuées. Il n'y a pas de chant plus ancien ni qui ait dû être mieux conservé
1. Aujourd'hui quelques Grecs s'évertuent à prononcer brèves les
brèves prosodiques accentuées. C'est une de ces pédanteries rétrospectives comme on en voit naître de temps en temps chez les aveugles admirateurs du passé. Le grammairien Valérius Probus ne proposait-il pas de corriger la prononciation latine de son temps, pour retrouver ces longues et ces brève? prosodiques qu'on ne prononçait pas et qu'il croyait avoir été prononcées autrefois? {Tlièses suppl., p. 246.) Le français sera un jour une langue morte. Les pédants d'alors voyant sévérité écrit avec trois accents aigus, soutiendront que ce mot se prononçait comme un c, un v, du nx et du thé, cévé, ri, té. Peut-être soutiendront-ils aussi que femme se prononçait fè-me et ardemment, ardé-ment. La vérité est que ces mots se sont prononcés autrefois fan-me et ardan-ment, et qu'en se dénasalant, ils ont produit leur son actuel fa-me et arda-ment.
<|uo celui de la Préface à la messe. C'est l'accent seul (|in y détermine la longueur des syllabes. Dans Grattas
'•re, le dernier a est prononcé long parce qu'il porte
rcent; on sait très-bien qu'il est prosodiquement iiref. Dans pater omnipotens, pa est prononcé long aussi liion que ni ; ce sont des brèves prosodiques, mais elles sont accentuées. Dans œteriie Dcus, de est prononcé trèslong; c'est la syllabe accentuée. Dans per qucm majrstatem tuam laudant angcli, ma, jes sont prononcés liiefs quoique ce soient deux longues prosodiques, I aice qu'ils précèdent immédiatement la syllabe ac- ' iiluée ta sur laquelle ils semblent se pencher. Il en t st de même de om dans omnipotcns.
Au reste, c'est la règle générale que Lafage formule (l;ins son Cours complet de plain-chant (n° 286), en ces termes remarquables : « La loi de l'accent tonique domine nécessairement la simple parole et la parole chantée. La musique a donc dû en subir l'influence et diriger sa marche de manière à ne jamais contrarier l'accentuation. » Et ailleurs (n" 284) : a Le chant de l'église a un accent musical chanté correspondant à l'accent tonique parlé.... Il a été réglé que la mélodie s'élèverait* et se prolongerait sur la syllabe qui, dans le discours, serait affectée de l'accent tonique. » Et enfin {n" 285) : « Cette matière a jusqu'à présent paru diliicile à bien comprendre, parce qu'on l'a partout embrouillée en confondant la prosodie en usage dans l'ancienne métrique ou mesure dos vers avec l'accentuation qui seule était à considérer. »
Quand on réfléchit, d'une part, à la persistance des rites et des chants religieux; et de l'autre à ce que la
1 . S'élèierait par lintensité de la voix et non par le passage du grave à l'aigu.
musique ancienne et le plain-chant qui en est le seul reste authentique, analogues à nos récitalifs, ne font que mettre les sons justes de la gamme à la place des intervalles irrationnels de la simple parole, sans altérer les rapports de durée ni les sons de la langue, on ne peut guère douter que nous n'ayons dans les chants de l'église, le type le mieux conservé de l'ancienne prononciation latine ; et c'est une preuve nouvelle de tout ce que j'ai établi jusqu'à présent.
La conclusion à tirer de là c'est que la quantité prosodique n'avait qu'une valeur de compte. Il était convenu que dans les vers, telle syllabe compterait pour un sémion, telle autre lour deux, sans que rien dans la prononciation effective répondit nécessairement à cette convention. C'est donc dans l'ordre des signes de la parole, ce que sont pour les étymologies et la liaison des idées, les lettres orthographiques muettes; le p dans compte^ Vh dans homme, etc. Ces lettres représentent certains rapports abstraits qui peuvent avoir leur utilité à d'autres égards, mais n'influent aucunement sur la parole prononcée.
De même la quantité prosodique pouvait, en souvenir des anciens poëmes, servir à régler la mesure des vers, et marquer même l'unité d'origine dans certaines familles de mots : mais il serait insensé de croire qu'elle influait sur l'harmonie du discours ; ou pour parler plus exactement, elle n'y influait que quand elle était d'accord avec l'accent, les longues étant accentuées , les brèves ne Tétant pas. Dans ce cas ces deux espèces de syllabes représentaient le fait réel par leur dénomination, et elles contribuaient comme l'accent lui-même à l'ampleur et à la cadence du discours.
5i il. FONDEMENTS DE LA QUANTITÉ PH080D1QI E.
IJe ce qui est dil ici, il ne faut pas conrlure que la (|iiantilé prosodique n'ait pas eu d'abord son fondeiiKMit dans la prononti^ition : ce serait aller beaucoup trop loin. Il est lrès-^rais(;nlblable, i»our ne pas dire (crtain, que les premières distinctions faites des syllabes brèves et des longues, l'ont été parce que l'oreille les jugeait telles. Ainsi dans l'exemple déjà cité du mot Aiopto<, Vo était évidemment long, et c'est pour cela qu'on l'a écrit par un w. Mais cet w se maintenant dans toute la déclinaison , et dans les composés et dans les dérivés, si l'accent venait à changer de place, l'to conservait-il sa longueur première? Non, assurément; et l'on avait alors un signe qui ne réponJait plus à la nature de l'objet d;'signé.
Cette contradiction entre le signe etla chose fait bien [)ressentir que dans une multitude d'occasions la quantité prosodique sera opposée à la quantité réelle. Cela ne l'empêche pas d'en être issue; et ce qui le prouve, c'est que malgré toutes les exceptions qu'une règle trop précipitamment formulée devait produire incessamment, les syllabes accentuées sont encore le plus souvent des longues.
J'ai relevé dans l'inlenlion de me faire une idée nette de ce rapport, toutes les syllabes accentuées d'un certain nombre de vers ou de lignes de prose grecque. J'ai trouvé que dans les vers d'Homère, il y avait sur cent syllabes accentuées, 72 longues et 28 brèves; dans une page du Discours sur la couronne, il y avait 77 longues et 23 brèves seulement.
Dans la langue latine où, comme je l'ai dit (p. 2i, 30),
la règle prosodique est beaucoup plus rationnelle, parce que la notion de l'accent y entrait au moins indirectement, les longues accentuées sont encore plus nombreuses. Dans les premiers vers des Géorgiques il y en a 78 sur 100, il n'y a que 22 brèves.
Veut-on un exemple encore plus fort? qu'on prenne les cinq premiers vers de l'An poétique d'Horace :
Humano capiti cervicem pictor equinam
Jungere si velit, et varias inducere plumas, Undique collatis membris, ut turpiter alrum Desinat in piscem mutier formosa superne, Spectatum admissi risum teneatis, amici '?
Il n'y a que quatre brèves accentuées : ca dans capiti, ve dans velit, va dans varias, et mu dans mulier. Tous les autres accents, au nombre de 21, tombent sur des longues : c'est sur 100, 84 longues et 16 brèves.
Il ne me semble donc pas douteux que la quantité prosodique s'est fondée d'abord sur la quantité réelle; mais que la règle n'ayant pas été formulée avec l'exactitude ou la précision nécessaire, on s'en est écarté fort souvent, sans que cependant le nombre de ces écarts égalât à beaucoup près celui des cas réguliers ».
1. Si un peintre voulait à une tête humaine joindre un cou de cheval et la couvrir de plumes, ramassant ainsi des membres de tous cotés, de telle sorte qu'une femme belle par en haut se terminât en un hideux poisson, pourriez-vous. mes amis, en vovant ce tableau, vous empêcher de rire ?
J'fZT^ dans nos J7ièses suppl. , etc., le n-IX, où cette question est traitée avec détail.
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