‹ L'Harmonie du langage chez les Grecs et les Romains, ou, Étude sur la prononciation de la prose élevée et des vers dans les langues classiquesChapitre 29 sur 82 · De quelques points des sciences dans l'antiquité, n° IX · texte numérisé non relu

De quelques points des sciences dans l'antiquité, n° IX

3. M. Quicherat. Traité de versification latine, chap. xxvii, n° 5.

4. Cité par Cicérou, OraL, LI, n° 171, et Brulus , XVIIJ, dMI.

o. Par une poussière hibernale et une boue printanière (c'est-à dire un hiver sec et un printemps pluvieux), tu recueilleras, jeune homme, de riches moissons.

clique n'est rien : l'oreille, néanmoins, reconnaît cette cadence qui constitue des vers.

I! est si vrai que les vers saturniens n'avaient d'autre condition que celle du rhytiime, que beaucoup plus tard , au temps des guerres puniques, Névius ayant fait des poëmes de ce genre, les métriciens postérieurs , habitués depuis Ennius à la métrique grecque, n'y pouvaient absolument trouver de règles certaines. « Nos vieux poètes, dit Atilius Fortunatianus (dans Putsch., p. 2679) ont employé le vers saturnien sans observer de règles, sans même s'astreindre à conserver le même genre de vers; et outre qu'ils les faisaient extrêmement durs, ils les composaient tantôt plus longs, tantôt plus courts, si bien que c'est à peine si j'en ai pu trouver dans Névius à donner pour exemples. »

Nous n'avons pas de vers grecs antérieurs à ceux d'Homère; et ceux-ci ont été tellement remaniés et corrigés par les grammairiens qu'ils nous semblent tous ou presque tous des hexamètres réguliers : mais il est bien évident que ce n'est pas là le premier état des vers grecs : qu'avant eux, il y en avait eu de plus grossiers, qui auraient satisfait précisément à la condition que nous avons indiquée ici, de présenter des membres de phrases sensiblement équivalents, ou assez semblables entre eux pour que l'oreille ne les contondît pas avec le discours ordinaire/.

1. Un auteur peu connu, IL Lurin, dans un ouvrage intitulé Élévients du rhxjthme dans la versification et la prose française, publié à Lyon en 1860, a proposé un système de vers analogue à celui dont je parle ici. Il note dans une prolalion donnée toutes les syllabes accentuées comme y déterminant des sections sensibles à l'oreille <ce que j'ai nommé des pieds rhythmiques), et composant ainsi des phrases où ces sections se trouvent régulièrement au nombre de cinq, de six ou de sept, il établit des vers pentamètres, hexamètres ou hep-

5» Les vers déterminés ou métriques. — J'arrive ici aux vers plus ou moins exactement mesur('^s comme les hexamètres, les pentaniclres,les saphi(iues, les ïambiques des Grecs et des Latins, et chez nous, les alexandrins, les vers de dix, de huit, de sept syllabes. Le principe général de la ressemblance des prolations subsiste toujours, mais la place et le no.nbre des accents sont mieux arrOlésque dans les précédents; les fins de vers plus nettement accusées, les césures mieux déterminées. Ces césures sont des coupures ou parties du vers, et je suis obligé de m'arréler sur cette explication parce que dans les classes de nos collèges on prend le mot césure dan? un sens tout antre et qui, n'ayant aucun rapport à notre objet, ne pourrait qu'induire en erreur.

§ 28. CÉSCRES : APOTOMES OU LIMMA.

On a remarqué dès les premiers temps que les pieds métriques ne devaient pas tomber un à un, mais qu'au contraire il était bon pour l'harmonie que les mots empiétassent d'un pied sur l'autre, de manière à les lier entre eux. Par exemple dans ce vers :

Silves I trem tenu | i mu 1 sam medi 1 taris a | vena '.,

le mot silvestrem remplit le premier pied, et il laisse sa syllabe trem pour le second; tenui tinit le second

tamètres.Voici, selon lui, un hexamètre : Les flots \ impétueux \ s'étendaient I en grondant \ sur nos plaines \ désolées - On sent com- Sen cette harmonie rudimentaire est loin de celle que nous trouvons dans nos vers réguliers.

1. Virg., Bucol. I, V. 2. Ta essayes un air champêtre sur an éger chalumeau.

pied et laisse i pour le troisième; musam complète ce troisième pied et commence le quatrième. Trem, i, sam sont alors considérés comme les restes ou les détachures des pieds précédents, et devraient s'appeler des apotomes ou des limma : mais depuis le dixseptième siècle, on les appelle des césures ; ce qui forme un sens tout différent de celui qu'entendaient les anciens.

Ceux-ci, en effet, appelaient césures les deux parts en lesquelles se divisait le vers. Ainsi :

Tityre, tu patulae | recubans sub tegmine fagi*,

se partage par la prononciation en deux sections : la première finit à palidso, la seconde à fagi. Ce sont là les césures, c'est-à-dire les coupures du vers.

En comptant les valeurs prosodiques de Tityre, tu patulse, on trouve deux pieds et l'apotome te, c'est-à dire deux pieds et demi ou cinq demi-pieds. C'est ce que les anciens appelaient cémre penthémimere ; c'était la plus commune dans les hexamètres.

Dans le cinquième vers de la même églogue :

Formosain resonare doces | Amaryllida silvas*,

la césure tombe après doces; et en comptant les valeurs des trois premiers mots, on trouve trois pieds et demi ou sept demi-pieds; c'est ce qu'on appelait césure hephthémhnère. Cette césure et surtout la précédente étaient presque les seules que les Romains admissent régulièrement dans leurs hexaniètros.

1. Virg., Biicol., I, V. 1. Toi, Tityre, assis sous Fombrage d'un hêtre touffu.

2. Virg., Bucol., I. v. 5. Tu fais retentir les forêts du ■ nom de la belle Amaryllis.

II est facile de voir, en prononçant avec soin nn vers latin, que, considérées par rai)|)Oil à la cadence qu'elles produisent, les césures sont des repos momentanés inîroduils dans le vers pour en faciliter la prononciation et en auf^menter l'harmonie par celle espèce de contre-balancement qu'elles font sentir entre les deux parties'; et par conséquent l'ajj^rément sensible des vers dépendra toujours, en luie notable proportion, de l'eiacte détermination, de la régularité des césures. ,

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