‹ L'Harmonie du langage chez les Grecs et les Romains, ou, Étude sur la prononciation de la prose élevée et des vers dans les langues classiquesChapitre 32 sur 82 · PROGRÈS DE LA VERSIFICATION · texte numérisé non relu

PROGRÈS DE LA VERSIFICATION

§ 30. >IÉTraQCir GRECQUE IXTKOBTJITE À KOMEl

On sait que ce fut Ennius qui. introduisit à Rome la métrique grecque, deux siècles environ avant notre ère : mais on ne se rend pas toujours bien compte du changement qui.se fit àce sujet dans les habitudes des poêles.

Ceux qui croient que la q^antité. prosodique représentait la valeur réelle des syllabes^ supposent par là

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inôine qu'Ennius a chonp^é la nature de la langue, puisqu'il aurait (kMorminiî diîs syll.ibes constamnieril longues ou conslainuient brèves dans un idiome qui jamais auparavant n'aurait rien eu de semblable : et dans ces teiines assurément , sa pi oposition était impossiJ)le, et n'aurait été admise par personne.

11 en est tout autrement pour ceux qui ne voient dans la prosodie antique qu'une règle d'évaiiiation^ servant ensuite à mesurer les vers. Le changement dont il s'agit es( alors aussi facile que naturel, comme on le comprendra si l'on veut lire attentivement, et si l'on admet, après réflexion, les propositions suivantes.

1° Les syllabes longues réelles et les brèves réelles existaient dans la langue latine comme elles existent dans toutes les langues, avant l'introduction de la métrique grecque; seulement les Latins n'en faisaient pas entrer le calcul dans la composition de leurs vers.

2" Ennius proposa et tit agréer ce calcul ; et pour cela il fut convenu que la brève serait exactement la moitié de la longue; et qu'une voyelle une fois déterminée à une certaine quantité, la garderait dans toutes les flexions comme dans les dérivés ou composés du mot.

3° Ces deux conditions, aussi impossibles l'une que l'autre dans la pratique, ne s'appliquaient donc qu'à la dénomination des pieds et à la scansion des vers, d'oii elles excluaient alors la quantité réelle des syllabes, pour y faire régner exclusivement la mesure prosodique. Celle-ci fut en effet seule invoquée comme déterminant, soit la mesure poétique, soit le nom des pieds qu'on y distinguait.

4° On accepta sans difficulté ces règles générales et toutes conventionnelles de la métrique grecque, qu'une voyelle contractée ou suivie de deux consonnes serait

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longue ; que suivie d'une autre voyelle dans le même mot elle serait brève; qu'à la fin d'un mot elle s'éliderait, c'est-à-dire ne compterait pas devant une autre voyelle commençant le mot suivant , etc.

5° La quantité prosodique ne fit d'ailleurs dans le latin que ce qu'elle faisait dans le grec : elle mesura le vers, mais ne changea pas du tout la prononciation, qui, là comme toujours, dépendit des arsis et des thésis, c'est-à-dire des pieds rhylhmiques. Elle en régla seulement la longueur et la maintint dans des limites favorables.

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