‹ L'Harmonie du langage chez les Grecs et les Romains, ou, Étude sur la prononciation de la prose élevée et des vers dans les langues classiquesChapitre 41 sur 82 · EXAMEN ET EXPLICATIO\ DE QUELQUES PASSAGES ANCIENS · texte numérisé non relu

EXAMEN ET EXPLICATIO\ DE QUELQUES PASSAGES ANCIENS

§ 40. OBJET DU CHAPITRE. MOTS DE ClCÉROiV.

Au point où nous voici parvenus, nous pouvons nous rendre compte de quelques déclarations des anciens sur la sensation que leur apportaient leurs vers ou leur prose oratoire , déclarations presque toujours exprimées d'une façon métaphorique et en termes si

1. Une partie de ce chapitre a été insérée daus la Revue de iinttruction publique du 21 décemlne 1865.

indécis qu'il est difficile d'en assigner exactement la signification.

Nous avons vu (p. 9.) qu'il y avait à distinguer dans les effets produits sur l'ouïe par la parole , le son absolu des lettres ; l'accentuation ou l'inaccentuation des syllabes , c'est-à-dire l'intensité ou le relâchement de la voix; leur longueur ou leur brièveté réelle; leur acuité ou leur gravité. Ces quatre modifications générales de la voix n'avaient pas été bien connues des anciens : mais frappés d'abord de la longueur ou de la brièveté des syllabes, ils les avaient marquées par des signes qui, comme nous l'avons dit, ne s'accordaient pas toujours avec la réalité , et qui avaient ainsi constitué une quantité prosodique plus ou moins en dehors de la quantité réelle.

Ce fut ensuite à cette quantité prosodique ou aux pieds qu'elle formait que les rhéteurs ou les métriciens rapportèrent tous les effets harmoniques du discours, ceux mêmes qui ne dépendaient que de la passion actuelle ou des facultés et habitudes de la personne , le grossissement ou l'atténuation de la voix , l'accélération ou le ralentissement du parler , etc.

De là, quand nous (Cherchons précisément ce qu'ils ont voulu dire , une difficulté considérable à cause des différents sens que les mêmes mots avaient pour eux et ont , à plus forte raison, pour nous.

La phrase de Cicéron déjà citée (p. 91) et que je reproduis ici parce qu'on la répète à tout moment, sans se demander ce qu'elle signifie , en offre un exemple. Tota theaira exclamant si fuit una syliaba aut hrevior aut longior. S'agit-il , comme on le croit souvent S de la

1. Vossius, au deuxième livre de sa grammaire s'appuie surce passage pour affirmer la réalité de la quantité prosodique. Nous sa-

quantité prosodique? Évidemmonl non, puisque Cicéron Iui-niôiii«^ dit ailleurs ([>. 92) que les vers débités au Uiédlrc n'avuieiit pas plus de cadence que la jjrose; et qu'Horace déclare (p. 90) que la foule ne s'apercevait pas des fautes de quantité. Nous savons d'ailleurs qu'ime uioditicalion dans la vitesse ou la lenteur des syllabes s'aperçoit à peine dans une pièce déclamée , à moins qu'elle ne soit exagérée tout exprès; puisque, en fait, il y a des gens qui parlent plut* vite ou plus lentement que d'autres, et que le même homme accélère ou ralentit sa parole suivant son sentiment actuel.

Mais si le mot de Cicéron ne peut s'appliquer aux syllabes prosodiquement longues ou brèves, il convient tout à fait au changement de son des voyelles, c'est-à-dire aux voix ouvertes ou fermées, qu'on appelle aussi brèves ou longues, comme l'a dans plat et bas; Ve dans succès et siœé; Vo dans molle et môle. Nous voyons en effet sur nos théâtres des acteurs a[)porter à Paris l'accent de leurs provinces, substituer un son à un autre, dire effacer pour effacer, méthode pour méthode, hûreux pour heureux. Quelques-uns peuvent aussi transposer l'accentuation et allonger des syllabes qui devaient rester brèves. Alors, chez nous comme à Rome , tout le monde se récrie, tandis qu'on ne s'apercevrait pas d'une syllabe un peu plus ou un peu moins pressée.

Un autre pas^;ago de Cicéron dans ?,e?>ro.radoxes{\\\,1), s'explique d'une manière semblable. Il dit «qu'on siffle et qu'on hue le comédien qui prononce un veis trop long ou trop court d'une seule syllabe. » Ilislrio.... si versus pronunliatus est syllaba una brevior aut longior, exsibilatur et cxploditur. Comme les vers anciens ne se mesuraient pas par le nombre des syllabes, cette phrase

vons déjà, nous verrons mieux encore tout à l'heure, combien cette preuve est trompeuse.

entendue dans son sens littéral , exprime une iraposài-r bilité absolue. Le sens de Cicéron est autre. Il y avait chez les anciens des gens qui battaient la mesure sur le théâtre avec des semelles de fer attachées à leurs souliers, La syllabe accentuée de la fin d'un vers devait coïncider avec ce frappé. Si le vers, dans la bouche de l'acteur était trop court ou trop long d'une seule syllabe, c'est-à-dire s'il arrivait avant le choc, ou s'il ne finissait qu'après , c'était une faute de mesure sentie de tout le monde et qu'on sifflait justement : mais il ne s'agit pas là de quantité prosodique.

On lit encore dans le même auteur, ces deux phrases singulièrement contradictoires : « Comme l'oreille attend toujours la fin de la phrase et s'y arrête, il ne faut pas que cette fin manque de cadence. » Quum aures extremum semper expectent in eoque acquiesçant, id vacare numéro non oportet {Orat., LIX, n° 199); et un peu plus loin (LXIII, n° 214), parlant du mot pérsôlûtâs qui est un épitrite second, il l'appelle un dichoréey et ajoute : « Car il n'importe en rien à l'harmonie que la dernière soit longue ou brève. » Nihil enim ad rem extrema illa longa sit an brevis, La contradiction est forte, il faut l'avouer. Quoi! c'est justement la dernière syllabe, celle à laquelle, d'après Cicéron luimême , l'oreille s'attache le plus , qui est longue quand elle devrait être brève , et cela n'importe pas ! Si cela ne fait rien à cette place , qu'est-ce que cela pourra faire à d'autres?

Ce passage n'est pas unique. Cicéron nous dit encore (LXIV, n° 217) : a II n'importe en rien qu'il y ait à la fin un dactyle ou un crétique ; parc'e que la dernière syllabe peut être longue ou brève; cela ne fait rien même dans les vers. » Nihil enim interest dactylus sit extremus an creticus , quia postrema syllaba , brevis an

lùngasit, ne in versu qu'idem refert. — Je comprends cela si la quantiié des syllabes n'est qu'une affaire de calcul et de convention ; mais si la longueur et la brièveté sont réelles, qui concevra jamais que l'une ou l'autre soient indiiïéreutes à la place qu'on nous signale précisément comme la plus importante ?

La véritable raison de ces conlradiclidns c'est qu'il s'agit dans la pensée de Cicéron du rliytlime perçu par l'oreille , qui reste le môme , quelle que soit la quantité prosodique , quand l'accent est semblablement placé. Quant aux syllabes glissantes, elle s'en occupe à peine. Prononcez en les accentuant ces deux dichorées, l'un juste et l'autre faux, comprobdvït el persolutâs; prononcez aussi le dactyle tégmine et le crétique légmini : vous verrez bien que la cadence en est absolument pareille.

Au cliapitre LXVII, n° 224, Gicéron donne comme exemples deux pbrases, dont l'une se termine par îmânîstî, et l'autre par œstlmâstî. Il dit de celle-ci qu'elle se termine par un dichorée , et de la première qu'elle finit par un dispondée. Dichoreo finitur ; at dispondeo proximum illud. Eli bien, cela n'est pas vrai. /Estlmasti n'est pas un dichorée , puisque la dernière syllabe est longue. C'est un épitrite second , et ce qu'il y a de réel ici, c'est que le rbylhine de ces deux mots est le même. Prononcez en appuyant sur les pénultièmes insanisti, œstimasti ; le son des lettres est différent sans doute , mais la cadence ne diffère pas. Elle termine également bien les deux phrases. Il n'y a chez l'orateur qu'une fausse analyse de la sensation qu'il éprouvait, erieur bien naturelle à une époque où l'on ne distinguait pas aussi bien qu'aujourd'hui les diverses modilicalions des sons et de la voix.

Voulons-nous d'autres erreurs encore ? Cicéron écrit

{Orator, LVIU, n° 196), que l'ïambe est très-fréquent dans ce qui se dit d'un style peu élevé. lambus frequentissimus est in Us qu3S demisso atque humili sermone dicuntur. — En quel sens cela peut-il être vrai? Rien n'est assurément moins élevé que le style purement didactique dont la phrase citée ici nous donne le modèle ; et il n'y a qu'un ïambe, Us. lambus est un am phibraque ; frequentissimus , un pentasyllabe ; est, une longue ; in, une brève; gwa?, une longue; demisso, un molosse; atque, un trochée; humili, un anapeste; sermone etdicuntur, deux antibacchius ; et il en est de même dans toute la suite du chapitre : Pœon autem in amplioribus, in utroque dactylus, etc. Qu'on relève et qu'on mesure tous les mots, on ne trouvera presque pas d'ïambes quoique le style soit précisément humilis et demissus. Il est évident que les anciens se sont fait l'idée de l'ïambe d'après le genre des vers où la prosodie le faisait entrer; qu'ils ont supposé plus tard qu'il avait un caractère physique analogue à la signification du discours; et qu'enfin, suivant toujours la même hypothèse , ils l'ont voulu trouver très-fréquemment dans certaines pièces où , comme tous les autres pieds , il ne venait qu'à son tour, selon l'occurrence des mots.

Il y a encore une autre manière d'expliquer la phrase de Gicéron qui confirmerait matériellement tout ce que j'ai dit sur la non-réalité de la quantité prosodique dans la prononciation; la voici. La syllabe accentuée étant toujours réellement longue à l'oreille, la précédente est toujours brève ; de sorte que tous les mots de trois syllabes où la seconde est longue, et tous les mots de plus de trois syllabes, font entendre au moins un ïambe, c'est-à-dire une brève suivie d'une longue. Dans une phrase comme celle-ci que je tire de la première Tusculane (ch. II) :

ilonôrein tànien huic géneri non fuisse déclarât oràlio Câlonis, in quâ objùoii ut prôbrum Marco Nobiliôri quod is in provinciain poêlas duxisset *

Les sons entendus comme des ïambes, sont ici trèsnombreux. Les voici :

Ilonê I rem ta \ men, huic yé \ neri , fuis \ se, Jeclà \ rat , <>m I iiu I Catû \ nis, objê | cit , ut prô \ brum, Nobi//o 1 ri, provin I ciam, poe \ tas, dua>is \ set.

On conçoit très-bion en ce sens que Gicéron ait dit que la langue latine se composait d'ïambes en grande partie. Maijnam partem ex iambis nostra constat oratio (Omf., LVi,n° 189). Si au contraire on veut entendre des ïambes véritables, tels que la prosodie les définit, où sont-ils ici? Je n'en vois pas un seul. Je sais bien qu'on en trouvera quelques-uns de plus en coupant les mots hono dans honorera; neri dans generi; tio dans oratio; Cato dans Catonis; ciam dans provinciam ; poe dans poetas : mais qui croira que ce soit là la pensée de Cicéron? et pourquoi seraient- ce des ïambes plutôt que rem tamen, huic gène, ratio, etc., ne seraient des dactyles? Dans les vers, on coupe les mois pour retrouver les pieds que la métrique exige : mais cette raison n'existe pas dans la prose, où ce sont les mots euxmêmes et non coupés qui forment tour à tour les pieds simples ou composés que nous avons énumérés plus haut (p. 61, 62).

Ainsi, en résumé, nous avons là une phrase de Cicéron qui, dans son sens littéral, est absolument

1. Ce qui fait biea voir qu'alors les poètes étaient peu estimés (chez les Romains), c'est que Caton lui-môme, dans une de ses oraisons, reprociie à un consul de son temps (Marcus Xubilior), comme quelque chuse de lionteux, d'avoir mené des poètes avec lui dans la province où il commandait. (Tiad. de d'Olivet.)

fausse ; et qui devient au contraire exacte et vraie, si au lieu d'ïambes métriques on entend des ïambes rhythmiques, je veux dire des mots où l'on trouve une syllabe brève à l'oreille suivie d'une syllabe longue à l'oreille, quelle qu'en soit la quantité prosodique *.

(^ 41. PHRASES EXTRAITES DE QtFLVTlLIEX. BOUTS DE VERS DANS LA PROSE.

Il y a chez les divers rhéteurs une multitude de ces phrases à sens multiples, qu'il serait intéressant de recueillir et d'expliquer dans un traité spécial : mais, aucun, je crois, né s'est étendu sur ce sujet autant que Quintilien dans le quatrième chapitre du IX^ livre de son Institution de l'orateur (n°' 60 à 138). C'est à lui que je vais emprunter une suite de propositions que je tâcherai d'exphquer complètement.

Quand je dis expliquer, il faut entendre que j'expliquerai souvent comment ou en quoi l'auteur s'est trompé : car il n'y a point d'explication possible pour ce qui est complètement faux. Si un homme ayant observé exactement le diamètre d^ la lune au périgée et celui du soleil à l'apogée, concluait que la lune est plus grosse que le soleil, personne ne pourrait expliquer raisonnablement cette proposition contraire à la vérité. Mais en disant que l'observateur n'a pas tenu compte des distances des astres, ou qu'il a conclu comme s'ils étaient également éloignés de la terre, nous aurons as-

1. Le mot d'Aristote dans sa Poétique (IV, n° 6) que les Grecs eu conversant, faisaient souvent des vers ïambiques, se rapporte plutôt à la grande facilité da ce vers à cause des nombreuses licences qu'il admettait, qu'à la granàe quantité d'ïambes qu'on pouvait trouver dans la langue grecque, où il n'y en a pas plus que dans le latin.

signé la cause de l'erreur : c'est tout ce qu'il est raisonna hle de demander.

Jelisau n" 64 : Balnealori et arcliipiralaî idem finis est qui 7:5(Tt xa'i Tracatç et qui [jir,o£ To;£Ûv], sed priora sunt seve" viora. — t Bahwatorivlarchipiratœ ont unelin exactement seniblaliie a Traai xai -Kâiai^ el u.ir\^À To^euy) : mais les premiers (les mots grecs qui avaient été nommés préeédemmcnl) sont plus sévères. » — Les deux mois latins sont des lins de phrase de Cicéron. Quelques-uns n'en approuvaient pas la cadence, tandis qu'ils louaient les bouts de phrase grecque cités ici, qui appartiennent à Démosthène. Quintilien trouve les mots grecs plusse- ■tTe5 c'esl-à-dire plus fermes; car il y oppose un peu plus loin l'adjectif per??îo//c: et cependant, dit-il, ces fins sont toutes semblables. En effet la quantité prosodique en est exactement la même, savoir un crétique et un spondée. Mais l'accentuation diffère. Il y a en grec deux accents sur Traat et sur Ttâ(jai<; : il n'y en a qu'un en latin sur to dans balneatori, sur m dans archipiratse: Les trois syllabes précédentes, quelle que fût leur quantité prosodique, étaient donc prononcées brèves et légères, tandis que la première en grec était accentuée et longue : cela explique la différence du son perçu.

Quintilien, qui ne se rendait pas exactement compte de cette distinction, montre bien dans les lignes qui uivent que cette explication est la vraie. « 11 y a aussi, dit-il (n° 65), ce point à remarquer, qu'ici (dans les exemples latins) deux pieds sont contenus dans chaque mot, ce que l'on trouve aussi trop mou dans les vers, quod etiam in carminibus est permolle. » Il cite à preuve, en les blâmant, ces fins d'hexamètres Tyndaridarum, Apennino, armamentis, Oriom, qui en elfet ne sont pas excellente.^ ; et conclut, trop précipitamment, selon

mm, qu'il ne faut pas terminer les phrases par ces mots de quatre syllabes ou plus.

Je n'ai pas à m'arrêter sur les lignes qui suivent (n" 66 à 71); c'est une étude très-curieuse de la prononciation des phrases ou périodes * et qui se rapporte exactement à ce que j'en dis plus haut (p. 72, 73). Quintilien y insiste sur quelques conditions ou différences de son qu'il nous est aujourd'hui impossible d'apprécier, qui n'étaient même peut-être pas bien sensibles pour les auditeurs romains.

Il s'arrête ensuite et fort longuement (n"* 72 à 82) sur les noms des pieds prosodiques (p. 61, 62) et sur le soin qu'il faut prendre d'éviter dans le discours les commencements oui es fins de vers , et , à plus forte raison, les vers entiers. Cette partie n'offre aucune difficulté dansla traduction, et ne doit pas nousarrêter. Je fais seulement remarquer que ce conseil donné d'abord par Isocrate, et après lui par tous les rhéteurs % d'éviter dans la prose ce qui ressemble à des vers, ne touche pas à l'harmonie du discours, laquelle n'est aucunement gâtée par la cadence poétique. C'est une recommandation faite à l'intention des érudits, et qui ne se rapporte en rien au sentiment du))ublic. Ce n'est pas, en effet, parce qu'un vers détruit l'harmonie ,

1. Je citerai seulement ce passage (n° 68) où il explique comment doit être prononcée cette phrase de Cicéron : « Animadverti, judices, omnem accusatoris orationem in duasdivisam esse partes. » Il faut, dit Quintilien, prononcer cette phrase d'une haleine, en la coupant ainsi: d'abord les deux premiers mots, puis les trois suivants, puis les deux in duas, puis les trois derniers: et chacune de ces sections a sa cadence, et soutient la voix selon l'estimation des rhythmiciens ; spiritum sustinentes sicut apud rhythmicos œstimantur. Quand il s'agit de la prononciation effective, ce n'est pas la métrique, c'est la rhythmique que l'on invoque.

2. Cic. Brut., VIII, n° 32. Voyez le Cours supérieur de grammaire, t. II, 1. 1, chap. XV.

(ju'il faut l'éviter dans la prose; c'est parce que, (juand on est habitué à sa cadence, on peut le reconnaîtie à la simple audition, et que l'émission de vers dans un discours en prose, donne tout de suite à l'orateur un air de prétention ou d'emphase (jui le rend ridicule. Mais si la cadence de ce vers n'est pas assez habituelle ou assez frappante pour que nous le reconnaissions de prime abord, il n'y a plus pour nous ni vers ni bout de vers. El voilà pourquoi les condamnations portées par Quintilien sur ces parties de mètres de toute sorte qu'il relève dans divers discours latins, nous semblent des puérilités. Quel professeur voudrait aujourd'hui chercher curieusement s'il n'y a pas dans les devoirs de ses élèves quelque commencement ou quelque fin d'ïambique, de saphique ou d'asclépiade? Les Romains eux-mêmes n'y pensaient probablejnent pas plus que nous; et ces recherches minutieuses des métriciens ou des rhéteurs, ressemblaient beaucoup aux critiques faites chez nous de certaines suites de syllabes qui n'ont rien de blessant pour nos oreilles et que l'on rend ridicules en les isolant des autres, par la manière dont on les prononce. N'ai-je pas lu* qu'on avait blâmé Boileau d'avoir admis traçatapatar , parce qu'il y a ces beaux vers dans sa troisième épître :

Le blé pour se donner, sans peine ouvrant la terre, N'aUendail point qu'un bœuf pressé de l'aiguillon Traçât à pas tardifs un pénible sillon.

Et un contemporain de Malherbe ne lui reprochaitil pas pamblamafla, parce qu'il a mis quelque part : comparable à ma flamme.

Je ne saurais estimer davantage les observations de

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