GO. TRAVAUX DE M. QUICHERAT. DIVISION NOIJVELI.E D'LNE ODE D HORACE
M. Quicheratest certiinement l'homme qui s'est occupé avec le plus de soin et de succès de la versification ancienne, surtout de la versification latine. Il y a dans le traité qu'il a composé et dans son Thésaurus poeticus une masse immense de documents certains, tirés expressément des auteurs originaux ; et tout cela sans aucun système préconçu, avec une clarté, une netteté, un ordre caractéristiques de l'esprit français aussi bien que de l'excellente judiciaire et de la sagesse de l'auteur.
Toutefois M. Quicherat a, comme nous tous, appris dans une prosodie classique les règles de la versification ancienne. Il s'est habitué à regarder ces règles comme les vrais fondements des vers, et plus tard, c'est d'après elles et pour obtenir chez les anciens une perfection dont ils ne se souciaient peut-être guère, qu'il a proposé des modifications à quelques-uns de leurs textes.
Il y a dans Horace une ode (III, 12) écrite tout entière en ioniques a minore. Ce pied, qui se compose de deux brèves suivies de deux longues (p. 62), se trouve
(|uarant(3 fois de siiilc dans l'ode entière; et comme les anciens ne séparaient pas leurs vers ni môme leurs mots dans l'écriture, on conçoit combien la division de i file pièce en stro|)hos a dû prêter aux hypothèses et iiix tentatives des métriciens anciens ou modernes, peut dire qu'on a essayé toutes les divisions syméli i(|ues auxquelles peuvent se prêter les diviseurs du iioujbrc 40. M. Quicherat a écrit à ce sujet dans la Revue de l'instruction publique (15 octobre 1846), une dissertation qui me semble un chef-d'œuvre d'ériidilion lui^énieuse. Jl y rappelle et y discute les propositions de tous ses devanciers, notamment celle de Bentley, niontrc en quoi elles pèchent, et propose lui-même Uiic division meilleure sans contredit, et plus satisfaisante pour nous que toutes les précédentes.
Mais celte division a-t-elle été celle d'Horace? Horace même a-t-il pensé à en mettre une ? J'avoue que rien ne me le démontre. M. Quicherat est choqué de voir le Bel-lcrophonle coupé en deux d'un vers àl'autre, connne si nous n'avions pas ailleurs u-xorius{[). 110). Il n'aime pas qu'une phrase nouvelle commence au milieu d'un vers, comme si Horace lui-même n'avait [)as écrit Regurnque turres. 0 béate Sexti (p. 1 18). H trouve en conséquence une disposition où ces inconvénients sont évités, où l'ode entière est distribuée en quatre strophes parfaitement régulières et correctes.
Eh bien l je vois dans cette dissertation, une des plus savantes et à la fois des plus intéressantes que j'aie lues, le travail d'un érudit moderne qui cherche non-seulement le bien, mais le mieux. Les anciens le cherchaient-ils comme nous? J'en doute complètement. Le vers n'était pas chez eux comme chez nous, je l'ai déjà dit (p. 113), un tout complet, existant par soi, et tellement absolu qu'il dominât le discours et
rendît telle ou telle ponctuation obligatoire : c'était un discours dont les parties étaient mesurées. Quand ces parties étaient reconnaissables, comme dans l'hexamètre où il y a toujours à la fin un dactyle suivi d'un spondée et des césures réglées^ on n'avait pas de doute sur le commencement et la fin du vers. Mais si les parties étaient toutes semblables comme dans les petits ioniens , la division déterminée plus tard pouvait bien être l'œuvre des scholiastes, non celle du poëtc.
Tout le monde a été frappé de l'espèce de désordre qui règne dans VEpître aux Pisons. On sait que quelques éditeurs hardis ont essayé d'en disposer les parties dans un ordre plus logique. C'était le moyen de tout gâter ou , si on l'aime mieux , de détruire l'ouvrage ancien pour nous donner à la place, un pastiche moderne. Les Grecs et les Latins n'avaient pas les mêmes idées que nous, ni sur l'unité et la composition des ouvrages, ni sur la clôture du sens à la terminaison des vers, ni sur la régularité grammaticale. Ne corrigeons pas trop leurs textes d'après les principes préférés aujourd'hui.