Thèses supplémentaires, etc., p
qui se règle sur lui. C'est justement ce qu'ont fait les Romains, par le système qui accentuait la longue pénultième, et reculait l'accent sur l'antépénultième, si la pénultième était brève.
« En lisant des vers anciens, nous éprouvons du plaisir; notre oreille est flattée d'une certaine cadence . . . Et cependant il est certain que nous péchons en beaucoup de mots contre la quantité. » — Certainement: cette cadence, c'est celle de cinq accents environ par chaque vers hexamètre : seulement nous portons ces accents à la française sur les syllabes finales des mots, tandis que les Latins les portaient sur les pénultièmes ou antépénultièmes (p. 22, 82), ce qui produit a très-peu près le même rhythme, mais change considérablement l'harmonie du langage , et surtout les rapports des mots et des sections de phrases.
Quant à ce que nous sentons une certaine cadence quoique la quantité prosodigue soit constamment violée par nous, c'est la preuve que cette quantité n'y influe pas directement. C'est aussi la confirmation de ce que j'ai dit plus haut sur la distinction des pieds métriques et des pieds rhythmiques. Nous conservons à peu près les pieds rhythmiques; et c'est tout ce qu'il faut , puisque les pieds métriques disparaissent dans le discours prononcé.
« Si je dis ceci, c'est que les anciens, dominés par l'accent qui changeait la valeur de plusieurs syllabes, péchaient contre la quantité et jouissaient cependant de la cadence et de l'harmonie de leurs vers. » — Les anciens péchaient contre la quantité en supposant que la quantité prosodique entraînât avec elle la quantité réelle. Si ce n'était qu'une règle de compte et une convention, l'accent ne changeait aucunement cette règle, et les anciens ne péchaient contre rien du tout.
Voilà à peu près ce qui dans l'article de M. Littré regarde la quantité prosodique chez les anciens. Cette partie méritait d'être reproduite et discutée avec quelque détail, d'abord à cause du nom et du mérite reconnu de l'auteur ; ensuite parce que l'abandon qu'il fait aujourd'hui des théories qu'il avait, comme nous tous, apprises au collège, forme une présomption puissante en faveur de l'opinion que je soutiens.
Mais ce qu'il faut remarquer surtout ici , c'est que la difficulté vient tout entière de ce que nous donnons à la quantité prosodique le sens de la quantité réelle. Nous avons de la peine à nous mettre dans l'esprit que celle-là n'est qu'une règle de compte; nous suj)posons qu'une syllabe prosodiquement longue doit êire réellement longue ou au contraire, tandis que les anciens nous déclarent qu'il n'en était rien. C'est donc nous qui interprétons ainsi à tort les termes dont les Grecs et les Latins se sont servis ; c'est nous qui imaginons ces contradictions entre l'accent et la quantité ; c'est nous qui faisons ensuite des dissertations à perte de vue pour expliquer des difficultés qui ne sont que duns notre imagination et qui disparaîtront pour nous comme elles disparaissaient pour eux, dès que nous voudrons entendre les mots dans le sens qu'ils leur donnaient, et prononcer leurs vers à leur façon.