DISCUSSION PUÉRILE SUR L'ANTÉRIORITÉ DES BRÈVES OU DE LONGUES
Quelques auteurs se demandent si les brèves sont antérieures aux longues, ou les longues aux brèves? ou quelle quantité doit être regardée comme primordiale? Vossius écrit gravement dans sa grammaire latine (II, xni) : Ouum brevis syllaba unius temporis sitj natura quoque priorest ea quœ duorum est temporum. « Puisque la syllabe brève n'a qu'un temps, elle précède naturellement celle qui en a deux.» — C'est là un raisonnement tout à fait dans le goût des anciens. Aristote aussi se demande quel est le premier mouvement, le mouvement circulaire du ciel, ou le mouvement en ligne droite des corps qui tombent sur la
terre. Il se décide pour le circulaire, « parce que le cercle est la plus parfaite des figures planes, et que le parfait précède naturellement l'imparfait *. » Ces raisons-là avancent autant la science qu'elles font d'honneur à ceux qui les donnent.
La question de l'antériorité des brèves ou des longues est du même genre. Il faut, pour se l'adresser, ne pas se faire une idée exacte de ce qu'est en soi la prononciation d'une langue.
Les syllabes sont toujours longues ou brèves, non par elles-mêmes, mais par l'insistance ou la légèreté que nous leur donnons, d'après la valeur du mot ou sa place dans la phrase. S'il s'agit de la quantité prosodique pure, puisqu'elle est toute de convention, n'estil pas clair que ni la longue ni la brève ne sont primordiales? Elles sont l'une et l'autre ce que le caprice a voulu qu'elles fussent ; et il n'y a que la confusion de la quantité prosodique avec la quantité réelle qui puisse faire croire que cette question a la moindre importance.
En fait les langues étaient parlées, la langue grecque comme les autres, avant que personne songeât à distinguer les brèves des longues. Quand on vint à faire cette distinction, les premières brèves ou les premières longues déterminées prosodiquement le furent sans doute d'après la quantité réelle des syllabes (p. 59). Mais nous avons vu (p. 52 et s.) et tout le monde sait que la quantité réelle change avec l'accentuation; la quantité prosodique au contraire ne change pas. Si ces deux quantités étaient d'accord pour le même mot avec une première accentuation, elles ne le sont plus avec une seconde. Il est donc puéril de vouloir assigner