‹ L'Harmonie du langage chez les Grecs et les Romains, ou, Étude sur la prononciation de la prose élevée et des vers dans les langues classiquesChapitre 70 sur 82 · De quelques points des scitnces dans l'antiquité, p · texte numérisé non relu

De quelques points des scitnces dans l'antiquité, p

une de ces côndilions comme esscnliellement antérieure à l'autre.

Burnouf a obéi à une illusion du môme genre, quand il a écrit dans sa Grammaire latine (p. 75), à propos du verbe co, que «le radical de ce verbe est ï bref, comme on le voit par le supin ïlum. » — Il est clair que, comme les grammairiens dont je parlais tout h l'bcure, il attache à la qualité de brève ou de longue, dans les voyelles, une certaine importance, comme si ce nom déterminait la quantité réelle des syllabes. Mais dans cette hypothèse môme , pourquoi Vi serait-il bref à cause àllum, plutôt que long à cause û'ire? L'e de venio cst-il bref à cause de ce présent ou long à cause du parfait tvni? Dans quelles ténèbres ne peut-on pas se perdre à propos de ces mots métaphoriques de longues et de brèves, quand on y veut attacher le sens d'une réalité?

Suivant la vraie nature des choses, que Vi soit long comme à l'infinitif, ou bref comme au supin; qu'il soit accentué comme dans ïre ou non accentué comme itûrus; qu'il soit plus haut que le médium comme dans la protase d'une période, ou plus bas comme dans l'apodose , c'est toujours le môme i modifié par les accidents du discours. Rien n'est plus inutile que de discuter s'il est naturellement long ou bref.

Celte recherche pourrait avoir quelque importance s'il s'agissait des familles de mots. La quantité prosodique restant le plus souvent la môme dans les mois de môme origine, on peut trouver dans la ressemblance ou la dissemblance de deux quantités, la probabilité que deux mots tiennent ou ne tiennent pas à la môme racine. Ainsi dkare est-il de la môme famille que diccre? Ceux qui le voudront nier remarqueront que di est long dans ce dernier tandis qu'il est bref dans

dkare. Ceux qui voudront l'affirmer, au contraire,

soutiendront que la longueur ou la brièveté des voyelles dépend de leur position; que \'i de dïcere est long parce qu'il porte l'accent, et celui de dkare, bref parce que l'accent est surca; de même que ïo est long chez nous dans rose tandis qu'il est bref dans rosé, rosace, rosecroix.

Ce dernier exemple montre combien est futile la notation des quantités diverses dans la déclinaison d'un même mot. La lettre seule a de l'importance, les accidents ou affections de cette lettre sont essentiellement variables; n'en tirons pas d'autre conséquence que le fait lui-même.

Page 1