CHAPITRE XVÎII
HÉSLMK ET CONCLUSION.
5i> '1. METHODE SUIVIE DANS CE LIVRE.
Je rappellerai brièvement ici ce que j'ai dit dans les chapitres précédents, en insistant particulièrement sur la méthode que j'ai suivie.
Eln fait de choses sensibles, je n'admets comme connu, que ce que l'on peut reproduire à l'instant même où le besoin s'en fait sentir. Combien de gens s'extasient sur la beauté matérielle d'une langue, qui, si vous leur demandez de vous en prononcer une phrase, ne peuvent faire autre chose que de la dire à la française, en enflant leur voix pour faire croire à une sonorité qui n'existe pas! Combien admirent les brèves et les longues antiques, qui les renversent constamment dans la prononciation sans s'en apercevoir le moins du monde ! Combien disent que cette quantité produisait chez les anciens une véritable musique, qui nous font entendre, quand ils la suivent exactement, le parler le plus monotone, le plus disgracieux, le plus insipide et le plus antipathique à la nature humaine !
L'admiration outrée de ce que l'on ne connaît pas, produit toujours ce résultat. On se perd dans les exagérations et les non-sens; on fait ensuite, sous l'appii-
rence d'une érudition profonde,des théories nuageuses, où l'on ne réussit qu'à s'abuser soi-même et abuser les autres.
J'ai tâché d'éviter ce défaut. Toutes les idées sont ici parfaitement claires. Il n'y a pas un effet indiqué dont l'exemple ne soit donné, et qui ne puisse être immédiatement reproduit par quiconque aura bien compris les définitions et les règles proposées.
Je commence parles sons delà voix, les syllabes, les voyelles, les diphthongues, les consonnes simples, doubles ou triples. Ce sont là des connaissances positives, aussi bien pour les anciens que pour nous, et dans lesquelles il n'y a pas moyen de s'égarer.
Je passe aux modifications générales de ces sons. Il y en a trois : 1° celle du fort au faible ou les syllabes accentuées et les syllabes glissantes, d'où le rhylhme, et la science que les Grecs ont nommée la rhythmique ; 2° celle du grave à l'aigu, ou du ton, de l'intonation, jusqu'ici très-peu remarquée et qui mérite pourtant de l'être ; 3" celle de la durée, ou les syllabes longues et brèves. C'est ce que l'on appelle aussi ia quantité des syllabes ; d'où les pieds des vers, leur mesure ou leur mètre, et la science que les anciens ont nommée la métrique.
Cette métrique, les Grecs l'ont formulée dans des règles particulières qui ont déterminé pour chaque syllabe, dans tous les mots de la langue, une valeur de convention qu'on a appelée leur quantité prosodique. Les Latins ont en cela imité les Grecs, depuis qu'Ennius leur eut fait connaître cette théorie. Or cette quantité prosodique entraînait-elle toujours la quantité réelle correspondante? C'est-à-dire une longue prosodique était-elle toujours longue à l'oreille quand on la prononçait? Une brève prosodique était-elle toujours
1)1 cve? C'est là laqueslion qui est résolue négativeuieut |i,ir les passâmes des auteurs anciens qui s'y rapportem le plus direclenient, comme elle l'est d'ailleurs par le littn sens et l'observation de la nature, comme elle l'est l'iaore parce qu'on peut appeler la tradition o) ale^ luiisque les Italiens et les Espagnols pour le latin, pour I. ^rec, les Grecs modernes, dans l(!ur prononciation lie ces deux langues, ne tiennent aucun compte des I Lgles de la jnélriquc ancienne.