DE U. SAISSET
donne l’ancienne logique , et dans l’usàge qu’elle en fait. Car, on verra que loin que l’identHé et la noncontradiction soient la règle idu vrai, elles sont une source d’illusion et d’erreur , que la di£férenoe , l’opposition et la contradiction constituent la loi universelle des choses, et qu’il n’y a rien, ni sur la terre, ni dans le ciel, pour me servir de l’expr^ion- de Hegel, qui échappe à cette loi. Dans La Nature tout est contradiction et lutte, ét il n’y n, ni on ne saurait concevoir d’être, depuis l'obscur insecte qui rampe a la surface de la terre , jusqu’aux vastes masses qui roulent dans l’espace , qui pourrait exister , sans ia présence d’éléments , de tendances et de forces opposés. Dans les mathématiques l’opposition est dans le nombre , dans la ligne , dans le plan et dans le Bolide — l’opposition de l’unité et de la dualité, du nombre pair et du nombre impair, du nombre entier et du nombre fractionnaire, de la ligne droite et de la ligne brisée , de la ligne perpendiculaire et de la ligne verticale ,î etc. Dans le domaine de la morale, nous rencontrons les oppositions de la liberté et de la nécessité , et l’antagonisme des tendances et des motifs d’action. Dans la métaphysique, et dans les autres sphères de la pensée nous trouvons les oppositions de la cause et de l’effet, de la substance et des accidents, de l’infini et du fini etc., et enfin, si nous considérons l’homme, nous verrons qu’il est composé d’éléments les plus contradictoires, d’ame et de corps, de joie et de tristesse, d’amour et de haine, de rire et de larmes , de santé et de maladie etc. , et qu’il est, de tous les êtres, celui où la contradiction et la lutte sont le plus intenses. Et quiconque voudra por-
ter an regard impartial et attentif sur l’univers verra que, bien loin que l’absence de contradiction soit la loi fondamentale des choses, plus nombreuses et plus profondes sont les contradictions dans un être, plus remplie est son existence, et plus haute est sa perfection (1). n Voilà le passage entier, et il n’y a qu’à le comparer, même superficiellement, avec les lignes citées par M. Saisset, pour s’assurer que ma pensée est exactement l’opposé de celle qu’il me prête. Et il faut noter que le sens de ce passage se trouve encore plus nettement défini dans les chapitres qui suivent, et surtout aux chapitres VII, XI et XII (2). Maintenant, après avoir défiguré ce passage et ma pensée, et m’avoir donné, à titre de compensation, on certificat de bon sens, M. Saisset se fâche, et comme s’il regrettait de me l’avoir accordé, il me dit. Que venez-vous nous parler de deux manières d’ente»dre le principe de contradiction ? Ou bien , que nous contez-vous là avec vos deux logiques, l’une faite apparemment pour le vulgaire, et l’autre à l’usage des visionnaires transcendants de l’école allemande? Et pour donner plus de force à ses paroles il invoque Platon et Aristote. Je répondrai à l’apostrophe en peu de mots. Et d’abord, s’il y en a qui entendent de deux manières le principe de contradiction , ou qui admettent deux logiques , ce n’est certainement pas nous autres hégéliens. Car , pour ce qui est du principe de contradiction, nous ne l’entendons pas de
(1) Introduction à la Logique de Hegel Ch. VI, p. 42 —45.
(2) Voy. aussi sur ce même point mon Iniroduelion à la philosophie de Hegel. Ch. IV, | 5, et Ch. VI, $ 5.
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deux manières , mais d’une seule , puisque nous le nions^ et que nous disons et démontrons qu’il est faux, et qu’il est une source d’illusions et d’erreurs. Ce que nous admettons, c’est la contradiction comme élément essentiel et éternel des êtres , ce qui est toute autre chose que le principe de contradiction, ou, pour mieux dire, est l’opposé de ce principe. Il en est de même des deux logiques. Ceux qui admettent, ou sont obligés d’admettre deux logiques ne sont pas les hégéliens , mais les anciens logiciens. Car , par cela-même que leur logique n’est qu’une logique subjective et relative , ils sont bien obligés d'admettre, qu'ils le sachent ou qu’ils l’ignorent, qu’il y a, à côté, et au-dessus de cette logique, une autre logique objective et absolue (1). C’est là aussi un point que j’ai établi dans mon Introduction à la Logique. Car j’ai démontré , d’une part , les imperfections et l’impuissance de l’ancienne logique, et, de l’autre, la nécessité d’admettre une autre logique, et une logique absolue, laquelle est, par là-même, la seule et vraie logique (2). Et ce point je dois le considérer comme
(IJ Si l’on rapproche les deux Anahjliques d’Aiislole, on Irouvera le germe de ces deux Logiques. En effet, dans les premiers Aiiali/Uques , Aristote considère le moyen terme sous le point de vue du genre ou de l'espèce, ce qui constitue le point de vue de la logique relative et subjective. Dans les seconds Analytiques, au contraire, il le considère sous le point de vue de la cause ou de l’acte; ce qui constitue le point de vue métaphysique , ou de la logique objective et absolue. C’est une question que j'ai trailée dans ma thèse latine: De Plalonis, Aristolelis et Hegelii de mrdio termino doctrina.
(*2) Voy. Ch. II — XI. Conf. Introduction à la philosophie de Ilégel. Ch. V, | I, et Ch. VI, § 3.