‹ L'hégélianisme et la philosophieChapitre 24 sur 29 · I) E I M. JANET · texte numérisé non relu

I) E I M. JANET

abriter derrière de grands nains, où troavaient ils leur force et leur justification? Les tronvaieot-ils dans le passé ?<< Les Itrouraient'ilsi hors d’eox^ dans l’opinion, dans^les croyances et des doctrines de leur temps, ou au'dedansid’eux-mûoies , dans cette lumière, qa’eax seuls ivoyasenf' alors> et i qui ' éclairait et • fortifiait leur ame? Hors 'd’eux ils trouvaient < la ciguë etda eroix. Et'Cependaflt il panât' qu’ils' avaient raison, puisqUe VDUsiJeé appelés à votre secours, bi en > que je' doute iotrt^^ae et' vous aviez vécu de leur temps, rousileor eussiez /dontiè raison ; car la philosophie des majorités ne' peut doiiner raison qu’aux majorités. Je>ne vois d(HUî pasi pourquoi Hégel ne pourrait pas avoir raison ;et contre Socrate, et contre Platon, et coutro le christianisme et tous les philosophes qui l’ont préc)édé('i\^ousM me direz probablement, que* si vous ad- , onotteÿ la doctrine de Socrate, de Platon et du Christian ttismèÿ .e’est qu’elle est d’accord avec la conscienoe de ' l’humanité^ -tandis que celle de Hegel est en’oppoM^ tiùri,;aveo elle. , Mais c’est là un de ces arguments avec JesquelsioB peut tout prouver, et qui • par celaiaên)e> 'tie prouvent rien. ' Il n’y a rien, en effet'; de plus élastique que, la conscience de l’humanité , jcar elle> est 'si large et si multiforme que les doctrines les plus opposéos peuvent y trouver un point d’appui (l).-i Et,, d’ailleurs, ) il I faut définir- ce que voiis entendez par conscienoei de l’humanité.-' Est-ce la joonsoieneeffdu petit nombre? Mais le petit nombre, fût-H composé d’individus, g tels qü'Anàxagorcj Socrate, Pla- ••• '• ,* g -- -ir- t g-,' .‘.iig-'MJ ' t- I'- i ' >.

(i) Voy. mon Ihlroduction'n Id philosophie dê'Uégel. Avantpropos p. 6. et suiv. i-

Digitl^MCl by GoogU

CEITIQUE

ton et le Christ • lai-même , ne constitue pas l’humanité. Et puis la conscience de < Socrate , par exemple , et la conscience du Christ ne.wnt pas d’accord sur ce point. Car, ' je ne sache pas que dans la conscience de Socrate il fût question du Père , du Fils et du Saint Esprit. Serait-ce donc de > la . oonscience de tous les hommes que vous entendez parler? Mais cette conscience ne peut ' nous être connue que par l’histoire. Et l’histoire nous . apprend le ceotraire de ce que vous prétendez lui faire j dire.- Car elle nous apprend qu’autant il y a de peuples, a\»tant il y a, en quelque sorte, de conceptions différâtes de la divinité. Ainsi le Dieu du sauvage n’est pas le Dieu de l’Hindou, ni le Dieu de l’Hindoih n’est celui du Grec, ou du Juif. Et dans les sociétés chrétiennes elles-mêmes , non-seulerâent il y a des sectes qui ne sont pas d’accord sur la signification du dogme de la Trinité, mais il y a des sectes, et des individus, et ceux-ci très-nombreux, qui nient ce dogme. Et ainsi ce qu'il faut invoquer , ici comme dansi autre question, ce n’est pas la conscience de l’humaoité qui n’est qn’un mot tant qu’on n’en a pas déteenainé le sens , mais la raison , et la raison philosoplûtpie , et expliquer , à l'aide de cette raison, la nature humaine et la nature divine. On aura alors un- principe, un critérium avec lequel on pourra juger rhistoire, les croyances et ce que vous appelez la conscience de Thumanité, laquelle n’est autre chose que l’ensenihle des croyances et doctrines qui ont paru dans le inonde, et que l’histoire nous fait connaître. Voilà ce que je réponds d’abord en gros, si je puis -ainsi dire, aux objections de M. Janet. Exarainons-les maintenant en détail.

DE IM.'.'JANET

19îV

■ Procédant par <élimiaation'iot(icomaieQçant par k christianisme, je demanderai» à M» Janet de quel christianisme il veut parler. Veut-il parler de U doctrine, chrétienne orthodoxe >et littérale / ou bien doda doctrine chrétienne interprétée par la philosophie ? Diane le premier casj> il doit me -parler dn chrétien stricte» ment orthodoxe,^ et^ to«t> ce qu’il a le droit de la' en? soigner o’oàt le catéehieiiie, lequel catédUsme^ moi philosophe, par la raison même quoje suis philosophe^ p’ai 'le droit de ine pas écouter,, ou de n’écouter qu’eu 1». jugeant let en faisanU mes. réserves. Si, tau oontrairei^»ü me parle au i nom d’une doctrine chr»îtien«« interprété© par la philosophie, dans ce cas aussi, j'ai

10 droit d© ne pas adracttrei ses arguments j i et. oula par une raison ltoute simple. C’est qu’au fond ce n’est ^ pas au nom de laodoctrino chrétienne qu’il me» parle, mais au nom d’une philosophie à l’aide de laquelle

11 juge et interprète la doctrine chrétienne , ,,de .sorte que, la question n’est plus. ici entre moi et le christianisme, mais entre moi et la philosophie, de M. Janet. De toute manière, et en supposant que, je eqi^ disposé à accepter ce que me dit HD Janet à ce sujet comme un enseignement qu’il tire .directement du christianisme, il faudra que. lui, à son tour, accepte et laisse intacts les dogmes du christianisme ; car s’il les change, ou les modifie on n’aura plus le christianisme , mais une autre l'digiou et un autre enseignement. Ainsi il faudra qu’il admette le dognm .df la Trinité, qu’il me l’explique, et qu’il m’explique rationnellement qu’il est d’accord avec son Dieu per-

onnel, doué d’intelligence et de la conscience de soi, pour me servir de son expression. Car, si pour éta-

critique

blir ce poiat, au lieu de prendre* la Trinité tout' entière,- il .prend une de» trois personne, ilef Fils, ou le Verbe ,< conune il- le, fait, eu e£fet^ outre quelle paesage de ^Saintf Jean qu’il, eita-, peut recevoir 'une-'unterprétatioo- différente de celle qu’il ^ loi donne- il mutilera la i doctrine chrétienne et- il noua donnera ea doctrine, et non -la, doctrine efarétienne^r J^! aânasi, je de .répète, M. Janet m’a- ipas le -dnoit de s’appléj«r sur .le, christianisme, et ce droit U t ne rnura -tout' âu phis que lorsqu’il nous fera connaître sa théorie rationnelle de la Trinité. Qu’il nous la fasse -èomitétTe, s’il en a une, et nous verrons. Peut-être est-elle comprise dans cette métaphysique éternelle dont U atété question plus haut , et qui, en effet , 'sc compose de trois membres, le platonisme, l’hégélianisme etilatniétapbysique éternelle elle-même qui les -réunit tons.iès deux,) et que .nous pourrons appeler, si.boa lous semble,^ .trois personnes, puisque le* mot' neifait crnti à la chose. Mais c’est là aussi un, des h secrets de cette métaphysique que . l’avenir • setll pourra j mais dévoiler.. / ]'• . , - . r \f ■i ‘/^-nlinoun

i,<. Quant à Platon, en admettant que Ja ptsMception platonicienne , de la Divinité soit, telle que . Janet

veut.ioour le faire croire, je demanderai. ^d’aberdosi elle est. d’.aeeord aveo sa belle tête, je .veux dire avec SS théorie. des idées, et sa- dialectique. Car voioij^-iM dire, do, fM. Janet, un Dieu (doué, dh'ntelligence et.de la coBscienoejde soi. Or,,lque deviennent ces idéesi, ces prinoipes éternels et, cette dialectique dans ee^te intelligence ? Sont-ils supérieurs n àn l’intelligencè ^ ou

(t) Gh. HI, { t, p. 587. •> ; n- ’.'i'f -I -i • ' >.

DB M. : Jt A KE T

bien’ lui sont-îls inféi*ieart? Et s’ils sont les principes dev l’être 'fet'dô la oonnais8ance^>c’«st-à^ire , ce sa’ns quoi ni l’intelligence nè saurait^ entendre, ou, ce qui révient au même, ne'sernit rinteHigefice;- ni 'leè choses ne sauraient eiristet, ■icoinmént l’intelligence serait-elle supérieure à ces principes^'Et ■puis, "y a-tdl «ne idéë dfe rintelligeiïeeiy’Eti si le «Platon de'M. «Janet tUe disait qu’il n’y- en a point, je' lui 'dirais : mon cher maître, -il me-Semblèl qu’il y 'a là aussi un de ces membres qu’il faui' vous redresser; car s’il li’y a pas une idée de l’intelligenoe,'' comment est-ce que mon intelligence pourrait êtrej" et se 'penser elle-même, -et' penser iles autreéi intelligences, et l’intelligence divine dont votts ihe paries ? Et< Comment les autres intelligences ,' et l’intelligence divine pourraient -elles aussi' se ‘ penser elles-mêmes ^;'‘et penser les autres intellîgences?i'Ili' y a <Jonc'’Uné idée absolue de l’intelligence ,’ une iutélligcnfe intelligible , qui, comme toutes les idées', "est la source de toutes les ■ intelligences et , pat^ ’conséquenty cette difFcrenôe qüe' voas iétafbKssez ', ebhtînuerais-je , ou que M. Janet établit en voti*e*''hOtn entre l'in teliigeoce èt' IMntelligible 'n’exiète qu'aütant que vous vous 'oublies vous même, et que' vous dorineS mo démenti à votre’ propre doctrine.'* Mais'il’ÿ" & un on idetf*oauttes*];>omt8 qae le même Janet voüs attribue. G^éàt que ^ suivant' vous, la conscience dè soi ^serait ''’leUigno d 0 ''l'intelKgenée.,'' et qaè' là'*Joù'' 'H n’ya pas de conscience l de •ôdi, ' là il *n’y'’a pas iioii plus d’intelligencej* et que; par conséquent, ^ Dieu i n'est intdligeucé* qu’aütant''quf}l est conscience de' soi! Or, ici aussi , mon vénéré maître , vous ne me paraissez plus être le Platon que j’ài'c entendu et admiré

CRITIQUE

autrefois. Car vous ne Cessiez pas alors de m’enseignèrffue l’objet propre’ de l’intelligence > est’ l’intelligible , et que la Un, et comme de Iriompbe de tous • ses efforts' c’est d’atteindre 'à ce point 'Oti l’intelligence et l’intelligible ne font plus qu’un. Or, je ne vois pas comment cet* enseignement peut se concilier avec la conscience de soii Car si c’est parcequ’elle est ‘ conscience de soi que mon intelligence entend , Ce sera mon inttlligence individuelle qui saisira l’intelligible, et ce ne sera qu’en tant qu intelligence individueUe <|ue l'intelligence entendra l’intelligible. Mais que deviendront alors les autres intelligences qui sont toutes des intelligences comme la mienne? Et comment pourrai-je penser ces intelligences, et l’unité de ces intelligences et l’intelligence divine qui est l’intelligence des 1 intelligences , comment , en un mot , pourraije penser l’intelligence, s’il faut qu’à cette pensée vienne se mêler la conscience de soi, et de cet atonie qu’on appelle individualité? Et ce qui est vrai de ce ‘ 'que j’appelle par une illusion du langage mon intelligence^ qui’ en réalité n’est pas plus à moi, que lu vôtre n’est à vous, mon cher maître, puisque la vôtre m’apr partient aussi un peu, et qu’elle appartient aussi* à tous les temps et à tous les pays , ce qui est ■ vrai dis-je, de' mon intelligence, l’est encore plus 'de l’intelligence divine, qui est non-seulement' l’intelligence par excellence, mais l’intelligence de toutes les intelligibles. Et puis, voyez. Qu’est-ce qui i fait que l’intêb ligence entend, ou, pour mieux dire, que l’intelligence est l’intelligence? N’est -ce pas la pensée? Or' la pensée ne ponse-t-elle pas la conscience de soi, ou comme on dit, le moi? Donc la pensée qui pense le moi est

DE M. JANET

autre chose que le. moi , et elle lut est supérieure. Mais, outre' le moi, La pensée .ne pense-t-elle pas aussi ce qui n’est pas le. moi, c’est-à-dire, le nonmoi , que. ce non-moi soit l.’anie ,'ou Dieu ou l’univers? Donc, la pensée, est. autre que. Ic.iiuoi et le non-moi, ;puisqu’elle est tous les deux. Kt étant tous les deux, ,et autre que tous les deux , elle les surpasse .tous, les deux.' en excellence, en réalité et en vérité. S’il en est ainsi, des mots et des choses, tels que la conscience de soi, le moi, le je pense no fandra-t-il pas les renvoyer parmi ces états inférieurs et subordonnés de l’âme , et parmi ces évolutions , ces degrés et oes hypothèses, comme vous les avez appelées, mon cher maître, à travers lesquels l’ânie s’élève à cet état , à cette forme parfaite de l’existence, qui est l’objet suprême de toutes ses , aspirations, et où elle peut contempler les idées et les essences, et contempler ainsi sa propre essence? Il me semble, en effet, que lorsque je dis, je pense la vérité, par cela-même que c’est moi qui pense la vérité, je ne pense pas au fond la vérité. Car la vérité n’est pas ma vérité, mais de tout ce que je possède ellv est, au contraire, ce qui m’appartient le moins en propre, puisqu’elle est la vérité universelle, qui i appartient à' tous des êtres qui pensent comme rooii, sans leur appartenir non plus en propre à aucun d’eux. Par conséquent, il ne faut point dire,.;V pense la vérité , mais la pensée qui est ,en 'moi , et qui est la pensée de la vérité, la pensée qui est absolue et éternelle comme son objet, et ne fait qu’un avec lui, c’est cette pensée. qui pense la vérité. Et réciproquement de . cett.e pensée ■ et de cette vérité

CRITIQUE

imiversellee qui se donnent à tontes les pensées, et à tous les ' moi, on ne pourra pas dire qu’elles sont la pensée et laîvérité de telle pensée, ou de tel moi; mais qu’elles sont la pensée et la vérité. Voilà les considérations que jé soumettra» à celui' qüi/aYec ArîstOtej'a été taon premier maître, si, en effet, sa' doctrine 'était telle que* M.‘ •lanet! nous '■ la représente. Mais îéi ' aufei'’ Ce^ ‘h’est pas’ Platon,' c’est M. .Tanet’qne nous avons. 'fet,'’ten effet, je voudrais bien savoir où M. Janet à pris qùC Platon 'enseigne la doctrine d’un Dieu’ personnel,' Ct doué^dc’la conscience de soi. 11 n’y a rien ”dd' plus facile 'que de ’dire u le Dieu de Platon est une raisbn en acte, une toute raison, se sachant, se pbssédant’, capable d’action , faisant les choses selon ce ^ qu’ollc est, au Heu à'ètre faite elle-même par la seule fbrce des choses; '’Dieu, enfin, est une pensée vivante fr II n*y\ a rien" de plus facile que de dire tout cela, et bien d’autres choses , mais il l’est moins de le prouver. Car ® d’abord ;' je pourrais montrer que cC passage même' que M. Janet met sur le compte' de'i Platon | va Contre' la 'thèse qu’il se propose d’établir. €^'e’qu’fj vèut prouver,'’en effet, c’est que Dieu est un étfrc sé^ paré'des choses, possédant une personnalité distînete et pârfaité."^Or‘'M; ‘Janet Commence' par noué ditc^ 'quC Dieu est une’ raison en acte, et puis il'ajoutfel qû^il eSt’’càpable' d’action. Mais la capacité d’agir si Cés mots’ ont un' sens, supposé \sl" puissance d'être autre fjn'on' li’est, et partant un' changement ■; un déveléppemént^ ou un 'acte' nouveau. Afistoté' que M. 'Janet invoque dans le^pa’ssago cité plus haut aurait dû le lui rappeler. Et puis 'si Dieu fait les choses, il passe aussi de la paissance à l’acte. En outre, que devons'

DS. M. JANET

D 0 U 6 enteadretpar ces paroles, ^ûant U» oh(ue$ selon ce quelle eetf au .lieu id’ètrei faite ,elle-mèma par la. seule force des choses t Mai» si ella.faU les choses suivant ce I qu’elle est., , elle les ifait ikéeessairement, .car elle le». ^a,it ,c(vufornià{Q(eot. à., »a nature (et <aux idées éterr nelle^Mqui.coostitaent isai nature même,, de , sorte que sqn ractjpnjjj’est , pas. cette liberté. de choix, cette (liberté, taire, ou, de ne pas faire, de faire , de { telle façon, plutôt que de telle, antre que tous vouljcz. lui io)poser,(,et qui dans l’être absolu est une imperfection et { une; déchéance. .Ensuite , qui est-ce qui a jamais dit. que, la raison éternelle est faite par la forceides choses Et quelles sont ces choses par lesquelles elle serait faite ? Serait-ce dans le système de Hégel qu’il y.' aurait de telles choses? Mais qu’alors on nous les montre, qu’on nous montre , .veux-je idirci, quelles sont les , choses , qui , dans ce système , fout, la raison divine. Jusque là je dirai, et jei serai., aur torisé. à dire qu’il y a le mot, mais pas, la chose, Et, j’appliquerai ces remarques au passage, entier. Ainsi , AT. Janet nous dit que le premier , principe de liégcl c’est, la matière. L’enoncé seul d’une telle proposition snfidt pour faire dresser les oreilles }à , un hégélien. Mais passons. Soit. La matière , est le, premier principe , de, r hégélianisme. Jusqu’ici, on, avait pensé que c’est, le premier,^, principe d’une,, dqçtrine qui détermine son caractère,, et la dénomination par laquelle on la. désigne,;, |de,.,8orte que, si Iq , premier principe de l’hégélianisme est la ^ matière, l’hégélianisme devrait, être le matérialisme. , Go n’est pas là cependant ce- que pense M.| Janet, car quelques lit gués plus bas il nous dit, que^la. philosophie de Hégel

i C R I TI Q i; E

n’est pas matérialiste, et qu’elle n’est pas matérialiste par la raison que, suivant elle, 'le principe de toutes choses est dans 'l’intelligible. h)t maintenant, pourquoi dans cei système le premier principe' est la matière? Pnrceque,la raison divine ' s’y manifeste^is’y développei et i.yii devient , de sorte qu’en devenant elle n’est pas , mais < seuletnent manière. ')>Ainsi ce qui devient n’a pas de forme. Voilà aussi^ an' nonvcuu principe dans la science. La 'plante qui dervient n’a paside forme. L'esprit est un’ être indéterminé, par cela même qu’il se développe. Comme si. le développement d’un être n’impliquait pas la forme suivant ' laquelle cet être se - développe ! Comme' 's’il pouvait se d/évelopper et être en dehors de cette forme ! Comme si le mouvement, le développement, le devenir n’était pas une des formes dei l’absolue existence! Et ce qu'il y a de plus étrange c’est qae M. Janet, qui identifie ici la raison qui se développe avec la matière, reconnaît qu’il y a uue matière intelligible. Mais s’il y a une matière intelligible, urie essence ou* idée de la matière , comme il faut bimi admettre qu’il y en a une , donc cette idée .V une torme; donc cette matière intelligible fait partie, elle aussi, do la raison divine. C’est qu’on ne sait pas ce qu'on dit. -C’est qu’on prend les idées ,- forme , matière et' autres au hasard, on les alligne, on' les sépare 'et -on les unit au bazard, et on bâtit ainsi ses raisonnements. 8i' M. Janet avait dit qu'une raison qui se développe n’est pas une raison parfaite, je le comprendrais. Mais dire que la raison qui se développe est la matière, c’est tout simplement, absurde. Et lorsque je dis que je comprendrais que M. Janet eût avancé

UE M. .lAXET

qu'une l’aieon qui se développe n’est pas une raison parfaite, je le dis pour M. Janet, mais je ne le dis pas pour moi. Oar, pouriraoi, avant d’admettre ce point, il fautqned’on m’en démontre bien . d’autres. Il faut qu’on me démontre ^labord ce que l'un i entend par pertection, et par r aison ; parfaite (1). 11 faut qu’on me démontre/ qu’une raison qui ne se développe pas est une raison parfaite. >Il faut qu’on me < démontre , quami on i me parle .d’un jDieu vivant et d’une r raison vivante, qu'il y a vie sans 'mouvement, ne fût-ce que le mouvement de la' pensée. Il faut qu’on me démontre quelle mouvement, l’espace, la matière, la nature entière, en un mot, est un être irrationnel, et ne constitue pas un moment et une partie intégrante de l’absolue raison. Il faut qu’on me diso si cette raison a. ^des rapports consubstantiels avec notre raison et avec les choses, ou si elle n’en a .point. 'Si elle n’en a point, il faut qu’on me diso, d’une ipaft, comment elle est, et peut être la raison absolue, .et d’autre part, pourquoi nous en parlons, et comment il se fait que nous en parlons. Et, si elle en a, comment il peut se faire qu’elle soit intimement liée avec des êtres qui se développent sans se développer, ne fut-ce qu’en les pensant. Comment il peut se faire qu’elle; pense la. nature, et d’homme et l’histoire sans être ce qu’est la nature, et l’homme et l’histoire. Voilà des points, et bien d’autres que je passe ici sous silence, qu’il faut qu’on m’eî^plique, pour «que j’admette que la raison parfaite est . la raison qui ' ne se

(1) Voy. sur ce point mon Intrtdurlion à la philosophie de Uégel. Ch. VF, p. 250 et suiv.

' GBITIQUE

développe pas, M. Jaaet dit qu’il n’a fallu qu’un souffle du cbristiauisme pour anéantir la matière. Ainsi nous voilà, nous autres chrétiens, transformés on. purs lesprûts. Pour >moi, j’avoue que,! bien que je vive .assea,de lia vie de la pensée,.ijo'ne<n 3 esenB pas avoir subi cette transformation. Et si ije ^regapdaiau* tour de moi , je ne vois pas , autant du .1 moins -rquc inesi yeux peuvent voir, de purs esprits ^.1 mais o /des hommes .aveCt. des corps aussi lourds, , aussi mcigeaats et aussi tyranniques que pouvait être l' le corps /de ceux qu!on appelle nos premiers parents ÿ/>avant ou après, le péché. Et, si je regarde la naturel «a général, je ne vois pas non plus qu’elle soit devenue oé pur éther de l’esprit , comme dirait un poëte.; Car tout. y est encore à sa place, tout y garde sea.^roh priétés et y «remplit les mêmes fonctions. ,Le(ifeu y chauffe ou y brûlé, les vents y apportent la fraîcheur ou, les tempêtes, les eaux y viennent humecter 1 le sqI ou lie submerger, et ainsi du reste. Quant, au christianisme, ce qu’il m’enseigne, c’est qu’il y Orle Père, le Fils et le Saint Esprit. Et c’est I là attssi ce quOi, m’enseigne Hegel, à sa façon, bien ent«jdu.flie Kilsj est ;venu sur la terre et y a revêtu forme ibuh mainef-, c’est aussi ce que m’apprend le cbristisnâsinq^ Maintenant 1 voici comment je raisonqe.i Si ma.souvC' rain va.. visiter un de ses sujets ,,,estTce , parcequence sujet, est, (digne, (OU parcequ’il, est indigne de, cet, hoft-' neur? Ou bien,, est'Oe pour llélever, ou pour l’abai»sei':? (C’est,, j’imagino,, parcequ’il eniest digne, et pour l’élever. Or, si le Fils est descendu sur la terre, eu y prenant forme humaine,^ c’est qu’il y a un i-appoi t intime entre lui et la nature; et en faisant de là nar

DB U. JAMBT

tare sa demeure il ai voulu montrer que< la nature est digne de le recevoir; et il n’a pas voulu la ra-* baisser-et l’anéantir, mais, au contraire, la réhabiliter et la sanctifier par sa présence, et donner ainsi comme un > témoignage visible de sa < divine ’ origine. Voilai ee^.que nousidit le christianisme, entendu même littéralement <(1). . ■ ;n ■!> •

iievenant à Platon, je dis que le Dieu de' Platon' n’est pas'tel que nous le représente ]\L Janet. Et d’abord 'je n’ai pas besoin de rappeler encore* que dans * Platon il faut distinguer l’exposition my tblqne et* populaire d’avec le sens interne et philosophique de sa doctrine. Si nous devions, par exemple, prendre dans le Timée au pied de la lettre ce qu’il nous dit sur l’origine, et la nature des êtres, sur Dieu, et le démiurge qui fait les choses à l’image des idées y comme l'artiste fait une statue ; ou qui mêle les idées, lé même, l’autre et l’essence, pour composer l’ame, comme un chimiste mêle des substances diverses, pour composer une nouvelle substance; ou qui, dans les choses visibles et mues par un mouvement désordonné et irrationnel, met l’ordre et la proportion, si ''nous dévions, dis-je, prendre tout cela au pied de laJettrey il faudrait rayer Platon du nombre des philosophes; et 'le renvoyer parmi les poètes. Du reste ,' lorsqu’il nous* dit, ‘dans 6e meme dialogue, et dans \a, -Répu-‘ hUqiie, que si la connaissance 'de la nature divine est difficile, il est* impossible de communiquer cette Con-‘ naissance aux autres', il nous' met en garde contre .•11 ' tî i.'. ü'il); '■ J •' ‘1 'i i' ' I I .. . ... , .t . .....

-(I) Voy. sur ce point mon InlroducUon d la philosophie de

Hégel. Ch. V, | 2, et Ch. VI , | 5,'p. 250 et suiv.

I CRITIQUE

ces représentations anthropomorphistes et symboliques de sa pensée, et U nous avertit' que pour entendre sa pensée, il no fau^ pas s’arrêter* à >la forme dont ilda revêt, mais pénétrer jiisqu’à sa pensée même.

Maintenant la première question est de savoir si Platon a reconnu l’idée de la matière , ou comme on dit , l’éternité de la matière. Pour moi:, ce peint ne fait pas l’ombre d’un doute. Sans invoquen l’opinion des Alexandrins qui a cependant un grand poids^ ear les Alexandrins, non-seulement avaient otadié profondément Platon, mais ils possédaient les traditions de l’enseignement platonicien, sans invoquer cette opitùon^ et m’en tenant à l’exposition en quelque sorte* littérale de la doctrine platonicienne, il me semble, je le répète, que ce point ne peut pas laisser' do doute. Car d’abord Platon désigne la matière, comme toutes les autres idées, par le même nom, c’est-à-dire, il l’appelle idée (1). Ou bien , lorsque il décrit les élcl raents dont se compose l’ame , il ramène l’élément immatériel et rationnel, et l’élément matériel et'cor'i porel 'à l’opposition du môme et de l’autre' (2) , as J signant ainsi une idée à tous les deux,’ de même qu’aillcurs il a assigné une idée au non-être , todt aussi bien qu’à l’être. Et le passage cité plus haut par M. Janet, où Platon définit la matière, une essence invisible, amorphe, participant à la divine intelligence, bien qu’elle n’y participe que par une opération inen-

(1) A’ôpaTsv Eiosa /.a: âiAspçov. Timée.

(2) Txk 6«Tapou (puoif fiùaiAtxTiv 0‘jiav î'o Tà’jTOi ouvapuoTTs-f pi».

Ibid. El il faut noter qu'il les appelle plus haut tous les deu.\ par le même nom, c’est-à-dire, des substances, o'htas. \

I) E M. JANET

2orj

telli^ible^ et que sa nature ne puisse être saisie que par un raisonnement bâtard j ne fait que confirmer cette opinion. Car non-seulement il l’appelle une essence, et il 'admet qu’elle participe, comme toutes les autres essences, à > l’intelii^nce divine, mais il la définit , coramoi il définit, les autres idées. Et s’il dit qu’on ne peut la défitiir avec la même exactitude que les autres , cela tient en partie à . la difficulté que présente, en efiet, la définition de la matière, et en partie, et surtout à ce que Platon ne proci^de pas systématiquement dans la recherche des idées ; ce qui fait que, de même qu'il a considéré hors du tout et de leur existence systématique l’être et le non-être, le même et l’autre, le mouvement et le repos, ainsi il prend ici la matière, la sépare du tout, et, la considérant dans son état abstrait, il la conçoit comme l’indétermination absolue. Mais il n’est pas vrai que la matière soit telle , car elle contient comme éléments et propriétés essentiels les formes logiques de l’être et du non être, les déterminations de la quantité, le plus et le moins, l’extension et l’intensité, la divisibilité et l’indivisibilité etc. Et, d’ailleurs, ce qne Platon dit de la matière , savoir qu’on ne pont la saisir que par un raisonnement bâtard, il le dit aussi de l’eepaco (1). Faudrait-il en conclure pour cela que dans sa pensée l’espace et tout ce qui concerne l’espace, c’est-à-dire, lu géométrie, ne sont pas éternels, et ne sont pas une partie intégrante de la raison et de

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l’être divin? Et lorsque, pour prouver que, suivant Platon, la matière n*est pas-éternelle, ou'qile;^si elle est éternelle, elle constitue une substance propre’ et séparée 'de’ la ‘Substance* divine, on cite un passade; où 'Platon représente 'Dieu"comme' façonnant 'et ‘'Ordonnant 'une' substance visible mue par un ‘ tnioU veinent désordonné^- on 'tombe dans la' confusion ^ que nous venons de signaler; on' prend la- forme' 'de la pensée pour la pensée, l'exposition populaire ou pbêliquo de sa doctrine pour sa véritable doctrine. Lee impossibilités qui résultent de -cette supposition ‘sont telles, qu’il est à peine besoin de s’y arrêter. Car, notvseuleiuent elle est en opposition directe avec sa tliéérle des idées, suivant laquelle il y a une idée de toutes choses, des contraires, et même' de chevéu^^'dè table* et 'de boue-, mais personne n’admettrà''j*î')e pense, que Platon ait jamais pu songer' ùl poser éti face de -la substance divine une autre substance 'fcdéternellb, séparée d’elle et, partant, indépendante d^'ïélè et I absolue - comme elle, et, qui plus eètj"dOtiéë d4 mouvement (î). Or, M. Janet admet bien "cette d? sfiriction de- l’élément populaire et de l'élénifetit ^ieblifique dans Platon.' Mais il faut voir l’usagé' fait,* il faut voir avec quel art il élude ou "iÙ'p'pHtTié leè" difficultés, et il sait tourner le' scientîfiq'ùe 'eii'^’pulaire,' et le populaire en scientifique, s’il ■m'’eSt'pérmis* d’ainsi m’exprimer.' Par exemple, il vous parlera

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