‹ L'hégélianisme et la philosophieChapitre 4 sur 29 · CHAPITRE SECOND · texte numérisé non relu

CHAPITRE SECOND

liC bon sens et l’érudition.

M. Saisset en citant un passage de mon Introduction à la Logique de Hégel, passage que je reproduirai plus bas , veut bien me féliciter de mon bon sens. Je le remercie du compliment, que je n’ai pas de raison pour ne pas croire sincère. Mais au risque d’être peu poli, et de choquer beaucoup de gens , il faut que je dise que je m’en serais passé fort volontiers. Il y a deux choses pour lesquelles je n’ai jamais eu un goût très-vif. Et l’âge, et l’expérience et la réflexion, loin d’affaiblir cette disposition, n’ont fait que l’affermir. De ces deux choses, l’une est le bon sens, et l’autre l’érudition. J’ai la faiblesse, qu’ on l’appelle un égarement d’esprit si l’on veut , de préférer parfois, souvent même, la folie au bon sens, et l’ignorance à l’érudition. Si je les ai ainsi associés dans mon esprit, c’est qu’il y a entre l’érudition et le bon sens une affinité plus intime qu’on ne le croit.

LE BON SENS

Tous les deux sont épris de l’opinion et de l’apparence. Ce qui les charme , ce qui fait leur délice c’est la lettre, c’est le fait materiel et palpable. Quant à l’esprit , à la libre pensée , et aux principes invisibles et éternels qui animent et engendrent cette lettre et ces faits , ils ne veulent point en entendre parler. Comme l’érudition s’extasie devant un vieux parchemin, ainsi le bon sens, qu’on appelle de l’autre côté de la Manche, le sens commun (common sensej s’extasie devant un fait de conscience. Si l’on mettait, d’un côté, un papyre indéchiffrable, avec la momie qu’il enveloppe, et un de ces petits faits de conscience, comme, par exemple, qu’avant d’agir il faut délibérer, et de l’autre, les plus grandes pensées , et les plus grandes découvertes, et Galilée, et Newton, et Platon, et Aristote (je n’y ajouterai pas Hégel, pareequ’à ce qu’il paraît , il n’ y a pas de place pour lui parmi ces grands noms) et si l’on donnait à l’érudition et au bon sens le choix d’envoyer les uns ou les autres au bûcher, leur choix ne se ferait pas attendre. Ce n’est pas qu’ils n’aient à leur disposition de grands mots , et de grandes phrases. Comme ils sont épris de l’apparence, ils veulent aussi se donner l’apparence de la science. Ainsi Dieu , la divine Providence , la personnalité divine , la conscience de l’humanité , et même le monde des idées, etc., ce sont là des mots qui ne reviennent jamais plus souvent peut-être que dans la bouche de l’érudition et du bon sens. Mais ce sont les mots, et non la chose. Et si quelqu’un se sentant mal à l’aise dans ce monde des apparences , et de sons vides et trompeurs creuse le mot, et trouve que la chose n’est pas exactement ce que le mot la re-

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