‹ L'hégélianisme et la philosophieChapitre 8 sur 29 · M. FRANCK ET LES DÉBATS · texte numérisé non relu

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Philosophie de l’Histoire, la Philosophie de l’Art, la Philosophie de la Religion etc., qu’elle produit ainsi l’érudition, et qu’elle l’éclaire et la juge. J’ajouterai que la philosophie de Platon, ou d’Aristote n’est pas plus que celle de Hégel la philosophie du sens commun, bien qu’à ce que je vois, le sens commun s’eAForce d’accaparer ces noms, et de les accommoder à sa taille. Il est si utile et si commode d’opposer de grands noms à de bonnes raisons. Il est si facile de leur faire dire, surtout à Platon, tout ce qu’on veut. La méthode en est connue , et elle a été pratiquée depuis que ces deux philosophes existent. Mais ce qui est plus difficile, c’est de saisir d’abord le sens véritable, les traits essentiels et les principes fondamentaux de leur doctrine, et de s’y attacher fermement pour ensuite juger le reste. Et par reste je n’entends pas seulement les autres doctrines, mais les autres parties de leur propre doctrine. Ainsi, par exemple, Platon peut bien avoir formulé quelque part, comme il l’a en effet formulé, le principe de contradiction. Mais le point essentiel est de savoir si le principe do contradiction a toujours été sa règle, et surtout s’il peut s’accorder avec sa théorie des idées, et avec sa dialectique, qui sont les bases de sa philosophie, ou, pour mieux dire, toute sa philosophie. Voilà , à mon avis , le vrai point de vue auquel il faut se placer, et la vraie règle qu’il faut suivre lorsqu’on juge ces philosophes , et toute philosophie en général. C’est la règle que j’ai suivie, et que je continuerai à suivre , tant qu’on ne m’en montrera pas une meilleure. On verra plus bas , pourquoi j’insiste sur ce point (1). Or, d’un côté,

(i; Voy. Ch. V[.

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il me semble que je sais assez bien mon Platon et mon Aristote, et que, de l’autre, lorsque je compare mon Platon et mon Aristote avec le Platon et l’Aristote du sens commun , je n’y retrouve plus les mêmes personnages. Je prie le lecteur de ne pas m’accuser d’arrogance, si je parle ainsi de moi-même. Il peut voir dans mes écrits que je n’ai pas négligé ces philosophes, qui ont même été mes premiers maîtres, et j’espère lui montrer plus bas que je ne suis pas ingrat , et que mes nouvelles amours ne m’ont pas fait oublier les anciennes. Mais ce qui me donne quelque assurance à ce sujet, ce n’est pas tant l’opinion que j’ai de ma propre compétence, qu’un certificat d’aptitude, qui m’a été délivrée en 1848 à la suite d’un concours, dont quelques uns de mes lecteurs gardent peut-être le souvenir, par un personnage, qui n’est rien moins que M. Cousin. Je garde ce document curieux et intéressant, comme tout ce qui sort de la plume d’un si grand écrivain. Je le garde comme ua précieux souvenir de ces luttes de l’intelligence auxquelles il présidait avec tant d’autorité, avec tant de grâce, et avec tant d’impartialité. Ce certificat doit expliquer au lecteur mon assurance. Quand M. Cousin a dit u M. Vera a fait une savante et profonde leçon sur Platon » qui osera mettre en doute ma compétence en ces matières? Ce n’est pas tout. A cette époque j’étais aussi infatué de mon idole , que je le suis à présent. Cette leçon que M. Cousin voulut bien qualifier de savante et profonde, je la devais en partie à Hégel, car si Platon m’a aidé à comprendre Hégel , celui-ci , à son tour , m’a donné la clef de bien des choses que je

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n’entendais pas dans Platon. Ma leçon sur Platon était donc, en réalité, une leçon platonico -hégélienne; et alors, comme après, Platon et Hégel ont toujours été associés dans mon esprit comme deux intelligence» habitant la même sphère, l’habitant sans doute avec des différences, l’un un peu plus haut, et l’autre un peu plus bas, ou, si l'on veut, l’un à gauche et l’autre à droite, car il y a une hiérarchie, à ce qu’on nous dit, même dans le royaume des deux, mais enfin habitant la même sphère , qui est la sphère des idées , que personne , pour peu qu’il soit initié à ces matières, ne voudra confondre avec la sphère du sens commun. Voilà les raisons qui me font dire que je ne retrouve pas mon Platon dans le Platon, tel que me l’offre la philosophie du sens commun. J'ignore si M. Cousin est de mon avis. Il devrait l’être pourtant, puisque ma leçon reçut sa haute approbation. Mais le temps, auquel rien n’échappe dans les choses d’ici bas , amène des changements même dans les intelligences les plus fermes. Depuis cette époque j’ai veçu loin de ces lieux que j’ai fréquentés dans ma première jeunesse, et où M. Cousin, comme l’aigle dans son aire, veille toujours aux destinées de la philosophie. J’ignore donc ce qui s’y passe. Toutefois si je dois en croire certains bruits , son Platon d’aujourd’ hui ne serait plus le Platon d’autrefois, de sorte que ma leçon platonico-hégélienne n’aurait plus aujourd' hui les mêmes chances auprès de lui. Cette haute intelligence, qui autrefois se plaisait à planer avec Platon et Hégel dans les régions célestes et idéales de la science , irait de plus en plus s’approchant des régions sublunaires, et menacerait de tomber dans la

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