‹ L'Héliothérapie: Historique, Physiologie, Technique: Son Application à la Cure des BacillosesChapitre 4 sur 8 · IO · texte numérisé non relu

IO

rent aux rayons solaires des vertus ouratives, et tout au plus montreraient-elles un respect mêlé de crainte envers un astre bienfaisant mais redouté, si des preuves certaines ne nous étaient données que l’héliothérapie médicale fut utilisée chez

les anciens.

Dès la plus haute antiquité, les Chinois employèrent la lumière rouge dans le traitement de la variole. Les Indiens de l'Amérique du Sud traitent, depuis un temps immémorial, les ulcérations syphilitiques par l'exposition au soleil. Dans une inscription découverte à Korbous, en Tunisie, et remontant à l’an 42 avant notre ère, se trouve relatée l'édification d'un solarium attenant à un établissement thermal destiné

aux eaux vhlorurées sodiques.

Les civilisations grecque et latine, dans leur culte Deus. la beauté physique, devaient, plus près de nous sous un climat resplendissant, utiliser la cure solaire.

Oribase, commentateur d'Herodote, cité par Jaubert, nous

transmet un passage fort instructif sur ce point :

« L'exposition au soleil est éminemment nécessaire aux gens qui ont besoin de se restaurer et de prendre de la chair; cependant, 1l faut éviter les rayons qui s'échappent à travers les nuages, et, dans les pays à l'abri du vent, ceux qui sont souvent interceptés. Autant que possible on s'arrangera de façon que, en hiver, au printemps et en automne, le soleil vienne frapper directement les malades; mais, en été, il faut

tempérer cette méthode pour les gens faibles, à cause de

l'excès de chaleur. C'est surtout le dos qu'il faut exposer au soleil ou au feu, car les nerfs qui obéissent à la volonté se trouvent principalement dans cette région, et si ces nerfs sont tenus dans un état de douce chaleur, cela rend le dote tout entier sain, toutefois, 1l faut garantir la tête à l’aide de quel-

que couverture. »

Hippocrate, Gallien, Avicenne recommandent l’héliothérapie. Celse, dans son De Médicina, nous indique nettement

l’action curatrice solaire dans certaines affections :

« At si id vitium est cui leucophlegmaria nomen est,

eas parte quæ tument subjicere soli opportet, sed non nimium,

ne febricula incidat. »

Toutefois, sil s'agit du mal appelé Zeucophlegmatia, il est nécessaire d'exposer au soleil les parties tuméfées, mais pas trop longtemps, de peur que la fièvre ne survienne.

Caïus Aurélianus reconnaît aux rayons solaires des vertus curatrices dans les arthrites, l’anasarque, le rachitisme, les affections de la peau, et la phtiriase.

Antyllus, dans un passage de ses œuvres, nous décrit minutieusement le traitement du rachitisme par les massages,

l’insolation et indique la technique à suivre :

« Le bain doit être précédé de l'évacuation de l'intestin; on doit étendre sur une grande peau de bête, imbibée d'huile et placée sur une mince couche de sable passée au crible, les sujets atteints d’hydropisie; de sciatique, de maladies des

nerfs, d’éléphantiasis de maladies du bas-ventre et d’affec-

Er Tor

tions vésicales chroniques, de paralysies, les femmes atteintes d'affections internes. Le malade doit successivement exposer toutes les parties de son corps au soleil. Le bain de soleil active la sudation et la transpiration interne, empêche la corpulence, fait disparaître la graisse, fortiñe les muscles. La respiration étant activée, l’insolation est indiquée si la poitrine est étroite. Si on isole le corps oint, le soleil dessèche davantage, car il rôtit en quelque sorte le corps dans la graisse, et la peau brunit. » (Aimes. Pratique de l'héliothérapie.)

Les Grecs pratiquaient l’arénation, promenade sur le sable, au bord de la mer, le corps totalement mu. Les lieux consacrés à cette pratique portaient le nom d’arenaria ou héliosis.

Des fresques retrouvées à Pompéi, nous montrent des personnages étendus sur des toits plats sous lardeur des rayons solaires. Ces sortes de terrasses étaient, tantôt ouvertes de tous côtés, tantôt protégées par un toit.

L'’effondrement des civilisations grécque et latine, lés invasions barbares; enfin, l'avènement du christianisme détaché des choses physiques, firent oublier pendant plusieurs siècles les bienfaits de l'hygiène et de l’héliothérapie.

La Renaissance même, malgré son engouement pour les civilisations antiques, puis le siècle de Louis XIV et la Régence, vécurent dans une sorte de terreur de l’air, l'eau, la lumière. Et chacun connaît l'étonnement que suscita le célèbre médecin genevois Tronchin, quand, appelé à soigner une des filles de Louis XIV, son premier geste fut d’aérer large-

ment la chambre de la malade.

ie

Pourtant, nous rencontrons à cette époque quelques protagonistes de la cure solaire.

Henri de Mondeville, un précurseur de la chirurgie, tente de remettre en honneur la lumière rouge dans le traitement de la variole. La Peyre et Leconte, puis Thomas Fiénus, étudièrent le traitement des carcinomes par les rayons solaires et ce dernier présentait, en 1776, devant la Société Royale de Médecine, quelques ulcères et des carcinomes (?) guéris par les rayons solaires concentrés au moyen de la lentille.

Faure, étudiant le traitement des ulcères et des plaies, y signalait les bons effets de la chaleur solaire à 33° Réaumur.

Enfin, dans un autre domaine, nous voyons Jean-Jacques Rousseau préconiser le retour à la nature et grand air. (Ewile

pas ou de l'éducation.)

Malheureusement, ce ne furent que tentatives isolées sans aucun retentissement dans la foule ou les milieux médicaux et il faut nous reporter à notre époque pour voir l'héliothérapie, étudiée scientifiquement, reparaître dans la thérapeutique

et y reprendre peu à peu la place qu’elle n’eût pas dû quitter.

Phase scientifique

Le XIX* siècle devait remettre en honneur la thérapeutique naturiste des Anciens et établir sur des bases scientifiques l’action de la cure solaire.

En 1700, la Faculté de Paris recevait la thèse de Bertrand : « Essai touchant l'influence de la lumière sur les êtres organisés. »

Label, d'Iéna, enseigne que la lumière du soleil possède une influence manifeste sur les phénomènes organiques, action due aux radiations thermiques et chimiques.

Villet soigne et guérit l’ascite par exposition des malades aux rayons solaires.

En 1875, Cauvin publie un ouvrage sur les bienfaits de l'insolation, et la recommande particulièrement dans les effections asthéniques.

Mais il faut arriver au Suisse, Rickli, empirique qui fonda, vers 1855, un institut héliothérapique à Trieste, pour voir la-cure solaire élevée à l'état de système thérapeutique. Rickli fut un vrai précurseur, le « père de l’héliothérapie », et ses résultats et méthodes sont consignés dans un ouvrage paru vers 1910 : « Médecine naturelle et bains de soleil. »

Charcot, en 1850, à la suite d'une observation sur un cas

d'irythème par lumière électrique émit l’idée que les rayons

caloriques ont une action beaucoup moins importante que les radiations chimiques.

Puis, Dournes en 1886, Duclaux en 1887, Onimus en 1880, étudièrent l’action de la lumière sur des bactéries. Von Stein, de Moscou, et Ewald, de Kolommia, expérimentèrent l'effet analgésiant de la lumière sur les affections nerveuses.

Finsen fit, des radiations lumineuses, et surtout de la photothérapie par lumière artiñcielle, une étude des plus remarquable.

Désormais, posée sur des bases scientifiques, l’héliothérapie entre définitivement dans le domaine clinique, et donne les résultats merveilleux que nous étudierons. à

L'école lyonnaise fut à la tête du mouvement avec Ollier, qui, dès 1880, préconisa la cure solaire dans les arthrites tuberculeuses. Mais, il faut faire une place particulièrement brillante à Poucet et à ses élèves, Revillez, Orticoni, Rivier, Leriche, dont les nombreux écrits, suivis d'observations proban-

tes, vulgarisèrent la thérapeutique par les rayons solaires.

Physique et Physiologie de la Cure solaire

Newton, dans une expérience restée célèbre, démontra, par déviation sur le prisme, que la lumière blanche se compose d’une infinité de nuances inégalement réfrangibles, et dont les principales sont : le violet, l’indigo, le bleu, le vert, le jaune, l'orangé, le rouge, formant le spectre visible.

Depuis cette ion fondamentale on a découvert d'autres radiations, sans effets sur‘la rétine et complétant le spectre visible, à ses deux extrémités : les spectres ultra-violet et infra-rouge.

Rayons infra-rouges. — Le spectre infra-rouge, situé à gauche du spectre visible, découvert par Herschell en 1801, est mis facilement en évidence à l’aide du bolomètre, petit thermomètre d’une sensibilité extrême (1 /10.000° de degré). L'expérience de Tyndall, basée sur les propriétés de l’iode en dissolution dans le sulfure de carbone, permet aussi de déceler les rayons infra-rouges. Nous empruntons à Moitessier la

PAae du procédé de Tyndall :

«« Su un ballon de verre rempli d'eau pure, dirigeons un faisceau de lumière solaire: les rayons réfractés se réuniront, après lavoir traversé, en un foyer très lumineux comme s'ils sortaient d'une lentille de verre. Ce point est aussi, nous le

savons, un foyer de chaleur. Remplaçons l’eau pure du. bai-

ef eu

lon par un liquide opaque pour la lumière; si ce liquide est

convenablement choisi, il laissera passer, sans les modifier, les rayons infra-rouges, et au foyer, devenu invisible, se manifesteront encore de puissants effets caloriñiques. Une dissolution d’iode dans le sulfure de-carbone jouit de cette curieuse propriété; sa couleur violette très foncée intercepte complètement la lumière, quand son épaisseur est suffisamment grande. Notre ballon, rempli d’un pareil liquide, enflammera sans peine à son foyer de l’amadou ou de la poudre, tandis

que l'œil est incapable d’y percevoir la moindre clarté.

« Voilà donc une substance impénétrable aux rayons lumineux et éminemment transparente pour la chaleur obscure. Les propriétés opposées se rencontrent dans beaucoup de corps, elles sont infiniment plus communes. En première ligne il faut placer l'alun, qui absorbe avec énergie les radiations obscures et laisse passer facilement la lumière.

« S1 l'on remplace, dans le ballon de l'expérience précédente, la solution opaque d’iode par une solution concentrée et incolore d’alun, on obtient au foyer un éclat éblouissant, tandis que les propriétés calorifiques sont singulièrement affaiblies. Un fragment de coton-poudre, par exemple, s’enflamme instantanément sous l'influence des rayons invisibles tamisés par l’iode; il reste indéfiniment intact au foyer éblouissant des rayons filtrés par l’alun. » (Moitessier).

Nogier a étudié de très près l’action du spectre infra-rouge sur les êtres inférieurs, et surtout les plantes. De ses expé-

riences il ressort que les rayons infra-ouges possèdent sur-

Page 1