VIII PRÉFACE
devenir Tavant-garde de riiellénisme. Sans Démos- Ihène, Philippe eût entrepris dix ans plus tôt Tœuvre que devait accomplir Alexandre. Ce n'est pas seulement à cause de ce retard d'une décade que Démostlîène, tout superbe que soit son effort, a nui à l'hellénisme ; c'est parce que, faute de soldats et de colons grecs en nombre suffisant, cet effort particularlste a empêché l'œuvre d'Alexandre de s'implanter profondément h travers le monde oriental conquis.
Tandis qu'un chapitre (vf) suffira à résumer le peu qui intéresse l'hellénisation dans cette période relativement stérile pour elle qui va de Périclès à Alexandre, non moins de sept chapitres seront consacrés à décrire Fœuvre d'Alexandre et de ses successeurs. C'est que
l'hellénisme, tel qu'il a agi sur le monde, est surtout celui de la période hellénistique. Après avoir rappelé en ses grands traits la conquête même d'Alexandre qui a ouvert l'Orient à Thellénisme et les desseins géniaux du conquérant (chap. vu), après avoir montré comment se sont constitués les états helléniques entre lesquels son Empire s'est divisé et comment s'y est réalisée en partie sa conception d'une monarchie grécoorientale (chap. viii), un chapitre (chap. ix) indiquera tout ce qu'il y a eu de nouveau et de fécond dans l'hellénisme qu'on peut iii^\)e\er alexandrin en pensant aux dix Alexandrie semées comme centres de culture hellénique à travers l'Orient par le (ils de Philippe, plutôt qu'à la seule Alexandrie d'Egyple, qui n'a été que la plus brilllante d'entre ces capitales du monde hellénistique.
A cet hellénisme renouvelé, chacune des quatre cultures qui existent alors indépendamment de celle des
PRÉFACE IX
Grecs dans le monde méditerranéen apportera un peu de son génie propre que la conquête hellénique réveille de sa torpeur. Nous aurons ainsi à présenter successivementcequerhellénisme est devenu dansTempire des Séleucides au contact des cultures de l' A natolie, de l'Iran etde la Chaldée (chap. x) ; ce qu'il est devenu en Egypte où se constituera une culture mixte, originale entre toutes, dont certains éléments, après s'être épanouis à Alexandrie en un magnifique syncrétisme, survivent, abâtardis, dans la culture copte (chap. xi) ; ce qu'il est devenu en Syrie où la résistance sémitique, gagnée partout ailleurs, atteindra, dans la révolte de la conscience juive, à cette crise décisive d'où naîtra le christianisme (chap. xu) ; ce qu'il est devenu enfin en Italie et au contact de Rome, où, malgré les oppositions premières, il affirmera assez son influence à l'aube de l'Empire pour qu'on soit en droit d'appeler gréco-romaine laculture que Rome a répandue dans le monde méditerranéen (chap. xni). Sans doute, dans ces amalgames divers, l'hellénisme perdra de sa pureté ;
mais, jetant dans les nations des racines profondes, il y
puisera une sève nouvelle qui lui permettra de résister aux assauts de la barbarie et de rester ainsi à la base de toutes les grandes cultures du monde moderne.
Voilà, en quelques pages, ce que nous avons compris sous le nom d'/iellénhation du uionde antique. Donner au public cultivé une idée générale des résultats auxquels la science est parvenue dans une histoire qu'elle peut rendre vivante toujours et, parfois, singulièrement actuelle, — la question d'Orient n'est-elle pas dominée
X PRÉFACE
aujourd'hui par ce double fait que Fliellénisme n'a pas réussi à conquérir le littoral albanais alors qu'il est resté maître de la côte d'Asie? — orienter ceux qui
en veulent faire leur étude particulière* au milieu du dédale des faits nouveau k mis en lumière par les recherches récentes et des théories qu'elles ont fait naître, — tel est le double objet que ce volume se propose. S'il y répond, les spécialistes qui ont bien voulu nous prêter leur concours estimeront sans doute n'avoir pas perdu leur peine, et tous ceux qui s'intéressent à rhistoire de la civilisation auront, sur une de ses phases essentielles, le livre qui leur manquait. Ils en remercieront avec nous la maison de haute culture où ces conférences ont reçu l'hospitalité et grâce à laquelle elles ont pu être réunies ici.
Adolphe Reinach.
1 Ce sont eux que visent nos indications bibliogiaphiques où nous n'avons prétendu donner que les ouvrajçes essentiels et les publications dernières sur chaque sujet. On n'y a ajouté des références particulières à un texte ou à un monument que là où il s'agissait d'un fait peu connu ou d'une affirtnation dont il fallait permettre la vérification.