LA CULTURE GRECQUE EN FACE DU JUDAÏSME
Nettement délimitée par la nature, mais prédestinée, par Torientation de ses montagnes et le cloisonnement de ses vallées, au morcellement politique, la Syrie, lorsque les Grecs, au vu® siècle, en firent la découverte, présentait déjà l'amalgame confus de nationalités, de mœurs et de croyances que le voyageur y retrouve de nos jours sous le vernis superficiel de la langue arabe et derrière un islamisme de façade *.
La langue et la culture araméenne s'étaient répandues Hiir presque toute la surface du pays, dissimulant mal les oppositions irréductibles entre les différentes races qu'y avaient déposées des invasions successives ^ Seules les cités phéniciennes du littoral du Liban conservaient, avec leur organisation mercantile particulière, leur vieil idiome hébraïque. Sur la lisière du désert la civilisation urbaine et agricole se défendait péniblement contre la poussée, de plus en plus pressante, de l'Arabe nomade et pasteur.
Les premiers navigateurs grecs trouvèrent la contrée sous la domination des rois assyriens : de là le nom qu'elle a gardé dans l'histoire et où Nœldeke a reconnu une abréviation du mot Assyrie. Après l'effondrement de l'empire
1. Sur la terre et l'Iiomiiie en Syrie les meilleurs ouvrages sont toujours
la Palestine de S. Miink (J845) et La Syrie du D' Lortet (1880). Une Biblioffraphie derPalalMna-Literatur est dressée par P. Thomsen (1908-1914).
2. Voir Slna Schiffer, Die Aramàer (<911). Dès le ix« siècle, grâce au voisinage de Chypre, on recueille en Canaan une céramique judéo-helléni-
jULs H. Vincent, Canaan (1907).
■■•î^>-tii
mimimmm
336 L HELLÉNISATION DU MONDR ANTIQUE
ninivite, Egyptiens et Babyloniens — comme plus tard Ptolémées et Séleucides — se disputent quelque temps la suprématie en Syrie ; THellade, débordante d'hommes et d'énergies, fournit impartialement ses mercenaires aux uns et aux autres. Bientôt Gyrus et Cambyse mettent les deux puissances rivales d'accord en les absorbant, et la (( paix médique » s'étend sur tout VEhernahara, depuis l'Euphrate jusqu'à la Méditerranée, depuis Issus jusqu'à Péluse. Mais cette paix avait une pointe armée tournée contre la Grèce ; aussi, jusqu'au milieu du v® siècle, les relations commerciales entre l'Hellade et le littoral syrien subirent-elles un long temps d'arrêt.
Sitôt la paix rétablie, ces relations deviennent si actives qu'en 429 les Athéniens doivent détacher une escadre pour protéger contre les corsaires péloponésiens la flotte marchande retournant de Phénicie. Les Grecs viennent chercher à Tyr, à Sidon la farine fine, la pourpre, le verre, les métaux ouvrés ; à Gaza, les précieux produits de l'Arabie — or, encens, baume, myrrhe — qu'y amènent les caravanes. En échange, ils apportent l'argent du Laurium, leur art industriel, leurs artistes. Et déjà commence ce qu'on a appelé le <( choc en retour » de l'hellénisme sur cette vieille civilisation, de laquelle naguère il avait reçu ses premières leçons. Dès le v® siècle, Gaza frappe des tétradrachmes imités de ceux d'Athènes. A Sidon, les grandes familles se commandent des cercueils qui affectent encore le type égyptien, mais dont le marbre et la main-d'œuvre sont tout helléniques V Au milieu du iv® siècle, Aké (Saint- Jean d'Acre) possède une factorerie grecque. Straton, roi des
Sidoniens, rivalise de philhellénisme avec son contemporain Nikoklès de Chypre : faut-il s'étonner si ce philhellénisme naissant rappelle un peu le parisianisme du rastaquouère, si les musiciennes d'Ionie et les courtisanes du Péloponnèse en font à peu près tous les frais ?
\. Voir Th. Reinach et Hamdy Bey. Une nécropole royale à Sidon (1896). Sur riiistoire générale de cette période, Kd. Meyer. (îe«c/i. des Allerfums, \.
LA COLONISATION HELLÉNIQUE EN SYRIE 337
Jusqu'alors l'hellénisme n'avait guère mordu que sur la frange littorale de la Syrie et son empreinte n'y était pas encore profonde. La conquête d'Alexandre va lui ouvrir im champ d'expansion plus vaste, dans des conditions bien autrement favorables.