LA PÉRIODE D ENTHOUSIASME PHILHELLÉNIQUE 3F
nom) donna sa première œuvre dramatique, et que, selon toute vraisemblance, il était déjà depuis un certain temps sorti d'esclavage. Voilà donc, dès ce moment, un Livius, un membre de l'aristocratie, qui confie à un Grec l'éducation de ses enfants.
Il n'était pas le seul; car, peu après, se fondent des écoles publiques ; et elles ont tant de succès que Caton, l'austère Caton le censeur, qui n'en veut pas pour son propre fils, ne
dédaigne pas cependant d'entretenir chez lui un esclave grammairien, nommé Ghilon, qu'il charge, moyennant un salaire perçu à son profit, d'instruire les enfants des autres. C'était évidemment une bonne source de revenus. Revenons à Livius Andronicus. L'esclave de Caton est qualifié simplement de ypa;jLULaTi7Tr;;: c'est un maître d'école, dont le programme ne s'élève pas au delà d'un enseignement primaire fort élémentaire. Livius veut faire davantage : il interprète à ses auditeurs les classiques grecs ; il les traduit en latin, et il les commente. Suétone, à qui nous devons ces renseignements, trouve cet enseignement bien misérable à côté des leçons éloquentes des maîtres postérieurs. Il n'en représente pas moins la révolution pédagogique la plus importante qui se soit produite à Rome. Auparavant, on se contentait des connaissances strictement indispensables ; à présent on vise à une véritable culture de l'esprit : le ypajjitjLaT'.rrylç du début s'élève au rang
de ypaji.|jLaT',x6;.
Un dernier pas restait à franchir : il fallait faire sortir la littérature de l'école, la produire au grand jour, la soumettre au jugement du public. Livius Andronicus l'entreprit encore : après avoir traduit l'Odyssée pour ses élèves, en 240, dans les Jeux Romains qui célèbrent la fin delà première guerre punique, il donne à Rome sa première pièce de théâtre.
Je n'ai pas ici le loisir d'insister sur l'œuvre vraiment remarquable de cet ancien esclave grec. Mais un dernier trait nous montrera quelle estime il s'était acquise dans la cité. En 207, au moment de la campagne du Métaure, les
pontifes décident de faire exécuter en grande cérémonie, par trois chœurs de neuf jeunes filles, un hymne où le ehant se mêlerait à la danse. On a besoin d'une cantate officielle, d'un caractère à la fois politique et religieux : c'est à Livius qu'on le demande. Et il s'en acquitte si bien que, pour lui faire honneur, l'Etat met à sa disposition le temple de Minerve sur l'Aventin, avec permission pour les poètes et les ac leurs d'y consacrer leurs offrandes et de s'y réunir à certains jours. Dans une société aussi formaliste que celle de Rome, où longtemps on n'avait eu que mépris pour tout ce qui se mêlait d'écrire, ce n'était certes pas une concession
de médiocre importance.
Livius Andronicus avait brillamment ouvert la voie : il ne tarda pas à avoir des rivaux ou des continuateurs, dont les plus illustres, à ce moment, sont Naevius, Plante et Ennius. Sans entrer dans aucun détail, je note seulement le trait qui me paraît essentiel dans toute la littérature de cette époque : c'est, à un haut degré, une littérature d'imitation. Rome, sans doute parce qu'elle l'avait longtemps dédaignée, s'intéresse beaucoup alors à la
poésie ; mais là tous les genres lui sont bons. Ainsi Ennius compose une épopée, des tragédies, des satires, des épigrammes, des poésies morales ou philosophiques, et jusqu'à un traité des friandises : partout ou presque partout, il suit de très près des modèles grecs. *
Veut-on s'en rendre compte par un exemple '.' 11 suffît de parcourir les fragments de son épopée. Dès le début, après une invocation aux Muses, il explique par un songe l'origine de son talent poétique. A son retour de Sardaigne, en Ligurie, dans le port de Luna, il a rêvé, dit-il, qu'il dormait sur le Parnasse ; Homère lui est apparu, et lui a révélé que, par suite des migrations de l'âme dans des corps toujours nouveaux, il a été successivement un paon, Euphorbe, Homère, Pythagore, et que, pour le moment, il est Ennius.
1 Pour rinlluence «le Ihellénisme sur la littérature latine du m- siècle, voir surtout C. Pascal, (ivaecia capta (Florence, ^ff • ;\Lenehant.n d. Gubernatise. L'ellenumo nella poesia avcaica lalma (Aead. de lunn, Ul-