‹ L'Hellénisation du monde antique [microform]; leçons faites à l'École des hautes études socialesChapitre 20 sur 140 · L ILIADK ET LES ACHÉENS EN ASIE · texte numérisé non relu

L ILIADK ET LES ACHÉENS EN ASIE

la nymphe Thétis, le père d'Achille. C'est de ce voisinage en Thessalie qu'est née la rivalité d'Achille et d'Agamemnon Quant à Paris — Alexandros « le repousseur d'hommes » — qu'une tradition faisait vaincre par Achille sur les bords du Spcrcheios.il est apparemment un vieil héros archer du pays refoulé, non dans le Pélion comme les autres maîtres de l'arc, Chiron et Philoctète, mais dans l'Othrys, au pays des Amianes dont Enée fut sans doute le héros après avoir ([uitté les Aineia de Thrace et de Perrhébie et avant d'avoir gagné l'Arcadio, puis l'Ida. Les Aineiadcs sont le clan royal des Dardaniens, l'une des peuplades illvriennes qui talonnaient les Achéens au Nord-Ouest'.

-Malgré tous ces déplacements, un souvenir indélébile est resté dans l'hellénisme du temps où la Thessalie fut le premier séjour des Hellènes : le nom des Hellènes a pu s'étendre aux quatre coins de la Méditerranée comme celui d'Argos descendre en Argolide, les dieux n'ont pas quitté la demeure que les Achéens leur avait assignée sur la haute cime qui, ceinte de nuées, domine la Thessalie au septentrion : l'Olympe. Tant que l'Olympe restera pour les hommes cultivés ce que l'hellénisme en a fait, lé souvenir du premier théâtre des exploits achéens ne sera pas mort pour l'humanité.

Quand, chassés de Thessalie, les Achéo-Eoliens ont passé a Lesbos, puis dans l'angle nord-ouest de l'.\sie, ils y ont transporté avec eux un Olympe. Presque tous les héros rroyens ont été transférés de même du siège primitif des Achéens : Hector et Andromaque viennent de Thèbes Glaukos d'Anthédon, Pâris-Alexandros de l'Othrys. Ceu.x qui les ont poursuivis en Troade sont leurs ennemis héréditaires. C'est Ajax, le vieil adversaire d'Hector, qui paraît s être emparé à l'origine de Troie: Troie aurait reçu du fils d Oileus ou Iléus le nom d'ilion, et, jusqu'au temps de Plu-

u. i^iusius et, plus modérément, Usener et Caucr ont «té en Allpma<rn» i,.^ protan^onustes. On les trouvera résumées dans VHo.rL^.'^^^"^^

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tarque, les Locriens d'Opunte envoyaient chaque année deux vierges servir l'Athéna d'ilion pour apaiser son ressentiment de la violence faite à Cassandre arrachée à son autel '. Ouand à Achille, c'est la soumission des îles qui paraît lui avoir été particulièrement attribuée, Skyros, Ténédos, Lesbos surtout, où on le montrait prenant Méthymna, Arisbé et Brésa, patrie de Briséis, et d'où il passait, sur le rontinent, enlever en Teuthranie, Ghrysa, Pédasos, Lyrnessos et cette Thèbes Hypoplakienne où fut transporté lo père d'Andromaque.

Malgré ces transferts, l'historicité de la prise de Troie n'en est pas moins hautement vraisemblable. On peut même dire qu'elle n'en est que plus vraisemblable. Au lieu d'en faire une entreprise isolée, difficilement explicable, on est amené à y voir un épisode de la conquête par les Eoliens de cet angle de la Mysie qui s'étend de l'Hellespont au golfe Eléatique et qui paraît avoir porté les noms de Dardanie et de Teuthranie dans les montagnes qui, les unes au Nord les autres au Sud, encadrent la plaine de Troie. Maîtresse de l'isthme, Ilion a dû au péage que lui assurait cette position une richesse et une puissance qui en faisaient la principale ville de la région. Aussi a-t-elle pu opposer plus de résistance que toutes les autres aux conquérants éoliens. Le souvenir de l'importance du siège amena bientôt les chefs des grandes familles éoliennes, étabhs en Asie après leur victoire, à faire rapporter à Troie les exploits de leurs ancêtres. Il en fut surtout ainsi sans doute des descendants d'Ajax, d'Achille et de Patrocle et d'Amphilochos, maîtres respectivement d'Aianteion, Achilleion et Sigeion, les places qui succédèrent à IHon ruinée comme débouché de la Troade. Aux anciens adversaires que ces héros avaient combattu naguère en Thessalie, on ajouta des représentants de tous les peuples que les Eoliens avaient ou à combattre en Asie, non seulement les Dardaniens,

L Voir mon article Cassandre el Ajax dans la Reçue d'Iùslobe des rell- 'lions. 11)14, et. sur Ajax. celui de P. Girard. Revue des Eludes qrecnuea,

L HKLLKNISATION DU MONDK ANTI^UK

Mysiens et Phrygiens qui se partageaient de fait la région avec leurs anciens possesseurs, Lélèges et Gergithes, mais des Thraces comme Rhésos, des Cretois comme Phaistos, des Lyciens comme Sarpédon, des Ciliciens, des Paphlagoniens, jusqu'aux Amazones du Pont avec Penthésilée, jusqu'aux Assyriens avec Memnon, fils de l'Aurore. La venue de Memnon est déjà connue dans VOdyssêe, mais son rôle à Troie comme celui des Amazones n'a été développé que dans VAithiopide d'Arktinos de Milet, vers la fin du viii^ siècle. Memnon, l'Ethiopien, serait venu à Ilion de Thèbes d'Egypte ou de Suse en Elam : avec lui, c'est déjà l'Orient tout entier qui vient combattre les Hellènes devant Troie.

A cette concentration dans Troie de tous les ennemis rencontrés par les Eoliens lorsqu'ils avaient essaimé de l'Hellespont à Chypre, dispersant le culte d'Achille de Phasélis en Lycie à Leuké au fond du Pont-Euxin, répondit naturellement une concentration semblable devant les murs de Troie de tous les héros dont les exploits étaient chantés à travers le monde achéen: Agamemnon d'Argos commeMénélas de Sparte, Nestor de Pylos comme Ulysse d'Ithaque, Idoménée de Crète et Tlépolème de Rhodes, tout le ban et l'arrière-ban des princes achéens fut convoqué au siège de Troie, sinon par Agamemnon, du moins par Homère.

Mais, si Homère a opposé les Grecs aux Troyens, il n'a pas lui-même opposé l'Europe à l'Asie. Il n'est pas sans intérêt de préciser comment Troie, ville habitée par une population si étroitement apparentée aux Grecs, a fini par passer à leurs yeux pour le champion contre eux de l'Asie.

Dans Homère, le monde où rayonne Troie s'étend également en Asie et en Europe. 11 va du Sangarios à l'Axios (Vardar), comprenant ainsi toute la Thrace et toute la Phrygie. Les auxiliaires thraces de Priam se succèdent depuis l'Hellespont en deux chaînes divergentes qui se soudent pour ainsi dire à Troie. Vers l'Ouest, ce sont les Thraces de la Chersonèse qui s'étendent jusqu'à l'Hèbre (Maritza) ; puis les Kikones d'Ismaros riche en vignes, la

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