‹ L'Hellénisation du monde antique [microform]; leçons faites à l'École des hautes études socialesChapitre 21 sur 140 · L ILIADE ET ILION · texte numérisé non relu

L ILIADE ET ILION

future Maronée ; puis, avec les Bistônes du Pangée, Rhésos, le héros cavalier; enfin, du Strymon (Strouma) à l'Axios, les Péoniens d'Astéropaios fils de Pélégon, l'éponyme de cette Pélégonie qui prolonge la Péonie entre l'Axios et le Drilo. C'est donc des Dardanelles à l'Albanie que s'étendent les alHances européennes de Priam.

En Asie, elles vont jusqu'au Sangarios, le grand fleuve qui est resté tenu dans l'antiquité comme formant la frontière de la Phrygie à l'Est. Priam rappelle qu'il a combattu sur ses bords les Amazones, dans une guerre nationale qui réunit tous les Phrj^giens sous le commandement de Mygdon et d'Otreus. Noms bien significatifs que ceux de ces deux chefs. Mygdon est l'éponyme de la Mygdonie, district macédonien qui, en arrière de la Chalcidique, s'étendait des bouches

du Strymon à celles de l'Axios où Homère connaît une ville d'Amydon; le nom de Mygdones se trouve donné, au sens large à tous les Phrygiens, — et il a été porté par eux jusqu'à Nisibe aux confins de l'Arménie et à Apollonie de Pisidie — au sens étroit aux habitants de la basse vallée du Rhyndakos que les Bithyniens soumirent. Dans la légende, Mygdon passe ou pour un roi des Bébryces, autre peuplade thraco-phrygienne de Bithynie, ou pour père de Sagaris, l'éponyme du Sangarios, ou pour fils d'Atymnios — et, comme tel, aurige du roi des Paphlagoniens à Troie, Pylaiménès, — ou encore comme fils d'Akmon, le héros phrygien de la hache qui apparaît à cheval, son arme sur l'épaule, dans maint bas-relief de la Phrygie centrale. Quant à Otreus, il ne saurait être distingué d'Atreiis ; et on sait qu'Atrée, le père d'Agamemnon, passait pour fils de Pélops et petit-fils de Tantale, le grand monarque légendaire de la Phrygie; le roi de Hydé

en Lydie que connaît V Iliade s'appelle Otrynteus et celui de Kabésos Othryoneus ; Kabésos paraît être la capitale de la Kabahe, province montagneuse habitée par les Solymes, population de langue phrygienne avec qui les Lyciens, ses voisins du sud, furent longtemps en guerre. Or, d'après ce que dit dans V Iliade son petit-fils Glaukos, Bellérophon,

HELLÉNISATION.

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après avoir tué la Chimère (la personnification des fumerolles du Kragos lyeien), est envoyé par le roi de Lycie combattre les Solymes, enfin les Amazones dont on sait,

par ailleurs, qu'une reine s'appelait Otréré. C'est ce que Glaukos raconte à Diomède lorsque les deux héros, reconnaissant qu'ils sont unis par les liens de l'hospitalité, échangent leurs armes au lieu de combattre. Cette hospitalité a moins lieu de surprendre si l'on se rappelle que Diomède est, à l'origine, un héros thrace, voisin et ennemi de Rhésos qu'il tue dans Vlliade^ et que Glaukos est le

compagnon dn Sarpédon, dont le nom se retrouve à des

promontoires de Thrace et de Cilicie, et qui aurait été roi des Ciliciens ou des Lvoiens.

Ces faits, qu'il serait aisé de multiplier, montrent suffisamment que Priam, ainsi que les héros groupés autour de lui, appartient aux envahisseurs de l'Asie venus de Thrace vers le xii^ siècle. La lutte contre les Amazones, qui deviendra l'exploit national que tout héros grec doit accomplir comme preuve d'hellénisme — aussi bien Achille et les Argonautes éoliens que l'Athénien Thésée ou que le Dorien Héraklès — cette Amazonomachie est un souvenir déformé de la lutte réelle que les Phrygiens eurent à soutenir contre les Hétéens, maîtres incontestés de l'Asie Mineure avant leur venue. Les Hétéens adoraient de grandes déesses guerrières qui ont passé en Occident avec Bellone ; l'une des plus vénérées s'appelait Hipa ; on connaît plusieurs princesses hétéennes dont le nom se terminait par celui de la déesse, Goulou-hipa, Poudou-hipa,

et un gouverneur hé^éo-syrien do Jérusalem au xiv® siècle, s'appelle Abd-hipa. Les Phrygiens, peuple cavalier, interprétèrent sans doute hipa par hippé et firent de ces princesses ou de ces déesses une nation d'écuyères héroïques : c'est à cette méprise que remonte le sens qui est resté attaché au nom des Amazones '.

A mesure que la conquête thrace s'avança plus loin en

4. Sur cotte évolution de la lé^çcnde amazonienrie voir mon article LOri-

fline des Atnnzones, «lans la Hevue (V histoire des relif/ions, M.H;i. I.

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