LA MIGRATION IONIENNE ET LE (ÏÉNIE IONIEN
Doride aux deux péninsules d'Halicarnasse et de Gnide. Par la race et par la langue, ces Ioniens paraissent avoir différé moins des Eoliens que des Doriens. On peut même dire que les Ioniens ne sont que des Eoliens plus méridionaux ; c'est au sud des Eoliens qu'ils s'étendaient en Grèce ; c'est au sud des Eolians qu'ils se sont établis en Asie : les côtes qu'ils ont quittées sous la pression des Doriens s'étendent de la Béotie à la Messénie et leur unité no venait pas du fabuleux Ion, dont la création est précisément due au besoin de leur donner un éponyme commun, mais du culte d'Apollon Patrôos et de la célébration des Apatouria. La tradition plaçait la colonisation ionienne quatre générations après la guerre de Troie alors qu'elle attribuait la colonisation éolienne aux héros du siège, comme Diomède en Italie, ou à leurs fils, tel Oreste et son fils Penthilos. La différence ainsi marquée dans la légende semble bien correspondre à la réalité.
Nous venons de voir comment l'Ionie s'est formée; elle sVst placée entre l'Eolide et la Doride comme le réduit même de la pensée grecque entre ces deux contreforts. Mais pout-on déterminer comment s'est implanté en elle ce qui distingue à jamais cette fleur du génie grec poussée sur l<^ même terrain que ses sœurs du sud et du nord ? Comment, sur ce littoral anatolien qui n'est guère différent aux ^'olfes d'Adramyttion ou de Bargylia de ce qu'il est aux irnlfos du Kaystre et de l'Hermos, comment sont venues 'la fleur ionienne des couleurs et des senteurs si particuli'ies, couleurs et senteurs dont l'hellénisme est resté comme '♦'inté et parfumé ?
On peut discerner deux ordres de causes : les unes inté- Ji<'ures, les autres extérieures à l'Ionie.
H'abord, la diversité même des envahisseurs. Au Heu de former un groupe ethnique puissant comme les Eoliens et ï^s Doriens qui se sentaient déjà, quand ils émigrèrent, une
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patrie commune et une âme nationale, les Ioniens, eux, on l'a vu, sont venus d'un peu partout, prenant la mer du golfe Lamiaque au golfe de Messénie, à mesure que, au cours des x^ et ix«^ siècles, le progrès de la conquête dorienne les y poussait. Ils émigraient par petites bandes. Parfois, l'une d'elles suffisait à créer un établissement dont le nom rappelait leur origine : ainsi, des Phocidiens ont fondé Phocée,
des Béotiens do Lébadeia Lébédos. Plus souvent, il leur fallait s'unir à plusieurs et même revenir à plusieurs reprises renforcer le premier établissement assailli par les indigènes : de là, les quatre ou cinq « fondations » dont les traditions de Milet ou d'Ephèse ont conservé le souvenir. C'est par des constructions légendaires, dont l'artifice est facile à déceler, que les Ioniens, quand Athènes eut pris l'hégémonie, tinrent honneur à se rattacher aux Kodrides et Néléides, les anciens rois de Pylos et d'Athènes ^
Ainsi, plus divers d'origine et plus faibles de nombre, les Ioniens étaient parla même plus aptes à se laisser pénétrer par les influences qu'ils allaient trouver dominantes sur la côte où ils s'établissaient. Ces influences les ont pénétrés profondément, et déjà parle sang; car il n'y a aucune raison de ne pas croire Hérodote quand il nous apprend que les Ioniens, ayant émigré sans femmes, avaient pris leurs
épouses dans la population conquise, Lélèges au nord,
Cariens au sud du Méandre. Tout conUrme la pénétration des indigènes : l'oncle d'Hérodote, le père de Thaïes portent les noms cariens de Panyassis et d'Examyès; Halicarnasse conserva une dynastie carienne ; les indigènes dominèrent longtemps à Ephèse et son Artémis est la Magna Mater anatolienne à peine hellénisée; les Cariens apparaissent partout comme mercenaires ou commerçants de conserve avec les Ioniens : c'est par ceux-ci que la Syrie et l'Assyrie, puis l'Egypte et l'Inde connurent les Grecs qu'ils désignèrent sous le nom de lamnas.
C'est surtout par la Lydie que la pénétration fut puissante :
1. Les Néléides paraissent tirer en vérité leur nom do Néleia, vieil!. place de la côte thessalienne d'où venaient les Magn»'tes.