‹ L'Hellénisation du monde antique [microform]; leçons faites à l'École des hautes études socialesChapitre 51 sur 140 · I. - LE THÉÂTRE DE LA COLONISATION GRECQUE LE SOL ET LES INDIGÈNES · texte numérisé non relu

I. - LE THÉÂTRE DE LA COLONISATION GRECQUE LE SOL ET LES INDIGÈNES

Mieux que l'Italie du Sud, la Sicile aurait mérité le nom de Grande Grèce. Avec ses côtes découpées, son enche-

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vêtrenient de montagnes^ ses beaux pâturages, elle semble comme une réplique plus massive du Péloponèse. Les Grecs y retrouvaient leur cadre habituel : des bois de figuiers et d'oliviers, de caroubiers et d'orangers ; des berceaux de vigne, de frais boqueteaux où paissent moutons et chèvres, des plantes odorantes où butinent les abeilles; enfin tout un paysage rustique qui devait faire de la Sicile la patrie de la bucolique et de ses héros : Daphnis et Aristée, Galatée et Corydon. Mais tout y est plus grand qu'en Grèce et plus fort : c'est la patrie de Polyphème comme celle de Galatée. A côté des brebis paissent les grands troupeaux de bœufs, et leur cuir s'ajoute à la laine comme article d'importation ; le seigle et Torge des terres pierreuses de Grèce sont remplacées par les vastes emblavures qui font de la

Sicile un des greniers du monde antique ; peut-être même est-elle une des patries du blé, s'il est vrai, comme l'affirmaient les anciens, que le froment poussait sauvage dans les champs de Léontinoi; en tout cas, ses terres à blé rendaient de 10 à 50 fois la semence qu'on y jetait. Qu'on ajoute que les côtes sont très poissonneuses et longées par les migrations saisonnières des thons, dont les Grecs étaient particulièrement friands ; qu'on ajoute enfin que, qui tenait la Sicile, n'était qu'à 3200 mètres de l'Italie par la déchirure entre Rhégion (de rhegnumi, déchirer) et Messine et qu'à 16 milles marines de l'Afrique, — et l'on comprendra sans peine que les Grecs aient désiré se rendre maîtres de cette « plus grande Grèce ».

Par ses divisions mêmes la population indigène de la Sicile devait faciliter la main-mise hellénique. Les anciens s'accordent pour y reconnaître trois éléments — Sikanes, Sikèles ou Sicules et Elymes — et, après bien des discussions sur leurs origines respectives, on tend à revenir aux idées que Thucydide a exposées d'après le plus ancien et le plus compétent des historiens de la Sicile, Antiochos de Syracuse.

La plus ancienne population passait pour formée par les Sikanes; du moins, elle était si anciennement établie dans

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