LR THKATRE DE LA COLONISATION EN SICILE
l'île qu'elle pouvait se qualifier d'autochtone; elle n'en
venait pas moins, semble-t-il, d'Ibérie, et faisait partie de ces peuplades liguro-libyennes chassées, vers le xiii^" siècle, par les Ibères et qui avaient colonisé en chemin les Baléares, la Corse et la Sardaigne ; elle transporta le nom de Sikanos^ que portait sans doute le Sucro en Espagne, à un fleuve qui se jette à la mer près d'Agrigente et qui fut le centre de la Sikania primitive. C'est de là, où elle eut ses places d'Omphakion et de Kamikos, qu'elle s'étendit jusqu'à Hykkara, près de Palerme, occupant ainsi tout l'angle sudouest de la Sicile; ce fut la citadelle montagneuse des Sikanes. Dans ce pays coupé de gorges profondes, ils vécurent par bourgades sans atteindre jamais ni à l'unité politique ni à une culture avancée. Ils avaient commencé par subir l'influence minoenne, comme semblent l'attester et le nom de Minoa que porte un port de leur côte sud, prés de Kamikos, et Id légende de son fondateur, Minos, mis à mort par le roi Kokalos à qui il était allé redemander
Dédale dans sa capitale de Kamikos. On attribuait à Dédale de grands monuments de type mégalithique ou cyclopéen. Grâce aux restes qui nous en sont parvenus et à la céramique qui y a été recueillie on peut seulement se rendre compte que la Sicile a été soumise, à l'époque néolithique, à deux courants civilisateurs : la civilisation des dolmens apportée sans doute par les Sikanes, la civilisation minoenne venue de Crète ' .
Avant l'arrivée des Sicules, les Sikanes paraissent s'être étendus beaucoup plus loin vers l'est. Si on leur attribue les noms de lieu en ana^ on pourrait les amener jusqu'au cap
1. Pour la préhistoire de la Sicile on trouvera tout ce qu'on peut tirer des textes et de l'onomastique dans les trois histoires générales do la Sicile antiiTue : Ad. Holm, Geschichte Siciliens im Alterlum (l'« éd. 1870; 2» éd. 1898), Vj. a. Freeinan, The Hislory of Sicilia (1891 : trad. ail. par Lupus, 1895) et K. Pais, Storia délia Sicilia e délia Magna Grecia ([, seul paru, 1894). Mais cette histoire a été renouvelée par les recherches archéologiques poursuivies depuis vingt ans en Sicile sous l'im pulsion de P. Orsi. Leur apport est remarquablement exposé dans l'ouvrage de T. E. Peel. The stone and bronze âges in Italy (1909) : pour les fouilles uUérieurcs voir nn mémoire de P. Ducati que j*ai analysé ddiUS L'Anthropologie, 1914.
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Kaukana et au fleuve voisin du xMotykanos, jusqu'à Hippana près de Syracuse, à Kalana et, même, à Messana. Ce qui est certain c'est que ce fut contre eux que les Sicules dressèrent leur place forte d'Enna au centre delà Sicile* et contre eux que les fondateurs de Gela eurent à combattre comme ceux d'Agrigente.
Les Sikèles ou Sicules, qui les ont repoussés au sud-ouest, venaient d'Italie où ils s'étaient étendus, au contact de la population primitive — sans doute de race ligure — du Latium jusqu'à cette pointe sud-ouest de la Grande Grèce qu'ils occupaient encore, depuis Laos, au temps de Thucydide. C'est de là que, au xi^ siècle, sous la pression des Osques et des lapyges, ils ont dû passer en Si-^ile, se répandant le long de la côte nord, où Minière resta longtemps
la seule colonie grecque, et le long de la côte est où le centre
de leur puissance fut le bassin du Symaithos. C'est là qu'ils
occupèrent sur la côte Catane, Léontinoi, Hybla, Kentoripa,
Agyrion, xMorganta, Herbita, enfin, dans l'intérieur sans
doute près du sanctuaire de la déesse-mère d'Engyon, Enna
qui, à 1.000 mètres d'altitude, for.T;ait l'ombilic de la Sicile.
A Enna se soudaient les deux chaînes de montagnes qui
limitaient ce bassin, les Monts Héréens au sud au pied
desquels se trouvait le grand sanctuaire sicule des Pali-
ques, les^ Monts Nébrodéens au nord qui, entre leurs
flancs et ceux de l'Etna, dominaient la vallée de l'autre grand
sanctuaire des Sicules, celui de Hadranos. En dehors de
ce riche bassin — si on attribue à ce peuple, venu du pays
deLatinusles noms de lieu en ina- — on pourra les faire
s'étendre sur la côte sud jusqu'à Kamarina, nom d'aspect
bien italiote; on peut même leur attribuer la fondation
de Gela d'après une glose qui reconnaît dans gela un nom des Sicules et des Opiques.
1. Voir G. Rossbach. Caslrogiovanni, daa aile Ilenna in Sicilien (lOli).
2. Ce que paraît autoriser ce fait qu'entre autres mots latins que les Grecs de Sicile apprirent d'eux se trouvent leporon, le lièvre, et kalinon espèce de récipient. Kalinon diffère-t-il plus de Katana (Catane) ciue Messine de Messana ?