‹ L'Hellénisation du monde antique [microform]; leçons faites à l'École des hautes études socialesChapitre 53 sur 140 · LK THKATRK DE LA COLONISATION EN SICILE · texte numérisé non relu

LK THKATRK DE LA COLONISATION EN SICILE

Par les Sicules comme par les Sikanes, on voit que le fond de la population de la Sicile doit être apparenté aux Ligures, le peuple qui était établi sur le pourtour de la Méditerranée occidentale, dans l'âge de la pierre polie, quand les premiers navigateurs d'Orient vinrent lui apporter le cuivre de Chypre. La civilisation du cuivre semble avoir été de courte durée en Sicile, non pas qu'elle y ait commencé plus tard qu'ailleurs, mais parce que l'île a été envahie plus tôt par des peuples déjà arrivés à l'âge du bronze. Les Cretois de Minos se placent sans doute à la tête de ces navigateurs d'Orient. Ils ont été suivis par les Elymes, puis, presque simultanément, par les Phéniciens et par les Grecs.

Pour les Elymes, que ce peuple, encore mystérieux, soit venu d'Orient, c'est ce que la tradition antique paraît avoir été unanime à reconnaître : sauf Hellanikos, qui voulait qu'ils aient été chassés d'Italie par un roi des Oinotriens, elle s'accorde à voir en eux des Troyens mêlés de Phocidiens. Ils étaient groupés à la pointe occidentale de la Sicile autour des trois fortes places de Ségeste, d'Eryx et d'Entella. Eryx étant célèbre par son temple d'une déessemère, nommée Aphrodite par les Grecs, et dont les vocables

étaient Aineias et Zérinthia^ on en a conclu à l'origine sémitique des Elymes, en rappelant que, chez les Elymes (Elamites) de Perse, la grande déesse s'appelait Aine ouZarétis, Mais ces Elymes de Perse n'ont rien de sémitique et, si quelque élément phénicien a pu se glisser dans le culte d'Eryx, le fait que le territoire des Elymes formait comme une enclave au milieu de celui des Phéniciens suffit à l'expHquer. Un rapprochement plus intéressant est celui qu'on a fait entre les Elymes et les Solymes de Lycie ; on retrouve chez les deux peuples la légende des Cyclopes et des Galéotes, Telmissos comme nom de lieu, la triquètre comme insigne, enfin le nom indigène de Ségeste, Segestazibemi, a une terminaison qu'on retrouve en lycien. Les rapports entre les Lyciens et les Troyens sont assez étroits pour expliquer que, sous l'influence peut-être du nom d' Aineias

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porté par la déesse d'Eryx, on ait fait venir les Elymes de Troade ; quant aux Phocidiens, il taudrait voir en eux, comme on le verra avec les fondateurs de Locres et de Cumes, les représentants de ces ancêtres des Grecs qui prirent part aux grandes expéditions maritimes des Peuples de la Mer. C'est au mouvement qui a amené les Tyrsènes en Etrurie et peut-être les Sardes en Sardaigne, que serait due l'arrivée des Elymes en Sicile. Pourtant, comme les noms de leurs trois villes se retrouvent sur la côte ligure,

on peut se demander s'ils n'en sont pas originaires ; sinon, il faudrait admettre que ces noms appartiennent à une population liguro-sicule qu'ils auraient soumise au xi® siècle.

Quant aux Phéniciens, que les historiens de la Sicile, Holm et Freemann, ont eu le tort de voir partout où ils rencontraient un nom de Heu ou de dieu qui leur semblait étrange, il n'est pas besoin de leur Melkart ou de leur Astarté pour expliquer l'Hadranos des Sicules, l'Aphrodite des Elymes, l'Héraklès des Grecs. Quand Thucydide dit que les Phéniciens avaient occupé toutes les îles côtières et tous les promontoires avancés de la Sicile, il n'est pas certain que lui ou sa source ne confonde pas avec les Minoens. Tandis que les découvertes archéologiques ne cessent de mettre au jour de la céramique égéenne, elles ne produisent guère d'objets phéniciens; d'ailleurs, Thucydide constate que les Phéniciens s'étaient retirés dans trois villes proches des Elymes, Motyé, Soloeis et Panorme (Palerme); ces trois places font face à Carthage et dépendent d'elle. Il est donc possible qu'elles aient été fondées par elle et que les Phéniciens n'aient eu ainsi de colonies véritables en Sicile qu'un demi-siècle avant les Grecs \

Le tableau que présentait l'Italie lorsque les premiers

1. Pour les Phéniciens et les Carthaginois en Sicile des origines au début du v^' siècle, voir maintenant St. Gsell, Histoire ancienne de V Afrique du Nord, 1 {1913> en complétant parun art d Oberziner. Sludis/oriçi. VI (11M3).

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