LE THÉÂTRE DE LA COLONISATION EN GRANDE GRÈCE
colons grecs y débarquèrent au viii^ siècle n'était pas sans ressemblance avec celui que leur offrait la Sicile : des peuplades si anciennement établies sur le sol qu'elles pouvaient passer pour autochtones, des envahisseurs barbares, venus ceux-ci par terre et du Nord, ceux-là par mer et d'Orient.
C'est, en effet, entre le xii^ et le x^ siècle, qu'une triple invasion paraît avoir acculé dans la « botte italienne » les vieilles populations de l'Italie néolithique, probablement
Ligures, apparentées aux Sicules que nous avons vu conserver cette « pointe de la botte » qui va de Laos à Métaponte : c'est à cette partie de la péninsule que le nom d'Italia, sans doute « terre aux bœufs » (de ntulus ; cf. notre « Terre de labour ») paraît avoir été donné à l'origine et, dans ses larges plaines, alors moins désolées que par suite du déboisement d'aujourd'hui, les indigènes étaient surtout des pâtres pacifiques ; terre à blé, leur sol semble
avoir été aussi déjà terre à vigne : du moins est-ce ainsi que les Grecs interprétaient le nom d'Oinotria qu'ils lui donnaient ; leur double richesse en moutons et en huile d'olives s'exprimait dans la légende des xNymphes épiméliennes (des brebis) changées en oliviers. Bien que vivant surtout en pasteurs, ces Oinotriens, Ausones ou Italiens paraissent avoir eu dès lors quelques villes que les Grecs devaient bientôt coloniser, telles Témésa, déjà connue dans VOdyssée, Tarente où l'on a trouvé une importante station de l'âge de cuivre et Métapos qui deviendra Métaponte ; leur grande déesse est une vache sacrée qui ^e transformera en Héra Lakinia à Crotone ou Koré à Locres. Chez eux, comme chez les Sikanes, la Crète de Minos semble avoir étendu son action. Témésa rappelle Tamassos, la ville du cuivre de la Chypre égéenne, et les anciens voyaient dans les Messapiens ~ dont le nom est sans doute en rapport avec Métapos-Messapos — les descendants des Cretois qui, après avoir
vengé Minos en Sicile, seraient venus fonder Hyria en Messapie et qu'auraient rejoint, après la guerre de Troie, les Cretois d'Idoménée. Les découvertes de l'archéologie
HELLKXISVriOX.
ont attesté la réalité, sinon d'une colonisation, du moins d'une influence crétoise *.
L'invasion qui avait forcé les Sicules à passer en Sicile et
acculait leurs congénères au fond de l'Italie, peut se décomposer en trois migrations distinctes dont l'enchevêtrement est loin d'être encore démêlé. L'une est celle des Osco- Sabelliens, apparentés de près, semble-t-il, aux Celtes ; alors que ceux-ci n'avaient pas encore franchi les Alpes, les bandes osques se répandirent dans la plaine du Pô et, passant les Apennins, allèrent s'allonger tant à travers les plaines de Campanie que dans les montagnes du Samnium. Ce sont ces Osques, très rapidement civilisés dans la riche Campanie, que les Grecs paraissent avoir désignés sous le nom d'Opiques : la terreur qu'ils inspirèrent aux premiers navigateurs semble en avoir fait les Cyclopes ; mais, au contact des colonies grecques du golfe de Naples, ils ne tarderont pas à se teinter d'hellénisme et c'est d'accord avec les Grecs qu'ils résisteront au v^ siècle à leurs frères du
l. Aux ouvrages signalés à la notode la p. lOU il fauflrait ajouter le premier volume (les histoires romaines de Niebuhr (trad. !ran(;. 1»30), de Mommsen (trad. IVanc. 1863) el de Duruy (I87'J) qui conservent une grande valeur. Trois oxposôs, aussi intéressants que différents, de riiistoire des origines italiennes ont été récemment publiés en Ualie : celui de Iv Brizio (Storia polilica d'italia, I, lt>00), celui «1«^ K. Païs {Ston'a di Roma, I, 1, 18U8 ; 2« éd., 1913), celui de G. de Sanclis (Sforia dei Rotnani, 1, 1901). Pour les découvertes archéologiques on se mettra au courant en parcourant {'Introduction à l'fiistoire romaine de B. Modeste v (trad. franc.. 1V»07) ou on feuilletant les 400 planches réunies par O. Monteliussousle titre La civilisation primitive en Italie ou les 30 volumes du Bulleftino di l*aletnoloffia dirigé par L. Pigorini (résumé de ses idées dans \a. Revue d'Ethnogr., T.ilii p. 82-4). Outre l'important mémoire de son codirecteur Colini sur l'âge énéolithique en Italie (Bullet. 1000-10), on lira avec proht deux articles de K. Peet, Rev. arcfi., 1010, I et Annals of'archœolof/y, 1910. Sur la question mesiiapo-illyrienne, j ai résumé les théories de Ribezzo et de Costanzi dans la Revue épif/raphique, 1913, p. 401 : pour les inllucnces Cretoises sur leur civilisation après les avoir longtemps niées, on tend à les exagérer (sur les théories des savants autrichiens Maass et K. von Scala voir les remaniues de Ciaceri,etde Pais, Sludi Storici, V, 1912). Pour la question étrusque, sa position actuelle est très bien indiquée par Koerte, art. Die Etrusker de la Realencyclopaedie (1911) et par A. Grenier, Bologne viltanovienne et étrusque (1913). Des trois civilisations que présente l'Italie primitive j'admets que celle dite des terramares (pierre polie et cuivre) est celle des Liguro- Sicules, que celle dite eufjanéenne ou atestine (bronze, puis 1er) est celle des Vénéto-IUyriens (ou Japyges). que celle dite villanovienne (fer seul) est celle des Ombro-Sabelliens.