PRÉFACE III
une série de tableaux ; chacun brossant à grands traits un des moments essentiels pour comprendre la formation et l'évolution de l'hellénisme.
Deux leçons, d'abord, chercheront à préciser ce que sont les Hellènes, d'où ils viennent, quels éléments de culture ils ont apportés avec eux et quels éléments ils ont trouvés dans ce bassin égéen qui restera comme le cœur du monde grec. Ce que nous découvrirons ainsi à la base de l'hellénisme, c'est la transformation de
lavieillecultureégéenue, développée SOUS les influences
de l'Asie et de l'Afrique, par cette pousse, vigoureuse entre toutes, de l'arbre indo-européen que constituent les Achéens. Et, à peine ces éléments ont-ils eu le temps de se fondre dans le creuset de ce qui sera la Grèce, voici les deux chefs-d'œuvre immortels qui dominent tout l'hellénisme : VlUade et VOdyssée.
Chacun des poèmes homériques nous introduira devant deux aspects différents de riiellénisation et de l'hellénisme : avec VlUade, ce sera l'extension guerrière, la lutte contre les peuples belliqueux qui tiennent les côtes asiatiques de la Troadeà la Cilicie, les débuts de la conquête grecque de l'Orient. Avec VOdyssée^ les Achéo-Eoliens faisant place aux Doriens en Grèce, au sud de 1 Isthme, aux Ioniens en Asie, au sud de l'Hermos ; l'expansion commerciale, la rivalité maritime entre Ioniens et Phéniciens et les premières grandes navigations qui, autour des rives grecques, traceront, du xr au ix^ siècle, de la mer de Sardaigne au fond du Pont-Euxin, l'orbe de ce qui sera le monde hellénique.
L'orbe tracée par les émules d'Ulysse et de Jason, il faut la remplir. Ce sera le rôle du grand mouvement colonisateur des vnf-vi® siècles, le plus puissant peut-
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être et le plus rapide que le monde ait vu avant la découverte de TAmérique. Deux chapitres montreront comment les trois grands groupes ethniques qui se divisent la Grèce, maintenant constitués en leur siège définitif, y prennent chacun sa part. Bientôt les Ioniens domineront en Orient, les Doriensen Occident. D'abord les Doriens, reprenant l'expansion interrompue des Éoliens, s'établissent aux détroits qui tiennent la route du Nord-Est, — Sestos aux Dardanelles, Byzance au Bosphore de Thrace, Chersonèsos au Bosphore cimmérien, — en même temps qu'au Sud, de Crète en Carie et de Rhodes en Lycie, ils créent une nouvelle Doride, maîtresse des routes d'Egypte et de Syrie. Menacés d'être étouffés par les Doriens, les Ioniens réagissent sous la conduite de iMilet, alors leur plus grande ville, centre religieux de leur confédération par l'Apollon de Didymes, alliée des rois de Lydie; ils jettent Lampsaque et Abydos en face de Sestos, ils s'assurent la domination de la Propontide par Périnthe et Cyzique, celle du Pont par Sinope et Amisos au Sud, Olbia et Panticapée au Nord, Apollonia et Odessos à FOuest,
Dioscurias et Phasis à l'Est. En même temps, malgré Teffort rival des Doriens, ils se font donner, au comptoir de Naukratis,le privilège du commerce de l'Egypte. Drainant le trafic de Memphis comme de Sardes, Milet devient, au vn^ siècle, la capitale du monde ionien et Tune des capitales du monde d'alors.
Rejetés de l'Orient, les Doriens reportent toute leur
puissance d'expansion en Occident : bien que précédés par les Éoliens et les Ioniens du x" au vm" siècle dans les mers d'Italie, ils arrivent, grâce à Mégare et surtout à Corinthe, à s'y assurer la maîtrise au vn' siècle
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par Corcyre et par Tarente, par Syracuse, Agrigente et Sélinonte. Partant de la base solide ainsi acquise pour un nouvel essor, les Doriens dominent, par Cyrène, le commerce de la Libye, les Ioniens, par Marseille, celui delà Gaule. De cette apogée première de l'expansion hellénique au vf siècle la crise est proche où elle manquera périr. Pour acquérir ces positions respectives, pour les étendre et pour les défendre, les haines de race, aiguisées par la concurrence économique, vont faire leur désastreuse apparition dans le monde grec et compromettre Tœuvre d'hellénisation, plus brillante
jusqu'ici que solide.
Dès lors, l'hellénisme se serait peut-être scindé en fractions irréconciliables, si, à l'Est comme à l'Ouest, l'assaut d'un ennemi commun n'avait obligé les Grecs de toute race et de tout dialecte à se ressaisir pour une guerre de défense nationale dont notre cinquième chapitre retracera les caractères essentiels. Du fond de l'Iran au fond de la Libye et de l'Ibérie, à l'appel du roi de Perse, devenu maître de l'Orient, à l'appel simultané de Carthage, son alliée par les Phéniciens, qui a arrêté l'expansion grecque de la mer de Ligurie au golfe syrtique, les peuples s'ébranlent contre les Grecs, détestés comme le seront toujours les commerçants trop lieureux. Dans une première phase, les Hellènes, divisés, laissent tomber leurs colonies de Ligurie et d'Ibérie sous les coups des Carthaginois ; ils laissent la Grèce
d'Asie devenir une satrapie du grand roi. 11 faut que la
guerre soit portée en Sicile et en Grèce même pour que le monde grec se réveille enfin et renonce, pour un moment trop court, à ses luttes intestines. Dans un magnifique effort, en 480, à Salamine et à Himère,
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rhellénisme s'est dégagé de Télreinte. Far là, la Perse et Cartilage, si elles ont borné son extension, lui ont rendu Tinappréciable service de l'obliger à se concentrer sur lui-même et à se fortifier dans les positions plus proches qui feront à la Grèce comme une ceinture de bastions. Pour poursuivre la guerre, devenue guerre sainte, contre le Perse et le Phénicien — le Turc et TArabe d'alors — il faut, de part et d'autre, une direction unique; comme de juste, ce sont les vainqueurs de Salamine et d'ilimère qui prennent Thégémonie, ceux-ci dans l'Ouest, ceux-Là dans TEst. Ainsi verra-t-on se former le premier empire athénien et le premier empire syracusain qui, après avoir sauvé 1 hellénisme, lui rendront, en cinquante années d'une expansion méthodique, tout l'éclat d'autrefois fondé sur une puissance autrement solide. Les positions alors acquises
par l'hellénisme ne pourront plus lui être arrachées :
et cet hellénisme, c'est celui de Pindare et d'Hiéron, de Périclès et de Phidias. Ces noms suffisent à évoquer ce que la primauté de l'hellénisme a été alors pour l'esprit humain et, dès lors, Athènes est «l'Hellade de l'Hellade ». Mais son prodigieux triomphe l'a comme grisée et Athènes a succombé pour avoir cru que rien ne lui était plus impossible.
L'œuvre de reconquête et de défense nationale achevée, la fatalité devait remettre aux prises les deux empires : Syracuse et Sparte à la tête du monde dorien résistent victorieusement aux arrogantes prétentions de l'impérialisme athénien. La guerre du Péloponèse n a pas uniquement causé la ruine d'Alhènes que les alliés de Sparte, en 404, furent sur le point de supprimer de la face du monde : elle a été un incommen-