‹ L'Hellénisation du monde antique [microform]; leçons faites à l'École des hautes études socialesChapitre 83 sur 140 · LES ÉLÉMENTS DU SUCCÈS D ALEXANDRE · texte numérisé non relu

LES ÉLÉMENTS DU SUCCÈS D ALEXANDRE

de Lysippe, les deux Alexandre armés des médaillons d'Aboukir et l'Alexandre à cheval du bronze d'Herculanum qui dérivent des statues du maître qui le montraient au combat, suivez-le à la bataille sur la mosaïque de Pompéi ou le sarcophage de Sidon, accompagnez-le à la chasse au lion sur le même sarcophage ou sur le médaillon de Tarse, imaginez-le, en demi-dieu, paré des cornes d'Amon, des dépouilles d'un éléphant ou des attributs de Dionysos comme

le montrent d'autres monnaies et, mieux que par toute description, grâce aux multiples portraits dérivés des chefsd'œuvre de Lysippe et d'Apelle, la physionomie d'Alexandre, restera gravée dans la mémoire.

Pas plus qu'au physique, avec son cou penché sur l'épaule et son nez trop puissant, Alexandre n'était sans défauts au moral. Il a connu tous ceux de l'orgueil qui s'enivre de lui-même ; on sent souvent qu'Aristote et l'Hellénisme n'ont pu assagir entièrement le sang à demi barbare qui coule dans ses veines. Mais, comparez les pires actions que lui reprochent ses détracteurs à celles de ses parents ; il ignore les rages sanglantes d'Olympias, la froide cruauté de Philippe. Il a épargné pendant trois ans Alexandre le Lynceste. Ses quelques crimes, comme le meurtre de Klitos, il les a commis dans l'ivresse et il les a rachetés par son repentir ; un autre, la mise en croix du médecin qui avait laissé mourir Héphestion, s'il est authentique, est dû à une agonie de désespoir qui le laissait aussi peu maître de lui que l'ivresse ; quant aux autres meurtres qu'on lui reproche — Parménion, Philotas — , c'était à ses yeux les châtiments mérités de complots, châtiments décrétés par l'armée faite juge selon la loi macédonienne. Et il épargne ceux de leurs complices que l'armée absout. C'est l'armée elle aussi qui paraît avoir voulu le supplice des Branchides. Quant à celui de Callisthène, certains

détails du moins en paraissent fabuleux. QuoS qu'il en soit, s'il a pu avoir tort de croire à ces complots, il est certain qu'il y a cru et l'histoire ne peut pas prouver qu'il se soit trompé.

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De toute façon, ce sont là des condamnations politiques et on n'est pas en droit de les reprocher à Alexandre quand on les excuse chez Richelieu. Sans doute, on doit, pour sa gloire, regretter qu'Alexandre n'ait pas attendu que

toute la lumière fût faite, mais le pouvait-il pour sa sécurité, dans cette vie aventureuse où la moindre trahison devait le perdre avec l'armée dont le salut était lié au sien ?

Comme Alexandre n'a pas tué sans motifs, il n'a pas détruit en vain. Chevaleresque envers ses adversaires, il a

SU respecter leurs cultes et leurs monuments. S'il a détruit Thèbes c'est que ses révoltes répétées l'empêchaient d'avoir confiance en elle et, bien que sa résistance désespérée autorisât largement ce sac selon le droit de la guerre des anciens, Alexandre a cru devoir invoquer la traîtresse alliance des Thébains avec la Perse et il a épargné le reste de la Béotie, relevant même Thespies, Platées et Orchomène. En Orient, il n'a permis le pillage qu'à Persépolis, et cela sous couleur de venger la Grèce des ravages de Xerxès ; peut-être les courtisanes et l'ivresse furent-elles pour quelque chose dans cette décision, comme la légende le prétend. Mais il ne faut pas exagérer l'influence de ces

deux passions sur Alexandre : les anciens s'accordent à louer sa continence, en insinuant, d'ailleurs, qu'elle était due à ce qu'il était plutôt philopais, — et Plutarque déclare qu'il aimait mieux les banquets pour ses amis que pour le vin. Même s'il n'en fut pas ainsi, d'ailleurs, qui regrettera sérieusement qu'Alexandre ait eu un sang ardent dans les veines et des passions violentes ? Sans elles eût-il jeté jusqu'aux frontières de l'Inde les germes de l'Hellénisme ?

m. — LA PRKMIKRK PHASt: DES CONQUKTKS D'ALEXANDHK : Lh: ROI DE MACÉDOIiNE VAINQUEUR DU ROI DES PERSES

J'ai hâte dé passer d'Alexandre à son œuvre. Ce n'est que par elle qu'il est devenu ce que le nom d'Alexandre évoquera toujours pour le monde. C'est dans l'action que s'est développé son génie; c'est à l'œuvre qu'il faut le juger.

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