‹ L'Hellénisation du monde antique [microform]; leçons faites à l'École des hautes études socialesChapitre 86 sur 140 · LA SECONDE PHASE DE LA CONQUÊTE D'' ALEXANDRE · texte numérisé non relu

LA SECONDE PHASE DE LA CONQUÊTE D'' ALEXANDRE

r Indus, c'est là qu'Alexandre fonde Alexandrie du Caucase qui, comme le moderne Kaboul, tenait la clef de la route

entre les Indes et l'Aral, de Peshawar à Samarkand.

Surpris, Bessos n'eut pas le temps de réunir à ses Bactriens, ses alliés Sogdiens, Massagètes, Dahes et Scythes ; battu et pris, il fut livré à la vengeance de la famille de Darios. Mais Alexandre ne pouvait s'être approché si près du monde scythique, que Darios et Bessos avaient ébranlé contre lui, sans y porter une terreur salutaire ; aux yeux

des Perses, il serait le vengeur de Cyrus, tué par les Massagètes, et de Darios battu par les Scythes ; aux yeux des Chaldéens et des Arméniens, le continuateur de Sémiramis ; aux yeux des Grecs; l'émule des Héraklès et des Jason.

Aussi ne se borne-t-il pas à soumettre la Sogdianequi s'étendait au nord de la Bactriane entre l'Oxus et l'Iaxarte et à donner une force nouvelle à ses places, Sogdiania (Bokhara), Maracanda (Samarkand), KyroupoHs (Kyrishata) ; auprès et au delà de cette fondation de Cyrus, au coude de l'Iaxarte, le Macédonien laisse son nom à Alexandrie-É^^c^o^é, Alexandrie « l'extrême » (Chodjend). On était, en effet, aux extrémités du monde connu, aux confins des hordes touraniennes dont les Perses avaient contenu la poussée.

Au nord-est de la ligne de forteresses qui aboutissait à Alexandria Eschaté^ c'étaient la Tokharie et le Tourfan, la route naturelle de la Chine ; au nord-ouest le pays des Scythes s'étendait, à travers les steppes, de l'Iaxarte au Borysthène, du Turkestan à la Roumanie. Si la révolte de la Sogdiane empêcha Alexandre de dépasser l'Iaxarte, dans la cour tenue à Zariaspa sur l'Oxus (Char-joui à l'ouest de Balkh) pendant l'hiver 328-7, il noue des relations avec les barbares qui tenaient d'une part, à l'est, les routes de la Chine par la Mongolie du lac Baïkal, d'autre part, à l'ouest, les routes de l'Europe par les Chorasmiens de l'Aral et les Scythes de la Caspienne. Le roi des Chorasmiens lui offrant de le guider s'il voulait attaquer les Amazones au nord de la Caspienne, Alexandre dévoila ses plans gigan-

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tesques : il voulait d'abord achever la soumission des hauts plateaux où prennent leurs sources les fleuves de l'Iran et de rinde, fleuves qui devaient former la marche orientale de son Empire ; puis il retournerait en Grèce en soumettant les peuples de la Caspienne et du Pont. Nul Hellène n'avait conçu de semblables exploits qui dépassaient tout ce qu'on racontait des Argonautes et d'Héraklès : Alexandre faisait entrer dans l'Hellénisme les rêves de Gyrus et de Darios. Comme il croyait l'Iaxarte (Syr-Daria) identique au Tanaïs (Don) on comprend que de pareils projets ne lui semblaient pas irréalisables.

Après une nouvelle saison d'opérations et de négociations en Sogdiane et en Bactriane ; après avoir, par son mariage

avec la Sogdienne Roxane à Bactres, donné l'exemple de cette fusion qu'il s'efforçait d'amener entre les Macédoniens et les Perses; après avoir vu aller jusqu'aux conspirations, qui causèrent la mort de Klitoset celle de Kallisthène, la résistance des Macédoniens à son adoption des coutumes des rois de Perse ; après avoir affermi de toutes façons sa puissance dans ces régions qu'il est le seul Européen à avoir conquises et où il a laissé les germes d'une culture féconde, au début de l'été 327, avec une armée reconstituée et grossie

d'une nombreuse cavalerie légère de Sogdiens, de Scythes et de Dahes (les futurs Daces), Alexandre se mit en route vers les Indes i.

Descendant la vallée du Kophène, où ses deux fondations de Nikaia (Kaboul) et de Nysa (Jellahabad) proclamaient son dessein de renouveler les exploits de Dionysos, il progressait lentement, aux prises avec des résistances sauvages qui rappellent celles que les Anglais y ont rencontrées de la part des Afghans. A grand peine il parvint à déboucher sur l'Indus en face de Taxila dont le prince lui avait promis son concours. On ne connaissait guère l'Inde en Grèce que par les récits plus ou moins fabuleux de Ktésias de Kos, et

1. Sur Alexandre aux Indes, voir SchulTert, Alejanders indischer Feldzitg (Progr. Colborg, 1886): J. Lozius. De Ale.randri expedilione indica (Progr. Dorpat. 1887) et A. E. Anspach, De Alex. exp. hid. (Leipzig lUOi)

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de Skylax de Karyanda, le premier, médecin d'Artaxerxès, le second, amiral de ce Darios, qui, près de deux siècles

auparavant, avait entrepris cette tentative de soumettre

les Indes que renouvelait Alexandre et où il aurait, disaiton, aussi peu réussi que Sémiramis.

Si Alexandre a réussi où ses prédécesseurs avaient échoué, c'est qu'il n'avait pas seulement préparé une armée aussi solide que légère ; il s'était bien informé des choses de l'Inde et s'y était ménagé des alliances. Les quatre princes les plus importants qui régnaient dans la région des Cinq fleuves — l'Indus et l'énorme affluent que lui constitue la jonction de l'Hydaspe, de l'Akésinès, de l'Hydraotès et de l'Hy phase, — ces princes étaient divisés en deux camps : Omphis de Taxila contre Abisarès son parent, maître du Kashmir, Porus de l'Hydaspe contre un autre Porus son neveu, souverain de TAkésine et de la Gandaritide dans le bassin du Gange. L'aide d'Omphis permit à Alexandre de vaincre Porus ; Porus devenu son allié, après la défaite où, pour la première fois, les Grecs se trouvèrent en présence d'éléphants', coopéra

avec lui contre l'autre Porus et contre Abisarès. Finalement, ces quatre princes- paraissent s'être ralHés au Macédonien, conscients peut-être de la parenté qui, en tant qu'Aryas, les unissait à Alexandre : le Dyaus Pitar qu'ils adoraient n'était pas si loin du Zeus Pater des Grecs, et l'on raconte que c'est Alexandre qui changea en Akésinès « le guérisseur » le nom de Ksandrabhaga que portait jusque-là le fleuve, nom de mauvais augure puisqu'il devenait en grec Sandrophagos. Quoi qu'il en soit, les princes indiens semblent s'être entendus aisément pour seconder Alexandre contre les populations belliqueuses des montagnes, seuls restes de ces Dravidiens, maîtres de l'Inde avant l'invasion aryenne, qu'ils n'avaient jamais pu soumettre : c'est en luttes pénibles contre ces peuplades, Oxydraques, Malliens, Assakéniens, Glauséens, Kathéens,

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