‹ L'Hellénisation du monde antique [microform]; leçons faites à l'École des hautes études socialesChapitre 96 sur 140 · Sur celte hisloire, voir H. G. Rawlinson, Bactria (iyi · texte numérisé non relu

Sur celte hisloire, voir H. G. Rawlinson, Bactria (iyi

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puis son lieutenant Eudamos qui avait assassiné Porus (V. 318), eurent disparu avec la plupart de leurs troupes grecques en se mêlant, contre Antigonos, à la guerre de succession de 317-6, un indigène qui avait connu et admiré Alexandre, Tchandragoupta - le Sandrokottos des Grecs — réussit à s'emparer de tout le Pendjab, de l'Indus au Gange.

Après avoir tenté en vain de le réduire entre 306 et 302 Séleukos, rappelé contre Antigonos, conclut la paix avec

lui. Non seulement il reconnut sa royauté sur la rive gauche

de l'Indus, mais, sur la rive droite, il lui céda Paropanisades Arachosie et Gédrosie (Afghanistan et Bélouchistan) contre un don de 500 éléphants et, sans doute, des facilités cornmerciales avec, semble-t-il, détail important, le droit dmtermariage entre Grecs et Hindous. Mégasthénès et Deimachos, à qui les Grecs durent leur connaissance de 1 Inde, séjournèrent comme ambassadeurs Séleucides à la cour de Sandrokottos et de son fils, à Patalibothra, sur le Gange. C'est le troisième roi de cette dynastie, celle des Mauryas, Açoka, qui se convertit au bouddhisme ; il n'en fit pas seulement la religion dominante des Indes presque unies sous son sceptre: il envoya des missionnaires répandre la bonne parole en Orient auprès d'Antiochos I^r^ de Ptolémée II, d'Antigonos II et d'Alexandre d'Epire (v. 260) C'est probablement avec son petit-fils qu'Antiochos Ilî renouvela l'alliance, en 206, moyennant les 150 éléphants

qu'il devait aligner en vain à Magnésie contre les Romains. La Parthie et l'Inde se sont trouvées ainsi constituées en royaumes puissants par le contre-coup même de l'invasion d'Alexandre, comme l'Italie unie et l'Allemagne unie sont 1 œuvre involontaire des guerres napoléoniennes. Entre ces grandes puissances indigènes, l'état mixte que tentèrent de constituer les rois grecs de Bactriane ne put se maintenir longtemps. Si ces princes habiles ont réussi à durer pendant un siècle (env. 250-150), c'est moins à cause de la force du moHvement national qui les soutenait et grâce à leur propre habileté qu'en se servant tour à tour et l'un contre

HELLÉNISATION.

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l'autre des deux grands Etats qui les environnaient. Ils furent perdus par des divisions intestines. Ils avaient atteint leur apogée avec Euthydémos de Magnésie, leur plus grand prince, qui avait renversé Diodotos II et qu'Antiochos III, impuissant à le réduire dans Bactres, prit comme allié contre les Parthes (206), donnant une de ses filles à son fils Démétrios. Entre autres raisons de cette alliance, Polybe fait valoir que, si la Bactriane cessait de la protéger contre les hordes Scythes « on convenait que THellade retomberait dans la barbarie ». Euthydémos venait à peine de pousser ses frontières au Nord jusqu'au delà del'Iaxarte, aux confins des Huns, à l'Est jusqu'à l'Hyphase, au Sud jusqu'aux bouches de Flndus, quand les gouverneurs de cet Etat, trop

peu cohérent, se déclarèrent indépendants à l'appel du plus remarquable d'entre eux, l'Ionien Eukratidas (v. 190). Il établit sa capitale à Bactres, tandis que Démétrios restait maître du Kaboul et du nord-ouest de l'Inde où il fondait une Démétrias en Arachosie et une Euthydémia sur l'Hydaspe (Sangala près de Lahore) ; son autorité s'étendit même jusqu'à Pattala aux bouches de l' indus.

Un instant, par le mariage d'Héhoklès, fils d' Eukratidas, avec Laodiké, fille de Démétrios, on put espérer que le royaume qui maintenait la culture grecque aux confins du monde oriental, entre les Indiens, les Scythes et les Mongols, pourrait ne pas se disloquer ( / . 190-80). Mais, quand Eukratidas eut été assassiné par HéHoklès qu'il avait associé au trône (v. 170), le royaume bactrien ne tarda pas à succomber sous l'effort combiné des barbares : à l'Ouest, c'étaient les Parthes de Mithradatès le Grand qui, après avoir conquis la Médie, la Perse et la Susiane, malgré

la tentative désespérée de Démétrios II, entraient dans Séleucie et dans Babylone (140); au Nord-Est, c'étaient les tribus touraniennes qui, sous la pression des Huns (Chaunoi ou Hunni des auteurs classiques, Hiong-nou des Chinois) avaient dû quitter le Thibet. Ces peuplades mongoles, You-tché des Chinois, Toukhàra des Indiens, sont les Tokharoi ou latioi des auteurs classiques ; chassées du

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Turkestan oriental, elles avaient, dès 160, occupé la Sogdiane où la population iranienne, massée dans le Yagnob, s'y est maintenue à peu près intacte jusqu'à nos jours! Quand les You-tché traversèrent à leur tour l'Hindou- Koush, ils n'eurent aucune peine à soumettre les principautés gréco-indiennes à qui Ménandros — un des saints du Bouddhisme sous le nom de Milinda — avait donné un dernier éclat (v. 160-30). A la même époque, Antiochos VII ne reprit un instant Babylone et Séleucie (130) que pour qu'elles fussent perdues à tout jamais pour les Grecs. Bientôt y rentrait Mithradatès II le Grand : c'est le second fondateur de la monarchie parthe et, déjà, il porte

le surnom de philhellène. ' ^

Au miheu du ii^ siècle, les successeurs d'Alexandre ont donc perdu la Haute Asie comme l'Asie Mineure. Une chaîne de royaumes indépendants et tous — sauf celui de Pergame — gouvernés par des dynasties indigènes, s'étend de l'Hellespont aux Indes, rejetant les Séleucides en Syrie ; mais, avant de les y suivre, il convient de remarquer que' si la puissance grecque n'avait pu se maintenir dans le Haut-Orient, la culture hellénique y laissait des germes

féconds. On n'est plus réduit aujourd'hui, pour juger de son développement, aux monnaies d'or où Euthydémos et Eukratidas de Bactriane se font représenter coiffés de la kausia nationale des Macédoniens. A ces médailles parmi les plus belles de l'antiquité, — lesquelles portent souvent au revers une légende indienne en Kharoshthi' — on peut ajouter tout l'art gréco-bouddhique du Gandhara, la région des cinq fleuves dont Peshavar est la capitale et qui paraît avoir appartenu aux rois de Bactriane dans la première moitié du ii^ siècle. C'est cet art, dont on a reconnu depuis peu l'importance - qui, transmis au Thibet

1. Le Kharoshti est une écriture d'origine araméenne introduite sans doute par les Perses dans l'Inde du nord-ouest et qui s'est répandue avec le Bouddhisme au Khotan. Il semble que Démétrios ait été le premier roi bacinen à frapper des monnaies bilingues. Voir surtout Gardner et Poole The coins of Ihe qreek and scythic Kings of Bacfria and India (1880).

2. Voir Foucher, L'arl gréco-bouddhique du Gandhara, I (1905).

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par les You-tché de Sogdiane qui en sont descendus, va se diffuser de là à la Chine et au Japon, grâce à la propagande bouddhique comme au commerce de la soie. La voie commerciale avec l'Extrême-Orient, qu'Alexandre avait fait rechercher en tournant les Indes par Néarque et Onésikritos et que Séleukos avait fait explorer à travers le Turkestan par Patroklès et Démodamas, cette grande voie des richesses et des peuples était désormais ouverte, et les deux mondes de l'Europe et de TAsie orientale n'étaient plus fermés l'un à l'autre *.

Syrie. — Le véritable noyau de la puissance des Séleucides a été la Syrie du Nord, en comprenant sous ce nom, d'une part la Commagène et l'Osrhoène qui s'étendent des deux côtés de l'Euphrate jusqu'au Taurus et au Masios, flanquant, pour ainsi dire, la Babylonie, d'autre part la Cilicie qui ouvrait une voie d'accès facile vers la Phrygie

et la Lydie, centres anatoliens de l'Empire séleucide. La

Syrie du Sud, Goelé-Syrie ou Palestine, doit être mise à part comme ayant été moins une force pour les Séleucides que la cause de leur décadence, d'abord par les guerres que sa possession leur valut avec l'Egypte, puis par les luttes plus désastreuses encore que suscita la résistance juive. Si on laisse de côté cette résistance de la Judée que les derniers Séleucides furent impuissants à vaincre parce que les premiers avaient cru pouvoir négliger cette petite province de leur vaste Empire, il n'y eut pas en Syrie d'opposition nationale à réduire. Par la prise de Tyr, Alexandre avait brisé l'orgueil de la Phénicie et, s'il était mort avant d'avoir accompli la conquête projetée de l'Arabie, si Antigonos n'avait pu mener à terme son expédition contre les Nabatéens (311), les Arabes et Araméens du

1. L'ouvrage fondamental sur ce point est toujours celui de J.-D. Reinaud. Relations politiques et commerciales de l'Empire romain avec VAsie orientale (Paris. 1863) ; voir aussi H. Lullies, Die Kenntniss d. Griechen und Roemer von Pamir Hochlande und benachbarlen Gebieten Asiens (Koenigsberg, 1881) et A. Herrrnann, Die alten Seidenslrasse zwischen China und Syrien (1010); les récentes explorations de A. Stein, de P. von Lecoq et de H. Pelliotdans le Turkestan chinois ont ajouté beaucoup à notre connaissance pour l'époque où s'y diffusent le bouddhisme, puis le manichéisme.

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désert étaient encore trop divisés pour être des voisins aussi gênants que les Parthes ; Palmyre était dès lors la grande halte des caravanes allant de Babylone à Antioche ; Pétra, rétape de celles qui se dirigeaient vers Tyr, Sidon ou Gaza. Ce n'est qu'à la fin du ii® siècle, lorsque la Judée eut donné l'exemple sous les Macchabées, que la Syrie commença à se morceler en principautés indépendantes : telles celle que le Nabatéen Abgar fonda à Edesse, celle que l'Araméen Samès installa à Samosate de Commagène. C'est la dynastie issue de lui qui, vaguement alliée aux Séleucides, a perpétué leurs noms et leurs titres jusqu'au temps de Vespasien.

La population araméenne de la Syrie du Nord, une des plus souples et des plus policées de l'Asie, eut vite fait de s'adapter à la domination des Séleucides et l'assimilation avec les Grecs y fit de rapides progrès. Les Séleucides n'y épargnèrent rien, si bien que c'est sous le nom de rois de Syrie qu'on les désigna le plus souvent dans l'antiquité et que la Syrie du Nord-Est, dès le milieu du m® siècle, est appelée la Séleucide par une ville d'Ionie. Non seulement, depuis les fondations de Séleukos I^^ en 300, ses descendants y placèrent leurs capitales — Antioche, Séleucie et Apamée — sur l'Oronte, la grande artère fluviale de la Syrie maritime, mais ils y multiplièrent les colonies militaires. La toponymie de la région est toute pleine de noms

qui attestent la présence de Macédoniens — Pella, Dion, Europos, Kyrrhos, Gadara, Edessa, Bottia, — de Thessaliens — Larissa — , d'Epirotes — Chaonia, — de Thraces — Ainos, Maroneia — , d'Eubéens — Chalcis, Anthédon — ; des régions entières y prirent des noms empruntés à la Macédoine : Piérie, Mygdonie. D'autres régions reçurent des désignations qui en décrivaient la nature spéciale aux yeux des Grecs : Trachonitis « le pays rocheux » caractérise à merveille le Hauran, Péraiaale pays d'au delà » (du Jourdam) convient à la TransJordanie ; — d'autres villes prirent des noms qui en traduisaient en quelque sorte le caractère: telles sont Zeugma, au gMéderEuphrate,Botrys, la ville des

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vignes. Héliopolis et Hiéropolis pour les deux cités saintes de Baalbeck et de Mamboudj. Beaucoup de noms nouveaux n'ont pu s'imposer — tels Edessa pour Orrhoé, Antioche pour Nisibe ou pour Tarse, Laodicée pour Béryte, Ptolémaïs pour Akka, TAxios pour l'Oronte, — mais certains se sont pourtant implantés,-— ainsi al-AsilQnom arabe del'Oronte, paraît dériver d'Axios. Ce sont là autant de vestiges qui perpétuent à nos yeux le souvenir de Thellénisation de la Syrie sous les Séleucides.

Sans empiéter sur l'exposé détaillé qui sera donné plus loin de l'hellénisme syrien, il convient d'appeler dès maintenant Tattention sur le fait essentiel révélé par les inscriptions : le recul du syriaque devant le grec qui devient la langue des classes éclairées. Nulle meilleure preuve du rayonnement des villes helléniques, nulle meilleure explication de la part que ces villes prennent dès lors dans la culture grecque : ainsi Tarse, — dont Strabon pourra dire qu'elle a surpassé comme centre d'études philosophiques même Athènes et Alexandrie —, Tarse a fourni, à côté du culte extatique de Sandan devenu Heraklès, les chefs de

l'école stoïcienne dont la doctrine est venue, par Paul de Tarse \ influencer le christianisme ; un des plus délicieux poètes de l'Anthologie est Méléagre, Syrien né à Gadara, près du lac de Génézareth ou .prêchera Jésus -.

Egypte. — Plus encore qu'en Syrie, la culture grecque trouva en Egypte un terrain approprié. Un tableau en sera esquissé plus loin, où l'on cherchera à préciser le caractère des trois centres de diffusion de l'hellénisme en Egypte : Alexandrie pour le Delta, le Fayoum pour la Moyenne Egypte et Ptolémaïs pour la Haute-Egypte ; nous n'avons à rappeler ici que ce qui concerne l'extension de l'hellénisme égyptien. Déjà, Alexandre, bien qu'il n'eût pas dépassé lui-même Memphis au Sud, se sentait si bien maître de l'Egypte entière qu'il déportait à Eléphantine les tyrans de Lesbos.

1. Cf. H. Boehlig. Die Geisteskultur von Tarsos im auguslischen Zeitalter (Gœttingue, 1943). Sur Héraklès-Sandan, voir infra p. 30:i. t. Cf. H. Ouvré, Méléagre de Gadara (Paris, 1894).

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Dans sa marche vers l'oasis d'Amon, il avait été guidé par des Cyrénéens, mais n'avait pas eu le temps de pousser jusqu'à Cyrène. C'est ce que Ptolémée P^ s'empressa de faire; après une révolte de son stratège Ophélas, il s'en rendit définitivement maître en même temps que de Chypre (309). A l'Est, il s'assura la maîtrise de la mer Rouge et, après avoir envoyé son amiral Philon explorer la côte jusqu'au pays des Somalis, il y fonda Myoshormoset Leukos — limên (auj. Koçéir), Béréniké Troglodytiké et Ptolémaïs Epithéras (Souakim) ; c'est de cette dernière place et d'une Béréniké et d'une Arsinoé situées au détroit de Bab-el- Mandeb, que les chasseurs d'éléphants allaient chercher en Ethiopie les animaux nécessaires à l'armée du roi et que les échanges directs se faisaient avec les marchands de • l'Arabie et de l'Inde. Grâce au canal de Néchao rouvert ils pouvaient gagner Alexandrie sans transbordement. Quant à la pénétration vers le Sud, les Ptolémées se contentèrent de se faire en Basse-Nubie une marche de 110 kilomètres le long du Nil, la Dodékaschoinos, qui leur assurait les mines d'or du Ouady-Alâki. Sous Ergaménès (Ark-Amon),

qui règne durant la deuxième moitié du m® siècle à Méroé, la Haute-Nubie s'ouvre à la civiUsation gréco-égyptienne '-. Encore du vivant d'Aristote, la question des sources du Nil avait perdu son mystère aux yeux des Grecs ^

Thrace. — En même temps, au nord, la question du cours du Danube s'éclairait \ L'affermissement de l'hellé-

1 . Voir le travail en russe de Michel Chvostoff [Histoire du commerce oriental de l'Egypte gréco-romaine y 1907) dont une analyse en allemand par Rostovvzow a été donnée dans VArchiv fur Papyrologie en 1908. La route de Koptos à Kocéir paraît n'avoir été installée militairement que sous Auguste.

2. Voir mon aperçu sur La Civilisation Méroïtigue dans L'Anthropologie, 1913, p. i>40-56.

3. Voir J. Partsch, Aristoteles Buch uber das Steigen des Nil (Acad. de Leipzig, 1909); Bolchert, Neue Jahrbuecher, 1911.

4. Son élucidation complète n'a eu lieu qu'au temps de Salluste, cf. G. de Pachtère, Mélanges de VÈcole de Rome, 1907; jusque là on croyait que la Save était un bras du Danube se jetant dans l'Adriati.iue : du nom d'Ister qu'on lui donnait vient celui d'I strie ; cf. Philip, Neue Jalirb. 191:^ et Mon-

tdnari, Siudi Slorici, 19 J 2.

nisme en Thrace est l'œuvre de Lysimachos qui, de Lysimacheia dont il fit (en 309) sa capitale dans la Chersonèse, gouverna la Thrace pendant un demi-siècle (323-281). Sans doute, Philippe avait annexé le royaume des Odryses (341) et poussé ses expéditions jusqu'à Odessos sur la côte du Pont et jusqu'à la haute vallée de l'Hèbre, où Philip-

popolis n'a pas cessé de rappeler son passage ; Alexandre, après avoir fondé Alexandropolis chez les Maides et châtié les Triballes, avait même passé le Danube. Mais, en fait, seul le sud de la Thrace était soumis, et le reste des populations des Balkans s'agitait sous une triple poussée : les Gètes et les Scythes sur le Bas-Danube; les Celtes, du rameau galato-boïen, qui, de la Bavière et de la Bohème (Boiohaemum), descendant en masse le Danube, venaient de fonder Bononia (Vidin en Bulgarie) ; enfin les Celto- Illyriens — Autariates et Scordisques — qui, du fond de l'Adriatique, venaient ébranler les vieilles populations illyriennes. C'est à grand'peine que Lysimachos parvint à contenir cet flots de barbares sans cesse renouvelés. Quand il reçut le gouvernement de la Thrace, le roi des Odryses, Seuthès, venait de se révolter, profitant du désastre qui avait causé la mort au delà du Danube de Zopy-

rion, le prédécesseur de Lysimachos (326). Lysimachos

réussit à le soumettre et à étabhr des garnisons macédoniennes dans les cités grecques de la côte jusqu'aux embouchures du Danube ; mais Odryses et cités grecques se soulevèrent bientôt de nouveau et il fallut cinq ans de luttes pour les réduire (316-11). Puis, ce furent une série de campagnes contre les Gètes au delà du Danube ; dans la dernière, surpris par leur roi Dromichaités dans les steppes de Bessarabie, Lysimachos dut, pour recouvrer sa hberté, lui céder le nord de la Thrace ^ A peine ce vaillant soldat de l'hellénisme était-il mort que, profitant de ce que les querelles de succession avaient dégarni la frontière de la Macédoine, les Celtes firent irruption. On sait leur fameuse réponse à

1. Sur l'histoire, mallioureuseinont très mal ronnue, des campagnos <lo Lysimachos en Thrace, voir Possenti, // re Lisimaco di Tracia (l'JOi).

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Alexandre qui les avait rencontrés près de Silistrie : « Nous ne craignons rien, sauf que le ciel tombe sur notre tête ». Ils ne devaient, en effet, être arrêtés en Grèce que par les dieux. Quand, bousculant les Gètes, ils envahirent la Thrace à la mort de Lysimachos, le nouveau roi, Ptolémée Ké-

raunos, périt en essayant de les arrêter (279) et le torrent

barbare, inondant la Macédoine, forçant les Thermopyles, déferla jusqu'à Delphes. Epouvantés par un tremblement de terre qui les surprit au fond de la gorge sauvage que dominait le temple d'Apollon, les Gaulois durent opérer jusqu'en Thrace une retraite désastreuse. Bien que battus en 278 par Antigonos à Lysimacheia, tous ceux qui ne passèrent pas en Asie se constituèrent un royaume, dans la Thrace centrale. Appuyé sur les Bastarnes et les autres populations celtiques qui s'étendaient le long du Danube, imposant tribut aux villes grecques, même à Byzance, ce royaume de Tylis arrêta pour plus d'un siècle le progrès de l'hellénisme dans les Balkans. Philippe V fondait Perseia et relevait Philippopolis pour contenir les Thraces châtiés mais non soumis par ses expéditions répétées ; il enlevait la Chersonèse aux Egyptiens ; mais il fut trop absorbé par les intrigues de Grèce et les menaces de Rome

pour pousser, comme il eût été apte à le faire, Thellénisation des Balkans. Contre les Dardaniens, puis contre les Romains, il dut appeler les Bastarnes qui terrorisaient les villes grecques du Pont, de la Crimée à Byzance. Après la chute de la Macédoine, les rois thraces des Balkans comme les

princes scythes de la Russie méridionale, tout favorables qu'ils fussent personnellement à l'hellénisme, n'étaient pas de force à l'imposer à leurs peuples. Il fallut attendre la main de Rome pour reprendre dans ces régions l'œuvre de la civilisation ^

En même temps, durant tout le m® siècle, derrière les Illyriens qu'Alexandre (335) et Kassandros (314)

1. Sur ces invasions celtiques en Grèce, voir mes articles sur Delphes et les Gaulois et Delphes et les Bastarnes dans le Journal infern. d'arch. numismatique, 1912. et le Bulletin de Corr. hellénique ^ lyiO.

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