‹ L'Hellénisation du monde antiqueChapitre 100 sur 157 · Cf. H. Ouvré, Méléagre de Gadara (Paris · texte numérisé non relu

Cf. H. Ouvré, Méléagre de Gadara (Paris

Dans sa marche vers l'oasis d'Amon, il avait été guidé par des Cyrénéens, mais n'avait pas eu le temps de pousser jusqu'à Cyrène. C'est ce que Ptolémée I^^ s'empressa de faire; après une révolte de son stratège Ophélas, il s'en rendit définitivement maître en même temps que de Chypre (309), A l'Est, il s'assura la maîtrise de la mer Rouge et, après avoir envoyé son amiral Philon explorer la côte jusqu'au pays des Somalis, il y fonda Myoshormoset Leukos — limên (auj. Koçéir), Béréniké Troglodytiké et Ptolémaïs Epithéras (Souakim) ; c'est de cette dernière place et d'une Béréniké et d'une Arsinoé situées au détroit de Bab-el- Mandeb, que les chasseurs d'éléphants allaient chercher en Ethiopie les animaux nécessaires à l'armée du roi et que les échanges directs se faisaient avec les marchands de l'Arabie et de l'Inde. Grâce au canal de Néchao rouvert ils pouvaient gagner Alexandrie sans transbordement. Quant à la pénétration vers le Sud, les Ptolémées se contentèrent de se faire en Basse-Nubie une marche de 110 kilomètres le long du Nil, la Dodékaschoinos, qui leur assurait les mines d'or du Ouady-Alâki. Sous Ergaménès (Ark-Amon), qui règne durant la deuxième moitié du iii^ siècle à Méroé, la Haute-Nubie s'ouvre à la civilisation gréco-égyptienne '. Encore du vivant d'Aristote, la question des sources du Nil avait perdu son mystère aux yeux des Grecs ^.

Thrace. — En même temps, au nord, la question du cours du Danube s'éclairait '. L'affermissement de l'hellé-

\. Voir le travail en russe de Micliel ChvostofT (/fo/oire du commerce oriental de l'Er/ypte gréco-romaine, l'JOT) dont une analyse en allemand par Rostowzew a été donnée dans VArchiv fur Papyrologie en l'JU8. La rcjutc do Koplos à Kocéir paraît n'avoir été installée militairement ([ue sous Auguste.

2. Voir mon aperçu sur La Civilisalion Méroifir/ue dans L'Anthropologie, l'JliJ, p. -'i0-u6.

3. Voir J. Partsch, Aristoteles Burli ul>er das Sleigen dea S'il (Acad. de Leipzig. lOO'.t); Bolclierl, ^eue Jahr/>ueclier, 19H.

4. Son élucid;iti(in compliMc n'a eu lieu qu'au temps de Salluste. cf. G. de Pachlére, Mélanges de l'École de Rome, l'.iOT; jusque là on cruyail i]ue la Save était un bra.s du I)anul)i' se jetant dans l'.Adriatiiiue : du nom d'Istei' qu'un lui donnait vient celui d'Istric: cl' IMiilip, Neue .la/irb. liili' et Montanari, Sludi Slorici, l'Jl2.

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nisme en Thrace est l'œuvre de Lysimachos qui, de Lysimacheia dont il fit (en 309) sa capitale dans la Chersonèse, gouverna la Thrace pendant un demi-siècle (323-281). Sans doute, Philippe avait annexé le royaume des Odryses (341) et poussé ses expéditions jusqu'à Odessos sur la côte du Pont et jusqu'à la haute vallée de l'Hèbre, où Philippopolis n'a pas cessé de rappeler son passage ; Alexandre, après avoir fondé Alexandropolis chez les Maides et châtié les Triballes, avait même passé le Danube. Mais, en fait, seul le sud de la Thrace était soumis, et le reste des populations des Balkans s'agitait sous une triple poussée : les Gètes et les Scythes sur le Bas-Danube; les Celtes, du rameau galato-boïen, qui, de la Bavière et de la Bohème (Boiohaemum), descendant en masse le Danube, venaient de fonder Bononia (Vidin en Bulgarie) ; enfin les Celto- Illyriens — Autariates et Scordisques — qui, du fond de l'Adriatique, venaient ébranler les vieilles populations illyriennes. C'est à grand'peine que Lysimachos parvint à contenir cet flots de barbares sans cesse renouvelés. Quand il reçut le gouvernement de la Thrace, le roi des Odryses, Seuthès, venait de se révolter, profitant du désastre qui avait causé la mort au delà du Danube de Zopyrion, le prédécesseur de Lysimachos (326). Lysimachos réussit à le soumettre et à établir des garnisons macédoniennes dans les cités grecques de la côte jusqu'aux embouchures du Danube ; mais Odryses et cités grecques se soulevèrent bientôt de nouveau et il fallut cinq ans de luttes pour les réduire (316-11). Puis, ce furent une série de campagnes contre les Gètes au delà du Danube ; dans la dernière, surpris par leur roi Dromichaités dans les steppes de Bessarabie, Lysimachos dut, pour recouvrer sa liberté, lui céder le nord de la Thrace'. A peine ce vaillant soldat de l'hellénisme était-il mort que, profitant de ce que les querelles de succession avaient dégarni la frontière de la Macédoine, les Celtes firent irruption. On sait leur fameuse réponse à

i. Sur l'histoire, nialiieureusement Irès mal connut!, des campagnes de Lysimachos en Thrace, voir Possenti, Il re Lisimaco di Tracia (l'JOJ).

EXPANSION ET RECUL DE l'hELLÉNISATION 249

Alexandre qui les avait rencontrés près de Silistrie : « Nous ne craignons rien, sauf que le ciel tombe sur notre tête ». Ils ne devaient, en effet, être arrêtés en Grèce que par les dieux. Quand, bousculant les Gètes, ils envahirent la Thrace à la mort de Lysimachos, le nouveau roi, Ptolémée Kéraunos, périt en essayant de les arrêter (279) et le torrent barbare, inondant la Macédoine, forçant les Thermopyles, déferla jusqu'à Delphes. Epouvantés par un tremblement de terre qui les surprit au fond de la gorge sauvage que dominait le temple d'Apollon, les Gaulois durent opérer jusqu'en Thrace une retraite désastreuse. Bien que battus en 278 par Antigonos à Lysimacheia, tous ceux qui ne passèrent pas en Asie se constituèrent un royaume, dans la Thrace centrale. Appuyé sur les Bastarnes et les autres populations celtiques qui s'étendaient le long du Danube, imposant tribut aux villes grecques, même à Byzance, ce royaume de Tylis arrêta pour plus d'un siècle le progrès de l'hellénisme dans les Balkans. Philippe V fondait Perseia et relevait PhiHppopoHs pour contenir les Thraces châtiés mais non soumis par ses expéditions répétées ; il enlevait la Chersonèse aux Egyptiens ; mais il fut trop absorbé par les intrigues de Grèce et les menaces de Rome pour pousser, comme il eût été apte à le faire, l'hellénisation des Balkans. Contre les Dardaniens, puis contre les Romains, il dut appeler les Bastarnes qui terrorisaient les villes grecques du Pont, de la Crimée à Byzance. Après la chute de la Macédoine, les rois thraces des Balkans comme les princes scythes de la Russie méridionale, tout favorables qu'ils fussent personnellement à l'hellénisme, n'étaient pas de force à l'imposer à leurs peuples. Il fallut attendre la main de Rome pour reprendre dans ces régions l'œuvre de la civilisation '.

En même temps, durant tout le iii^ siècle, derrière les Illyriens qu'Alexandre (335) et Kassandros (314)

1. Sur ces invasions ceitiquus en Ori'-co, voir nirs arlifics sur Itelplies et les Gaulois ut Delphes et les liaslarnes dans le Journal inlern. d'arcli. numismatique, 191:2, et le Bulletin de Corr. hellénique, 1910.

eurent beau vaincre, les Illyro-Celtes heurtaient, de plus en plus fort, aux frontières de Macédoine et d'Epire, cernant les grandes villes grecques de la côte,Apollonie etEpidamne. Sans l'intervention des légions romaines au début du 11^ siècle, il y a lieu de croire qu'une nouvelle invasion nordique eût submergé la Grèce.

Si les successeurs d'Alexandre ont ainsi échoué au Nord, ils ont subi un échec plus grave encore à l'Ouest.

Sicile et Italie. — Au moment où Alexandre passait en Asie, l'hellénisme d'Italie se trouvait dans une position critique. Rome, repoussant les Samnites de Campanie et leur enlevant Naples et Cumes, les rejetait vers le Sud; talonnés par les bandes fabelliennes, Bruttiens, Lucaniens, Messapiens et Apuliens se jetaient sur les riches cités grecques de la côte. Malgré la tentative qu'Alexandros d'Epire, l'oncle d'Alexandre, fit pour les dégager, sa mort sous les coups des Lucaniens, en 330, ne laissa bientôt indépendante que Tarente avec Métaponte et Héraclée, Thourioi avec Crotone, et Rhégium avec la pointe duBruttIum, de Caulonie à Térina.

Ces dernières cités grecques d'Italie ne pouvaient attendre de secours de Sicile. A Syracuse où, après dix ans de guerres civiles, Agathocle avait fini par établir son autorité appuyée sur ses mercenaires (316), ce grand capitaine réussit à grand'peine à arrêter les progrès des Carthaginois sollicités par les villes qui avaient refusé d'entrer dans la confédération syracusaine, Agrigente, Gela, Messine. Pour obliger les Carthaginois à lever le siège qu'ils mirent en 310 devant Syracuse, Agathocle, par une hardiesse qui annonçait Scipion, alla menacer Carthage en Afrique. Allié avec Ophélas, le général de Ptolémée qui s'était rendu maître de Cyrène, il eût pu faire triompher l'hellénisme en Afrique sans les éternelles jalousies des chefs grecs : en Afrique, Agathocle dut faire assassiner Ophélas qui conspirait contre lui et fut repoussé surtout par les mercenaires grecs de Carthage (309) ; de retour en Sicile et vainqueur des Carthaginois qu'il

rejeta dans Lilybée et dans Panorme, il était arrêté dans ses succès par les bannis de Syracuse ; en définitive, tandis que la révolte de ses mercenaires lui fit perdre l'Afrique, il dut rétrocéder à Carthage la moitié de la Sicile (306). En même temps, Tarente, serrée de près par ses ennemis, prenait à sa solde le Spartiate Kléonymos ; mais il perdit un temps précieux à intriguer contre Agathocle et à s'emparer de Corcyre, qu' Agathocle finit par lui enlever, et il périt misérablement dans une razzia aux bouches du Pô. Agathocle semble avoir conçu alors un plan qui, exécuté à temps, eût pu sauver l'hellénisme italien : marié lui-même à une fdle de Ptolémée I^^, devenu maître de Cyrène, il donna sa fille Lanassa à Pyrrhos d'Epire avec Corçyre pour dot (295) : ensemble, les trois princes auraient attaqué, en Afrique, en Sicile et en Italie, les ennemis de l'hellénisme ^

Sans attendre ses alliés, Agathocle commença des opérations contre les Lucaniens ; mais ni Ptolémée ni Pyrrhos, absorbés par les querelles de la succession d'Alexandre, n'étaient disposés à le soutenir. Quand, en 291, Démétrios reparut en Grèce, Agathocle pensa qu'il pourrait trouver dans le génial aventurier l'appui qu'il cherchait. Démétrios, veuf de la veuve d'Ophélas, avait épousé Lanassa, répudiée par Pyrrhos ; il avait mis garnison dans Corfou et avait reçu fastueusement à Athènes le fils d'Agathocle quand, rappelé en Asie, il dut abandonner pour la dernière fois la Grèce. La même année, Agathocle disparaissait, laissant Syracuse en proie aux factions (289).

La jalousie des autres villes grecques de Sicile facihta si bien les progrès des Carthaginois que, dix ans après la mort d'Agathocle, ils mettaient le siège devant Syracuse. En même temps, par haine de Tarente, les dernières cités indépendantes de Grande Grèce, Thourioi, Locres et Rhégion, cernées par les Lucaniens, réclamaient l'aide de Rome : Tarente, menacée, s'adressa à Pyrrhos. Mais, au londoiiiiiin

i. Sur AruIIiocIo. cf. Scliubcrt, Leben dea Ar/a/ho/clen (18X7); Tillyanl, Affathocles (1908). On a récemment pu prouver par les monnaies (|uAj;atlioclo avait soumis vers 295 à son protectorat M(5tai)ontc, llipiioniuii. 'l'('iina et Vélia, cf. Seltman, Suuiismaiic Chronicle. 1U12.

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de son arrivée et dès sa première victoire sur les Romains, à Hérakleia (280), le dissentiment éclata : Tarente ne voulait voir en Pyrrhos qu'un condottiere pris temporairement à son service; le roi rêvait d'une entente avec les populations italiotes lui permettant de conquérir la Sicile et de se tailler un royaume sur les deux rives de l'Adriatique. Sa deuxième victoire, à Ausculum (279), ayant ouvert à Pyrrhos le chemin de Rome, celle-ci s'empressa de s'allier contre lui à Garthage qui mit le siège devant Syracuse. Ne pouvant laisser succomber la métropole de l'hellénisme en Occident, Pyrrhos débarqua à Gatane et débloqua Syracuse. Son fils Alexandros, petit-lils d'Agathocle, devait de là gouverner la Sicile quand son père en aurait chassé les Garthaginois. Le roi d'Epire les assiégeait à leur tour dans Lilybée et méditait de passer en Afrique quand la désaffection des Sicéliotes et l'avancée d'une armée romaine contre Tarente l'obligèrent à repasser en Italie ; il fut surpris et battu à Bénévent, et, les demandes de secours qu'il avait adressées aux autres rois macédoniens étant restées sans réponse, il dut repasser en Epire (275). Deux ans plus tard, les Romains s'emparaient de Tarente (273). G'est peut-être là que, — ' signe des temps — ils recevaient de Ptolémée II une ambassade grecque et envoyaient des députés le complimenter à leur tour ; dix ans après, ils commençaient la conquête de la Sicile ^.

G'en était fini de l'Occident hellénique ; à peu près à la même époque la poussée des Parthes enlevait aux Séleucides le Haut-Iran. Mais, si l'extension politique des Grecs n'a pu se maintenir telle que l'avait rêvée Alexandre, elle avait eu assez d'éclat pour permettre à la culture hellénique de devenir celle du monde civilisé.

i. Sur l*yrrlios, un n'a jusqu'ici i[u'une mé<liocre GescIticlLle des Pyrrhos de Schubert. Je prépare sur ses entreprises un ouvrage qui permettra de donner un tableau d'ensemble de l'histoire méditerranéenne dans le premier tiers du III» siècle.

CARACTKRRS OKNKRAUX DES ÉTATS HEI.LKNISTIQUES 25H

III. — GARACTKRES GÉNÉRAUX DKS KTATS HELLÉNISTIQUKS ILS PRÉPARENT LA VOIE A LEMPIRE ROMAIN

Si les successeurs d'Alexandre ont échoué dans son rêve d'unir tous les peuples connus en un vaste empire grec, s'ils n'ont même pas pu se maintenir dans les frontières qu'il leur avait léguées, laissant les Parthes établir leur hégémonie au delà de l'Euphrate et Rome absorber la Grèce d'Itahe et de Sicile, ils n'en ont pas moins donné à l'hellénisme une impulsion inouïe. On peut même dire que, >i l'hellénisme est resté dans le monde une force essentielle qui, à travers l'Empire romain, domine encore le monde moderne, c'est grâce aux formes nouvelles qu'il a pris sous l'action des monarchies macédoniennes. Si l'Empire romain a réalisé le rêve de monarchie universelle conçu par Alexandre, c'est en adoptant la plupart des formes et des formules mises en œuvre par ses successeurs. Sans doute, pour qui ne pense qu'aux lettres et aux arts dans toute leur pureté classique, c'est l'Athènes de Périclès que le mot d'hellénisme évoquera toujours; mais, pour celui qui s'attache aux éléments profonds de la civilisation gréco-latine, c'est à Thessalonique, à Pergame et à Ephèse, c'est à Antioche de l'Oronte, à Séleucie du Tigre et à Alexandrie d'Egypte, qu'il en trouvera la source au temps des successeurs d'Alexandre.

Ce que cet hellénisme alexandrin a été au point de vue des lettres et des arts, des idées et des muîurs, on l'exposera plus loin. Nous voudrions seulement esquisser comment son idéal politique et son idéal religieux — ces deux faces inséparables de la pensée antique — se sont renouvelés parle contre-coup de cette conquête qui, durant un temps, a fait régner l'hellénisme sur la meilleure partie du monde connu.

1. Dans lo l. Il lio sa Geschickie des h elle ni si inr lien Zcil/illers, .]. Kaersl a consacré ii cliap. à Die hellenisliscke kiilliir el 4 chap. à Der hellenislische Sfaal, mais ils n'ont rien ni de la précision ni de la vi^'ucur de la partie correspondante de l'ouvrage eité de Belocli. L'ouvrage de Maliall'y. The pror/ress of kellenism in Alexantlers Empire (Londres, l'.tU.')) esl un essai brillant, mais très insut'lisant.

Jusqu'ici, on le sait, cet idéal était celui de la cité; elle avait ses lois et ses dieux ; elle avait sa fin en elle-même et, à tous les points de vue, n'aspirait qu'à se développer pour elle-même. Maintenant il va falloir que lois et dieux puissent s'adapter à des centaines de villes, pour des millions d'êtres, à travers des milliers de lieues. De là, les deux tendances profondes de l'hellénisme qui passe de l'idéal de la polis à celui de Voiko amené., tendances associées qui résultent de cette extension même : tout s'agrandit aux limites du cadre nouveau, tout s'ordonne autour d'un principe dominant à l'instar de l'état monarchique.

Malgré les différences que leur imposait leur passé même et leur constitution, les grands Etats hellénistiques se ressemblent dans les traits essentiels. Dans chacun d'eux, trois éléments vivent côte à côte : I. Une caste militaire fournie par la nation conquérante; M. Des villes helléniques privilégiées ; III. Les peuples conquis conservant autant que possible leurs coutumes propres.

I. — La caste conquérante ne comprend pas seulement les Macédoniens de race ; beaucoup de Grecs, même des membres de la noblesse indigène, peuvent s'y agréger ; le nom de MaA;èrfd^, qu'on a toujoursétéfierdeporterdansles royaumes hellénistiques, n'implique pas nécessairement qu'on descende des compagnons d'Alexandre, mais seulement qu'on a été assimilé à la situation privilégiée qu'on a faite à ceux-ci. Cette situation privilégiée est, en gros, celle du système féodal : dans les immenses terres de la couronne héritée de rois détrônés et accrues par la conquête, chaque Macédonien a pu recevoir un fief ; en échange, il doit, à l'origine, le service militaire personnel ; bientôt, cette charge est plus spécialement imposée aux colonies militaires. Dans ce système il ne s'agit plus de vétérans choisis — Macédoniens, Grecs ou assimilés — qui reçoivent dans les campagnes un fief personnel et isolé; une petite place forte est fondée — ou refondée — en un point d'importance stratégique pour recevoir toute une colonie ; chaque vétéran y est doté d'un petit domaine qu'il peut léguer à son héritier, à condi-

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