CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES ÉTATS HELLÉNISTIQUES
tion que celui-ci accepte en même temps l'obligation militaire à laquelle une redevance spéciale semble partout attachée.
Par l'action de ces deux systèmes de fondation'^ relevant également du roi seul — fiefs rustiques des nobles ou des chefs, colonies urbaines des simples soldats — chaque royaume se trouve parsemé de châteaux et de places fortes qui, non seulement, devant tout au monarque, soutiendront sa cause, mais qui, surtout, seront les plus actifs ferments de l'hellénisation.
IL — Telle fut, surtout en Asie, l'origine de beaucoup de villes qui atteindront une grande prospérité sous l'Empire romain. Mais, à côté d'elles, existaient les cités grecques depuis longtemps établies sur les côtes des pays conquis. Si le problème qu'elles posaient aux successeurs d'Alexandre a surtout été complexe pour les Séleucides, puis pour les Attalides, maîtres de l'Asie où se comptaient par centaines les vieilles colonies grecques, il a aussi existé pour les rois de Macédoine dans leurs possessions extra-macédoniennes de Thrace ou de Thessalie, même pourles rois d'Egypte, qui avaient à s'occuper du sort non seulement de la vieille ville ionienne de Naukratis et de celui d'Alexandrie, mais, tant qu'ils dominèrent dans la mer Egée, de la plupart des cités de l'Archipel.
Partout, les monarques hellénistiques paraissent avoir laissé aux villes la plus large autonomie municipale, avec des constitutions d'apparence démocratique, en réahté plutôt timocratiques. Ainsi, il semble n'y avoir eu que quelques milliers de citoyens de plein droit dans des villes qui comptaient de cent à trois cent mille habitants comme Alexandrie, Séleucie, Antioche et Ephèse. Pour mettre fin aux discordes entre cités qui avaient trop souvent été le résultat de l'autonomie ainsi que pour faciliter leurs propres rapports avec ces villes, les rois paraissent les avoir encouragées à se grouper en confédérations autour d'un sanctuaire illustre : ainsi les villes éoliennes s'unirent autour de l'Athéna d'Ilion, les villes ioniennes autour de l'Apollon de Didymes, les villes des Cyclades autour de l'Apollon de Délos.
2b6 L HELLÉNISATION DU MONDE ANTIQUE
D'une part, grâce aux largesses qu'ils faisaient à ces sanctuaires ainsi qu'aux villes qui se trouvaient en avoir besoin, d'une part grâce à la présence de garnisons dans les plus importantes ou les plus remuantes d'entre elles, les rois paraissent s'être assurés de la fidélité de la plupart des cités grecques : ils ne semblent leur avoir demandé qu'un tribut, tribut peu élevé, surtout en regard de la prospérité croissante que leur trafic infiniment accru valut à ces vieilles colonies. Parmi le ; fondations nouvelles ou les villes restaurées sous un nom nouveau donné par le conquérant, toutes celles qui n'avaient pas un caractère militaire — Thessalonique et Kassandreia en Macédoine, Démétrias en Thessalie, Lysimacheia en Thrace, les Alexandrie deTroade et d'Issos, Apamée du Méandre, les trois Séleucie du Kalykadnos, de rOronte et du Tigre, Antioche et Apamée de Syrie, les Ptolémaïs de Syrie et d'Egypte, pour ne citer que quelques-unes de ces places destinées à devenir les capitales commerciales du monde hellénistique — toutes semblent avoir eu l'organisation classique de la cité grecque : assemblée du peuple (ne comprenant que les citoyens de plein droit) et conseil des notables, juges et magistrats municipaux, parfois même droit de frapper monnaie avec ère particulière. Est-il nécessaire de dire que, plus encore que les colonies militaires, ces grandes places de commerce, où se remuaient autant d'idées que de richesses, ont contribué à implanter l'hellénisme en Orient ? Et c'est un hellénisme en quelque sorte dénationalisé tant sont d'origine diverse les Grecs de ces villes neuves ; on y vient de partout chercher fortune ; l'hellénisme qui y domine et qui s'en répand est donc essentiellement cosmopolite.
III. — Toutes les villes importantes de l'Orient ayant, de façon ou d'autre, été hellénisées, il ne restait aux indigènes que les campagnes avec leurs bourgades et leurs villages. Leurs terres leur furent laissées moyennant payement d'un impôt foncier, souvent doublé d'une capitation : c'étaient les laoi et ce mot, bien qu'il ne signifie au propre que « gens du peuple », prit bientôt, par une évolution caractéristique.
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le sens de « serfs attachés à la glèbe ». Le régime hellénique paraît, en effet, avoir été assez dur pour eux ; c'est des sueurs d'un immense prolétariat agricole que s'enrichirent si prodigieusement les cités grecques qui exploitaient ou négociaient leurs produits. Mais, quelques exactions qu'on fit peser sur eux, on se croyait sûr de leur tranquillité d'abord grâce aux châteaux et colonies militaires dispersées à travers le plat pays, puis à l'aide des grands sanctuaires indigènes, souvent propriétaires d'immenses domaines, et dont il ne fut pas difficile au roi de gagner le sacerdoce'. De fait, on n'entend pas parler de révoltes des indigènes, sauf en Judée, où on sait à quelles raisons religieuses elle fut due, et en Egypte, où fanatisme et nationalisme paraissent avoir été aussi en cause. Il faut rappeler, il est vrai, que toutes les régions où les peuples soumis avaient conservé leur unité et leur conscience nationales ne tardèrent pas à être indépendantes de droit, comme les royaumes de Bithynie, de Pont, ou de Cappadoce, ou de fait, comme les montagnards de la Pisidie et de la Cilicie Trachée.
Mais, même ches des peuplades indépendantes, l'hellénisme fit des progrès surprenants : ainsi, quand vers 190-160, nous avons de nouveau assez de renseignements sur le littoral méridional de l'Asie Mineure, de la Carie à la Cilicie, pour nous rendre compte de son état politique, on peut' constater que ce n'est plus, comme à l'époque où Alexandre le traversait, un pays barbare où s'espacent quelques colonies grecques ; les habitants de toutes les villes parlent grec et tendent à se grouper en confédérations qui jouent leur rôle dans la politique hellénique.
Telles sont les différentes modahtés de la diffusion de l'hellénisme dans les pays conquis. Si, toutes diverses qu'elles soient, elles ont pu se développer sans heurt, c'est que la coordination est établie entre elles par la personne du roi, dont elles relèvent toutes.
C'est dans la personne mênuî du roi que réside l'unité du
d. Voir i'iiitérossantc inscripliun n-lativr au ilotiiaiiic donné par Anti gonos I«- a un do ses ofliciers on Lydi(>, Heuue éjnr/raphique, 1913, p. 33o.
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royaume, c'est suivant son prestige ou sa puissance qu'est plus ou moins relâché le lien qui en unit les différentes parties. Ce lien est représenté par un réseau de fonctionnaires, tous nommés par lui et relevant de lui. Les anciennes divisions politiques ont été conservées en général, mais stratège, hyparque, nomarque, receveur des finances y forment une hiérarchie plus souple ; les pouvoirs, administratifs, militaires, financiers, y sont mieux distingués. Dans la capitale, autour du roi, de véritables ministères : si le grand vizir change trop souvent puisqu'il est, en général, le favori du moment, les bureaux demeurent et assurent la continuité de l'administration. Quand les caisses sont pleines, on est sûr d'avoir assez de mercenaires pour faire respecter partout l'autorité du roi. Nous ne pouvons entrer ici dans les détails encore obscurs de cette administration : mais on peut affirmer que, plus ils s'éclairent, plus on reconnait que, dans tous les domaines, qu'il s'agisse des voies de communication et du service postal ou des plus hauts principes du droit, de l'organisation administrative ou de la cour du prince, c'est aux royaumes hellénistiques que l'Empire romain a emprunté ses principes dont beaucoup sont restés les nôtres.
Il en a été ainsi dans le domaine religieux comme dans les autres. En particulier, le culte de l'Empereur vivant et son apothéose après sa mort sont un héritage direct des successeurs d'Alexandre.
Les rois macédoniens établis en Orient y ont bénéficié de l'antique prestige de la royauté. Ils n'ont rien négligé pour donner aux indigènes l'impression qu'ils continuaient, ici le sâr chaldéen, là le pharaon, ailleurs le « roi des rois ». Ils ont hérité de leur caractère sacré. Pénétrés par les influences orientales et préparés par le culte des héros, les Grecs n'ont pas eu grand mal à accepter l'idée que le monarque se rapproche de ces héros et demi-dieux dont il trace sa descendance.