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L HELLÉNISME EN PERSE APRÈS ALEXA.NDKE 289
les Séleucides ^ ; les textes qui les mentionnent sont en désaccord sur leurs noms, leurs situations géographiques et sur les dates d'établissement. 11 serait fort utile de savoir, avec quelque approximation, combien de Macédoniens ou de Grecs vinrent en ces contrées avec Alexandre ou après lui ; il n'y faut point songer. Une bonne part des villes qualifiées grecques ne furent pas fondations nouvelles, ni considérables. Souvent le nom local fut grécisé ' ; des villages voisins vinrent s'adjoindre à une modeste localité ^, qui reçut un petit noyau de population occidentale. Rien ne nous garantit que ces nouveau-venus aient définitivement choisi l'Orient pour résidence ; le Grec ne s'exile guère sans esprit de retour ; c'est un médiocre colon pour les grandes étendues continentales ; à son étroit mercantilisme conviennejit bien mieux les îles et les vallées côtières, que relient entre elles quelques heures de navigation. Ces déracinés étaient excusables de se laisser rebuter par un milieu peu adapté à leur race * ; l'exemple leur venait de haut. Moins de vingt-cinq ans après la mort d'Alexandre, un de leurs rois fondait Antioche, et les suivants s'y établirent à demeure; leur politique devint avant tout méditerranéenne. Ils renoncèrent bien vite à conserver la plupart des territoires de l'Asie Mineure, restés en dehors de l'itinéraire d'Alexandre ; de petites monarchies s'y établirent (Arménie, Pont, Cappadoce), dont les dynasties prétendaient se rattacher à la souche iranienne ■'. L'ambition monarchique attirait encore parfois les souverains d'Antioche vers les confins orientaux de leui- euipire ; ils rc^nonçaient à y séjourner. Qiiaud Démétrios alla eu Médie chercher des
1. l'uur Stilcukos I"', ijui aui-ail cr'éi' 7;) villos. cl'. Appicri, Si/riacu, 57. i. Tli. So('Ai\('kt\ /.pifsrhrifl der deufscheii Morr/eiil. (iesellsc/iaf/, XXXI. \
(IS85), p. :■.;!(;.
;!. Droyscn, III, p. i:i:;.
4. Il s'tilova une révolte de soldats, colons en l'erse (Polycn, S/rataf/èmes, \'\\. 40), ([u'on a coutume de placer sous les .Sidcucides : il n'est cependant piis impossible i|uc ce lussent des prisonniers de j,'ucrrçdu temps des .Vcliéiiii-nidcs (cl'. B.'van, op. cil .. l. p. 2<i5, note 8). CL encore Diodori-, \ VII I. T.i.
b. Droysen, II, p. 5l".l Voii' |ilus haul p. ±'51.
HKI.I.KMS V [ION. Il)
auxiliaires, Grecs et Macédoniens qui l'avaient appelé le . virent arriver avec transport; ils se sentaient isolés et comme perdus. Quelques fondations éloignées tombèrent sous les coups des hordes barbares comme Alexandrie de Margiane et Héraclée de Médie '. Je serais fort étonné que les colons des provinces les plus reculées, Gédrosie ou Sogdiane, n'eussent pas bientôt, pour la plupart, disparu de quelque manière "".
Malgré tout, il y avait, dans l'étendue de l'ancien empire perse, des contrées où l'esprit, le tempérament helléniques pouvaient rencontrer des conditions favorables : telles principalement la Mésopotamie et surtout les rives des deux grands fleuves qui la délimitaient. Des Grecs étaient à leur place le long d'une voie commerciale ; les fondations les plus durables ont dû se fixer aux bords du Tigre et de l'Euphrate \ Vers le point où ils se rejoignent était déjà établie Babylone, capitale d'Alexandre ; un peu plus au nord fut fondée Séleucie sur le Tigre, où résida sans doute Antiochos I^^. Celle-ci représente apparemment le grand comptoir de 1' « Extrême Orient » hellénique, auquel Pline attribue de son vivant 600.000 âmes '. Babylone elle-même reçut un gros contingent de population grecque et une organisation appropriée, car on y a retrouvé un poids, inscrit
1. Pline, Hist. nat., VI, 47-48. D'apiùs Polyl)e, X, '.M. 11, des colons grecs furent tués, en manière de vengeance, par les Parthes qu'assiégeait un roi de Syrie, sans doute Antiochos III, dans la ville de Syrinx (Zadracerta ?) .
2. Certaines agglomérations grecques, que purent constater des auteurs d'époque romaine, étaient formées de prisonniers de guerre, auxquels les rois de Perse avaient interdit de s'éloigni;r, et qui à la longue s'étaient résignés ; en outre elles étaient beaucoup plus rapprochées de l'Europe.
3. Noter que les dynastes de Mésène et de Characène, vers le delta de ces fleuves, frappèrent très longtemps des monnaies à légendes grecques (Ern. Babelon, Journal internalional d'archéologie numismatique, l (J898), p. 381-404, pi. lu et IB).
4. Ce chiffre semble vraiment un peu gros; la ville n'avait de débouché commode que sur le golfe Persique. On a découvert dans ses ruines une tète de marbre, de médiocre travail, acquise en l'.)ll par le Musée de Bruxelles, et qui semble celle d'un stéplianéphore (Fr. Cumont. Catalogue des sculptures et inscriptions antiques des Musées royaux du Cinquantenaire 2» édit., Bruxelles, 1913, p. 467, noSB).
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au nom d'un agoranome, du temps des Arsacides '. Une des très rares inscriptions grecques provenant de cette ville ■ nous donne le palmarès de la distribution des prix d'un gymnase babylonien en 109 avant notre ère. Suse, qui communiquait également sans peine avec l'Océan Indien, se vit appeler Séleucie de l'Elaios '\ Donc toutes les Antioches, les Alexandries, les Séleucies, etc., ne sont pas des cités constituées de toutes pièces ; d'habitude, on leur aura imposé une colonie d'Occidentaux et des institutions grecques '*. Un décret d'Antioche de Perse (205 av. J,-C.) nous est conservé par une inscription de Magnésie du Méandre ^ ; on y voit en action une boulé et une ekklésia, un secrétaire et des prytanes, en un mot les rouages ordinaires de la cité. Magnésie avait convié les villes d'Asie les plus lointaines à reconnaître comme panhellénique sa fête d'Artémis Leukophryéné ; cette Antioche donna son adhésion cordiale en rappelant les anciennes relations entre les deux villes. En effet, à la demande d'Antiochos Soter, désireux d'accroître la ville qui portait son nom, Magnésie, comme plusieurs cités d'ionie, avait envoyé à Antioche un contingent de colons supplémentaires « nombreux et
1. Albert Dumont, Bulletin de VAssoc. pour l'encourar/. des études grecques, IV (1870), p. 40 Si}. (= Mélanges d'archéologie et d'épigraphie. Paris, 1892, p. \'ii SI].). À cette date, Durnonl suggérait une étude de la colonie grecque de Babylonc ; même aujourd'hui elle serait prérnatui'ée.
2. B. Ilaussoullier, Klio, IX (1909), p. 3o2-:i63 ; ci', du même. Mélanges ■Perrot, Paris. 190:]. p. 155-159.
.3. Mélanges Perrot, p. 151. Cf. Koldevvey, liabylon (1913) p. 293.
4. Des tablettes chaldéennes contiennent des listes de noms grecs en cunéii'urme, alternant parfois avec des noms assyriens. Doit-on, avec Alb. iJumont {lo . cit.). conclure à la « fusion des deux races»? Ce serait beaucoup dire; on pouriait aussi bien admrttre îles rapports forcés. De même oxpliiiuerait-on <[ue b; mot statère se trouve trans;rit en cuni'iforme : les Séli'ucides auront fait prévaloir leurs systèmes mélrologiques. Un mot grec apparaît dans le texte assyri(!n d'un petit poème di? Babylone (287 av. J.-C), déplorant les misères dues aux rivalitiis entre Diadotjues (J. Oppert, Compt. rend, de l'Acad. des Inscripl.. 1901, p. 830 846). Qu'importe? Le fran(;ais d'aujourd'hui ne r('i)ugne pas au.x term(îs anglais, ni l'allemand aux mots français.
5. 0. Kern, Die Inschriften von Magnesin am Maeander, Bt;rlin. 1900. n» 61 ; cf. 18-19: W. Dillenbei'ger, Orienlis draeci inscripliones selectae. '2:51 ; Ilaussoullier. .Mrlanges Perrot, p. 155; Bevan, op. cit.. I. p. 280 S(|.
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choisi », Le décret montre aussi qu'Antiochos donna Vordre à se& gouverneurs de veiller à ce que les villes les plus orientales de l'empire fissent bon accueil aux théores chargés de la requête. Et plusieurs imitèrent Magnésie. Si donc les villes ont leurs assemblées et leurs magistrats, elles n'en obéissent pas moins au souverain ; l'esprit macédonien est resté très vivace chez les Séleucides ; ce n'est pas le milieu oriental qui pouvait le rendre moins autoritaire.
Mais nous ne savons à peu près rien de la vie intérieure de tous ces centres helléniques '. Faut-il espérer mieux de l'exploration de leurs sites ? Il n'y a pas grand'chose à en attendre, vu le caractère fragile des matériaux d'usage courant, l'obstacle manifeste qu'ils opposaient à la gravure et à l'affichage. On a fouillé à Nippour, au centre de l'ancienne Babylonie, et, dans les restes revenus au jour, cru reconnaître le plan d'un palais mycénien, comparable à Tirynthe ". D'autres savants se sont montrés sceptiques "' : ce plan n'a rien de très particulier et conviendrait tout autant à une maison grecque ; les colonnes, faites de briques en segments de cercle, répondent aux vieilles pratiques locales, mais leur galbe, leurs chapiteaux font songer à une époque beaucoup plus basse : vers 250 av. J.-C, a-t-on proposé * ; ce serait donc un édifice hellénistique '\ Quelques-uns le qualifient de babylonien, ou de parthique ^\ encore deux hypothèses nouvelles. Il est difficile de moins
1. Une donnée tardive transparaît dans les actes syriaques de saint Mari, qui dut visiter Sêleucie sur le Tigre vers loO après J.-C. Les habitants avaient conservé une gérousie. des collèges de neoi et d'éphèbes, mais, dans les choses religieuses, leur hellénisme s'était l'ait si accueillant qu'ils pratiquaient le mazdéisme. La ville fut détruite en 165 (Cf. Fr. Cuinont, Revue de llnstniclion publique en Belgique, XXXVl (1893), p. 373-8).
2. W. Clarence S. Fisher, Tlie Mycenaean Palace at Xippur (American Journal of Archaeology, M Séries. VIII (1004), p. 403 432.