I. U. Wileken, r.nindziige, I, p
LA MARCHE GÉNÉRALE DE L HELLÉNISATION EN ÉdYPTE 315
d'ailleurs — sans craindre parfois de restreindre brutalement la puissance et les ressources du sacerdoce — se rendait habilement plus acceptable que la monarchie perse, servante souvent intolérante de la religion mazdéenne. Néanmoins il semble bien que, même dans les masses profondes, persistait le sentiment confus d'une supériorité religieuse sur la race conquérante, révélé par l'attachement aux vieux cultes et une certaine réserve à l'égard des cultes importés. Les dédicaces donnent l'impression qu'il se rencontrait plus de dévots grecs aux dieux égyptiens que d'adorateurs égyptiens pour les divinités grecques.
Si tel est bien, rapidement esquissé, l'état des esprits au début de la conquête, on conçoit que les premiers Ptolémées se soient avant tout montrés grecs et macédoniens. C'est pour les Grecs et les Macédoniens qu'ils gouverneront, ne cherchant guère dans la population indigène qu'une source de richesse et de puissance ; mais, trop habiles politiques pour se l'aliéner maladroitement, ils eurent déjà conscience des concessions nécessaires et les firent d'autant plus volontiers qu'elles pouvaient assurer leur situation même à l'égard de leurs sujets grecs. Qu'on réfléchisse, en effet, qu'il n'y a pas harmonie parfaite dans ce double caractère qui est celui des monarchies hellénistiques à leur origine : à bien des points de vue le Grec s'oppose au Macédonien ; celui-ci, tout imbu d'esprit féodal, est lié à son prince par un loyalisme qui est l'âme de la nation ; l'autre, enivré de liberté civique, depuis longtemps oublieux des patriarcales royautés homériques, n'admet do souveraineté que celle de la loi — qui est trop souvent l'expression par trop changeante des fantaisies populaires — mais qui no s'incarne chez aucun individu, pas même chez le tyran. Ce sont là des tendances qu'il est difficile de concilier avec les principes monarchiques et les Ptolémées voudront être des rois obéis : tout naturellement ils seront amenés à chercher à leur autorité un appui dans les conceptions du droit dynastique indigène et à se souvenir qu'ils étaient des fils de Hâ.
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Cette tendance se marquera surtout avec le règne de Philopator, souverain décrié par Polybe, mais qui est certainement un des plus intéressants de la dynastie. La décadence de l'empire lagide commence alors. Gênée dans son expansion extérieure par sa rivalité avec les royaumes séleucide et macédonien, plus tard par la puissance croissante de Rome, l'Egypte se replie sur elle-même ; renonçant, par force, à l'hégémonie maritime, les Ptolémées se tournent vers leurs sujets indigènes dont ils ne s'étaient d'abord souciés que pour les exploiter et qui se rappellent à leurs maîtres par des révoltes de plus en plus fréquentes. La perte du prestige extérieur doit être compensée par une union plus intime entre le pays et la monarchie étrangère ; il faut songer à faire l'unité sous l'autorité royale, et pour tous, les Ptolémées veulent être des Pharaons. Philopator le premier prend les titres du protocole égyptien jusque dans les textes grecs ' : une politique d'assimilation est inaugurée, qui, certes, est impérieusement dictée par le circonstances ; mais dont Philopator a sans doute eu le mérite de voir la nécessité, à laquelle aussi il semble avoir voulu mêler les idées d'un syncrétisme mystique dominé par la dévotion à Dionysos, avec un zèle maladroit, mais qui n'était pas absolument contraire, dans son esprit, aux tendances générales de ce temps -.
Ainsi distinguera-t-on nettement deux périodes dans l'histoire de l'hellénisation de l'Egypte, comme dans l'histoire de la dynastie. Au iii^ siècle le monde grec se superpose plutôt qu'il ne se mêle au monde indigène. L'hellénisme est encore très pur en Egypte, vivant et créateur. A partir du ii^ siècle, il est plus pénétré d'idées orientales, plus pénétrant aussi à son tour; l'Egypte s'hellénise, et, si l'hellénisme s'abâtardit, d'une manière surtout sensible dans le domaine des créations esthétiques, il s'enrichit de
1. U. Wilcken. Avchiv filr Papyrus forschung. I, p. 480 et suivantes.
"1. Voir l'aul l'ordrizet, Le fragment de Safyros sur les dèmes d'Alexandrie, dans Revue des Etudes anciennes, XII (1910), 217-248 l'hilopalur est un souverain à rtuiiior. l'erdrizel. dans cet article riche (rérudition et de pénétration liislorique. a ouvert une voie (|ui vaut d'êlre suivie.