‹ L'Hellénisation du monde antiqueChapitre 140 sur 157 · U. Wilcken, Archiv fur Papyrus forschung. V, p · texte numérisé non relu

U. Wilcken, Archiv fur Papyrus forschung. V, p

3. J. Lesquier Les Institutions militaires de l'Eqypte sous les Lagides (Paris, 1911). — Le recrutement des mercenaires a amené même des éléments celto-germains en Egypte, éléments dont on retrouve peut-être la trace au Fayoumau ii" siècle de notre ère. Cl'. A. Reinach, Rev. des études anciennes, 1911 ; Revue arc/iéol., 19J4, n. 2.

LES PROCÉUliS DE L HELLÉNISAI'ION EN EGYPTE 321

au début une séparation très nette entre l'élément grec et l'élément égyptien. L'armée lagide se compose, en eiïet, de mercenaires, de réguliers et d'indigènes : des premiers, presque tous grecs, nous n'avons ici que peu à dire ; s'ils ont joué un rôle important à Alexandrie, engagés généralement pour la durée d'une campagne, ils n'ont eu que peu de contact avec le pays égyptien ; c'est tout à fait par exception qu'on en trouve établis dans l'Arsinoïte. Toute autre est l'importance des réguliers : on a désigné ainsi cette partie de l'armée ptolémaïque qui répond aux armées nationales de la Macédoine et de la Grèce : en Macédoine c'est l'ensemble des sujets groupés autour de vassaux qui doivent au roi le service militaire ; dans les villes grecques, pour servir il faut être citoyen et l'armée des cités n'est rien que la cité en armes: mais, que ce soit le devoir civique ou le loyalisme monarchique qui les inspire, ces armées méritent d'être appelées des armées nationales. Or, les Ptolémées ont voulu se créer une armée nationale et ils n'y ont admis que des classes choisies de leurs sujets : ce sont d'abord les citoyens des poleis grecques qui, n'ayant pas de troupes à elles, peuvent fournir un bon nombre de soldats aux armées du Roi. Cependant, même si le service militaire y était obligatoire — ce que l'on ignore — , les trois cités d'Egypte n'auraient pas suffi au recrutement : on ouvrit donc les rangs de l'armée à d'autres éléments ; mais on a tenu à lui conserver son caractère macédonien et grec ; « les Grecs en service », tel est le terme général dont les textes usent pour signifier cette armée régulière ; les seuls non- Grecs qui y soient entrés sont les étrangers dont la politique d'Alexandre avait fait déjà des privilégiés, les Perses et les Juifs ; quant aux Egyptiens, ils en sont décidément exclus ; ils ne servent que dans des corps moins considérés où ils se mêlent peu aux Hellènes, c'est-à-dire dans la marine et dans les troupes de la police, et encore, à l'exception des équipages de la flotte, il semble que les troupes de marine et que les diverses gendarmeries n'acceptent que les indigènes apparteuaut à l'anliquc classe des Guerriers, les machimoi.

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Mais, avec le temps, on va voir les barrières s'abaisser et s'atténuer les contrastes. D'abord, au sein même de l'armée régulière, on assistera à un double changement dont l'effet sera de mélanger les diverses races helléniques et d'attacher plus fortement cette armée au sol. Enfin, on laissera de plus en plus l'élément indigène pénétrer dans ses rangs.

Jamais, semble-t-il, au moins à partir du moment où pour nous la lumière se fait sur l'armée ptolémaïque, les Grecs de l'armée régulière n'ont été groupés dans les corps de troupes par nations. Les textes font bien connaître des corps de cavalerie désignés par des ethniques : hipparchies des Thraces, des Mysiens, des Thessaliens, etc. ; mais, comme nos termes de houzards ou de zouaves, ce sont vraisemblablement des pseudo-ethniques, déterminés par l'armement, non par la nationalité des soldats. Au second siècle, il semble que ces désignations aient disparu, et, dès le iii^, dans tous les corps, on trouve des hommes de nationalités diverses : un Athénien peut servir à côté d'un Alexandrin, d'un Aeniane, d'un Thrace ; toutefois, à cette date, l'ethnique donné à chaque militaire est bien un ethnique sincère ; il n'en est plus de même au second siècle ; en passant de la police dans la cavalerie régulière, le Macédonien Asklépiadès devient Cretois ' ; vers 145, Théotimos, Perse, se transforme en Mysien " ; d'Asklépiadès nous apprenons qu'il est un des cinq cents assignés, par ordonnance royale, au politeuma des Cretois. Ce sont là des faits certains : en conclura-t-on qu'en dehors des citoyens des cités grecques, les membres des politeumata étaient seuls qualifiés pour servir ? C'est une hypothèse intéressante, mais ici les faits nous suffisent pour clairement démontrer que, dans l'armée régulière, on tient moins compte des nationalités particulières que de la qualité de Grec.

Et ces Grecs sont de plus en plus des Grecs nés aux bords du Nil. L'intense mouvement d'immigration de la fin du IV® siècle et du m® siècle s'est nécessairement ralenti ; les

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