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LA RÉSISTANCE DES JUIFS A I, HELLÉNISATIUN

Ainsi la religion juive était à la fois la plus vivante, la plus insociable et la plus intolérante des religions avec lesquelles l'hellénisme fût entré en contact. Mais pouvait-on parler de contact, alors que la loi mosaïque ne dressait pas seulement une haie autour de la foi juive, mais une barrière entre la vie juive et la vie grecque ? Il n'y avait pour ainsi dire pas un trait de la civilisation hellénique, depuis l'audace des philosophes jusqu'à la nudité des athlètes, depuis les mets profanes dont se nourrissait le Grec jusqu'aux statues et aux peintures dont il faisait ses délices, qui ne dût être pour le juif pieux un objet de répulsion et d'horreur. Et pourtant, tel était le charme prenant de cette civilisation, que les colonies juives établies dans les villes fondées par les Séleucides désapprirent l'araméen pour le grec, qu'à Jérusalem même, au début du ii^ siècle, il se forma un parti d'hellénistes dont les progrès furent si rapides qu'il parut bientôt devoir tout emporter. Déjà les Juifs adoptaient en foule des noms helléniques, un gymnase ouvrait ses portiques aux éphèbes Israélites au pied de la citadelle, une ambassade juive portait des présents aux jeux quinquennaux de l'Héraklès tyrien, Jérusalem ellemême échangeait son nom contre celui d'Antioche ! Et ces innovations n'étaient pas le fait d'une poignée de révolutionnaires ou d'incrédules. Elles émanaient du grand-prêtre en personne, chef à la fois de l'Etat et de l'Eglise, qui proclamait ainsi la possibihté, la légitimité de concilier le culte juif avec la culture hellénique. Il semblait qu'il n'y eût qu'à laisser agir le temps, à laisser grandir les générations nouvelles pour que la transformation devînt complète, que l'hellénisme s'annexât définitivement ce nouveau domaine, et que le judaïsme légalitaire ne fût plus que l'apanage d'un insignifiant résidu d'irréductibles qui ne compteraient pas plus aujourd'hui dans le monde que les Samaritairts de Naplouse ou les Guèbres de Bombay.

L'impatience d'Antiochos Epiphanc (175-164) fit tout échouer. Ce curieux génial, mais mal équilibré, qui, dans sa manie centralisatrice et son dilcltanlismc univcrsi'l, rap-

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pelle à la fois Joseph II et Guillaume II, sentait confusément cette vérité que la dynastie séleucide, expulsée de l'Asie Mineure, avait le devoir, comme le besoin, de s'appuyer de plus en plus sur l'hellénisme, d'en faire le pivot de sa puissance et le centre de ralliement de ses peuples bariolés. De là, ■ un philhellénisme enthousiaste, agissant, qui se traduisit notamment, à l'intérieur, par une recrudescence de la colonisation gréco-macédonienne, par l'agrandissement et l'embellissement d'Antioche, au dehors, par des libéralités fastueuses aux sanctuaires helléniques, par des constructions magnifiques, comme celle de l'Olympieion d'Athènes. Il semble bien que le plan politique d'Antiochus comportait un véritable essai de réforme religieuse, destinée à favoriser l'unification morale de son empire. Dans sa prédilection manifeste pour le culte de Zeus Olympien, on entrevoit vaguement le dessein d'élever cette grande figure si haut au-dessus de la foule des dieux locaux, de réduire ceux-ci à un rôle tellement subalterne, que finalement se concentreraient sur Zeus seul l'élan de la foi et l'hommage des multitudes. Un culte commun, adopté par tous, deviendrait à la fois le symbole et le ciment de l'unité.

Le judaïsme avait sa place marquée dans cette tentative originale de syncrétisme. Et, certainement, il n'était pas plus déraisonnable d'espérer amener un jour les Juifs à reconnaître l'identité fondamentale de Zeus et de Yahveh et à les confondre dans une même adoration, qu'il ne l'avait été de faire admettre aux Syriens l'identité de Zeus et de Baal, aux Iraniens celle de Zeus et d'Ormuzd. Seulement, là où il fallait un siècle de patients efforts, du tact, des ménagements infinis, un sens délicat des hommes et des choses, le Séleucide crut pouvoir brusquer l'évolution et même employer la violence. Certes d'autres motifs, des raisons toutes contingentes, influèrent sur sa conduite : la pénurie de ses finances qui lui faisait convoiter le trésor du Temple, la lutte des factions juives dont l'une semblait loucher vers l'Egypte. C'est l'explication, non l'excuse, d'une politique brutale et malavisée, que suivit un juste

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