‹ L'Hellénisation du monde antiqueChapitre 152 sur 157 · I.A RKSISTANCF. DRS JUIFS A L HELLÉNISATION · texte numérisé non relu

I.A RKSISTANCF. DRS JUIFS A L HELLÉNISATION

châtiment. Non seulement l'entreprise d'imposer par la force au peuple juif l'abandon de son culte et de ses rites traditionnels (167) échoua misérablement, après peu d'années, devant l'héroïque résistance soulevée dans l'élite morale de la nation, mais elle servit à donner à la foi juive, à la nationalité juive un prodigieux coup de fouet, un regain de jeunesse et de vigueur militaire, qui devint, en dernière analyse, une des causes déterminantes de la dissolution de la monarchie séleucide. Car, après le rétablissement de la liberté de leur culte (162), les Juifs, mis en goût, ne se tinrent pas pour satisfaits qu'ils n'eussent conquis de haute lutte leur indépendance politique : ils finirent par y réussir, avec l'aide intéressée de Rome, grâce aux dissensions intestines et aux embarras extérieurs de la dynastie syrienne. Ils furent ainsi, remarque Trogue Pompée, les premiers de tous les Orientaux à devenir libres, facile tune Romanis de alieno largientibus. Leur exemple fut vite contagieux : avant la fin du ii^ siècle, Tyr, Sidon, Ascalon, plusieurs villes de la Syrie du Nord transforment à leur tour leur autonomie limitée en autonomie complète ; les dynastes du Liban, de l'Amanus, du désert en font autant ; partout des condottieri courent le pays, des châteaux forts sortent de terre : c'est l'anarchie, prélude de la barbarie, et ce sont les « brigands juifs » qui en ont donné le signal. L'annexion romaine se présenta enfin comme le seul remède contre la décomposition définitive ou la conquête parthe et arabe. Voilà où la politique centralisatrice et persécutrice d'Antiochos Epiphane avait conduit son empire.

Elle eut encore une autre conséquence, plus lointaine et plus profonde.

Sauvé par l'intervention romaine, l'hellénisme syrien prolongea pendant sept siècles une existence qui ne fut ni sans fécondité ni sans gloire, et qui, même en expirant, fournit à rislainisriic ses premiers gorm(\s do culture intel-

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lectuelle. Mais cet hellénisme de seconde cuvée n'est plus qu'un des éléments de la vie morale des populations syriennes. De plus en plus, il doit compter avec la renaissance des dialectes indigènes, à qui le christianisme rendra même une littérature, avec la séduction un peu faisandée des vieilles religions locales, dont plusieurs feront le tour du monde dans le bagage des légions romaines. Entre toutes ces religions, c'est le judaïsme qui sortit le plus fort de l'épreuve subie. Si la puissance politique des Hasmonéens fut éphémère, l'élan qu'elle avait communiqué à la propagande juive fut durable. En moins d'un siècle, le judaïsme tripla en Syrie le nombre de ses fidèles, couvrit tous les bords de la Méditerranée orientale de ses communautés fortement organisées. Le petit peuple, les femmes surtout s'engouèrent pour lui ; malgré son austérité, il parlait aux imaginations comme aux cœurs. En face de l'hellénisme, qui restait, pour l'élite, l'école du savoir, de la politesse et de la beauté, mais qui, du fait d'une religion demeurée inférieure et puérile, signifiait, pour les multitudes, matérialisme dégradant, scepticisme frivole, néant moral, le judaïsme représentait une discipline de vie sans variété et sans grâce, enserrée dans l'étroit corset d'une loi tyrannique, mais saine et forte, soutenue par un livre prestigieux, par une croyance simple et pure, par la conviction de sa mission qui est de proclamer et de faire triompher, non pour une aristocratie de fortune et d'éducation, mais pour tout le monde, pour ceux qui peinent et qui travaillent, la foi réconfortante dans un Dieu unique de Justice et de Bonté. Du confluent de ces deux sources de vie — et dont nous vivons encore — naquit le fleuve chrétien. Renan a défini quelque part le christianisme « la conquête du monde par le génie hébreu en langue grecque ». Or, si judaïsme et hellénisme s'étaient déjà rencontrés à Alexandrie, leur choc, leur conflit et finalement leur mariage fécond devaient se produire en Syrie, où Sémites et Hellènes se tenaient à peu près la balance. C'est là vraiment que l'idéal grec a trouvé, dans l'idéal hébreu, sa limitation et son

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