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I.A KKSISTANCE DES JUIFS A L HELLÉNISATION

complément ; c'est dans l'ancienne capitale des Séleucides, agrandie par Antiochos Epiphane, c'est à Antioche, où Juifs et Grecs vivaient paisiblement côte à côte pendant des siècles, que le nom de chrétiens fut prononcé pour la première fois.

Ainsi, sans ce fou couronné, le levain juif n'aurait jamais fait gonfler la pâte hellénique. Sans Antiochos Epiphane, il n'y aurait pas eu d'Evangile.

Théodore Reinach,

MEMBRE DE l/iNSTITUT

L HELLÉNISME EN OCCIDENT ET LES ROMAINS. LA CULTURE LATINE EN FACE DE LA CULTURE HELLÉNIQUE.

Dans l'histoire de rhellénisation du monde antique, il n'est guère de chapitre plus rebattu que celui des rapports de la Grèce avec Rome. De bonne heure, nous avons tous entendu citer le mot d'Horace : « la Grèce, conquise par les Romains, a fait la conquête de son farouche vainqueur » ; plus tard, sous une forme plus savante, on nous a dit que, si deux peuples de culture inégale se trouvent en présence, c'est une loi générale que le moins avancé subisse assez vite l'influence de l'autre ; et d'ailleurs, par nous-mêmes, héritiers de la civilisation romaine, nous avons pu maintes fois constater ce que Rome a dû, et, après elle, ce que nous devons à la Grèce. Pourtant la question est trop importante pour pouvoir être ici laissée de côté; et, sans prétendre y apporter beaucoup de faits nouveaux, nous essaierons du moins d'en résumer et d'en bien préciser les données essentielles '.

Pour cela nous rappellerons d'abord à partir de quelle date et de quelle manière rhcllénisme a commencé à pénétrer à Rome. Puis nous rechercherons si l'accueil qu'il y a ren-

1. l'our la biljUu^'rapliii; <lu sujet, je im^ huiiu' à renvoyer à mon li\rc lioine pI la (iréce r/e iOO /' 140 (Paris, Koritotnoing. 1905), dont je reprends siinijleiiienl ii-i les idées iiiaîtrosses. — Dans le limsidn d(! 1907 (.hilireshericht iïher rjriecki.iclie (iescldchte l'JOlJ-lOOO, par Lcnsciiau). on li'ouvera. avec une analyse critiqne de ces id('-es, l'indicalion d'autres ouvrages louchant au ;nème sujet. — Cf. aussi A. Besançon, J^es adversaires de l'hellénisme à Rome pendanl la période repiihliraine (Lausanne, Payot, i'.tlO).

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contré n'a pas varié avec les moments et les circonstances : et là, pour nous donner le plus de chances possible de bien distinguer les phases de son développement et de saisir les causes de ses fluctuations, nous prendrons soin de rattacher toujours nos observations aux faits généraux de l'histoire. Enfin, et ce sera notre conclusion naturelle, nous nous demanderons quelle place, an somme, il est parvenu à se faire en face de la culture latine.

I. — LES PREMIERS RAPPORTS ENTRE GRECS ET ROMAINS ET LA PÉRIODE D'ENTHOUSIASME PHIL'HELLÉNIQUE : DE 272 A 190.

Je passe très vite sur toute la période antérieure à la guerre de Pyrrhus, c'est-à-dire à la conquête par Rome de l'Italie méridionale (la prise de Tarente est de 272). Jusque-là les rapports entre Grecs et Romains ont été peu suivis et peu importants. Au point de vue politique, ils sont négligeables. Dans cette période, ce sont les Etats de la Grèce qui auraient pu avoir des visées sur l'Italie; ils ne semblent pas s'en être beaucoup souciés. A Athènes, au temps de l'expédition de Sicile, quelques esprits aventureux avaient de vastes projets du côté de l'Occident ; le désastre de 413 y a coupé court. Alexandre sans doute aurait été capable de les reprendre, et on lui en a attribué l'intention ; mais il est mort trop tôt à Babylone. Un peu plus tard, des villes ou des peuples commerçants ont songé peut-être à se créer des débouchés dans la Méditerranée occidentale : on nous parle d'un traité de commerce conclu par les Rhodiens avec Rome dès 306, d'avances faites par le roi de Macédoine Démétrios Poliorcète, en 290, quand il renvoya sans rançon des pirates d'Antium capturés dans les eaux helléniques, et encore d'une ambassade adressée par Ptolémée 1 1 Philadelphe au Sénat, en 273. pour le féliciter de son heureuse résistance à Pyrrhus, et pour lui demander son alliance. Mais tout cela reste sans conséquences'.

\. Voir plus haut p. 252. On trouve des comninrcanls romains à Délos dès lu début du 11^ s., cl', liatzfeld, Bail, de corr. Iiel.. 1912, p. l(i.

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A la date de 272, l'influence de l'hellénisme sur les Romains se marque seulement dans certains détails de leurs institutions. La Sicile et la Grande Grèce étaient peuplées de colonies grecques : Rome peu à peu leur a fait quelques emprunts. Ainsi son calendrier, son système des poids, des mesures et des monnaies, l'organisation de ses grandes fêtes offrent avec les usages correspondants des Grecs des points de contact qui ne doivent pas être purement fortuits ; l'introduction des livres sibyllins remonte jusqu'au temps des Tarquins, et, après eux, le panthéon romain ne cesse de se rapprocher toujours davantage de celui des Grecs ; nous admettrons encore que les rédacteurs des XII tables ont connu plus ou moins les législations grecques, sinon celle de Solon à Athènes, du moins celles de Charondas à Catane, ou de Zaleukos à Locres ; dans un autre ordre d'idées, l'alphabet latin dérive des alphabets doriens de l'Italie méridionale ; assez vite, des mots grecs s'introduisent à Rome ; et, dès la fin du iv^ siècle, on commence même à rencontrer, dans les grandes familles, des surnoms d'origine grecque (Philippus, Philo, Scipio, Sophus). Ces exemples sont intéressants parce qu'ils nous permettent de comprendre comment, un peu plus tard, l'hellénisme va se développer à Rome d'une façon si merveilleuse. Mais, pour l'instant, il n'y a guère que des germes latents ; et il n'en résulte certainement chez les Romains aucune sympathie spéciale pour la race grecque.

On le voit assez, si on suit leur politique extérieure de 272 à la fin du iii^ siècle. Dès 265, ils trouvent une occasion — peu honorable — de se rendre maîtres du détroit qui les sépare de la Sicile ; ils la saisissent. L'occupation de Messine entraine la première guerre punique, et Rome ne la termine qu'en 241, lorsqu'elle a définitivement expulsé les Carthaginois de toute l'île ; elle se l'annexe alors, sauf le petit royaume de Hiéron de Syracuse.

La conquête de l'Italie ,une fois complétée par celle de la Sicile, Rome ne tarde pas à porter ses regards vers la côte orientale de l'Adriatique. Elle avait fondé la colonie do

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Brindes en 244 ; dès 229, pour garantir ses marchands contre les pirateries des Illy riens, elle intervient dans ce pays avec des forces très considérables ; et, dix ans après, une seconde expédition lui permet de détruire les dernières résistances et d'installer dans les îles Ioniennes des agents à po -te fixe qui surveilleront ses intérêts : la voilà assurée d'une base d'opérations en face de la Grèce et de la Macédoine.

C'est l'année où éclate la seconde guerre punique (218). Les Grecs s'y trouvent mêlés en deux circonstances. A l'ouest, Syracuse, après la mort de Hiéron, se retourne contre Rome; elle est prise par Marcellus en 212, et traitée sans nulle douceur : l'ancien royaume de Hiéron est incorporé au domaine public, toute la Sicile est désarmée, et plus de 4.000 de ses citoyens sont déportés. A l'est, après Cannes, en 216, des négociations s'engagent entre Philippe et Hannibal. Rome a un intérêt évident à retenir chez lui le roi de Macédoine ; mais, d'autre part, elle ne peut guère distraire ses légions de la défense de l'Italie. Alors, pour servir sa politique, elle utilise les divisions des Grecs : la Guerre Sociale, qui avait causé tant de ruines parmi eux, vient à peine de se terminer, en 217, par la paix de Naupacte ; elle n'hésite pas à la rallumer ; de 211 à 205, la Grèce entière est en feu, et non seulement toute la Grèce d'Europe ; mais on voit même se mêler à la lutte, en Asie, la Bithynie du côté de Philippe, et Pergame du côté de Rome.

Il faut arriver à la seconde guerre de Macédoine pour trouver^ chez le Sénat romain, des ménagements à l'égard des Grecs. Aussitôt après Zama (202), il se résout à frapper un grand coup contre Philippe V, l'ancien allié éventuel d' Hannibal, parce qu'il lui sent une certaine activité, et qu'ayant lui-même des visées sur l'Orient, il ne veut pas lui laisser le temps d'englober sous son hégémonie, comme il en manifeste l'intention, la Grèce, les îles de l'Archipel, et l'Asie Mineure. En 200, profitant d'une mauvaise querelle survenue entre Philippe et les Athéniens, il déclare bien haut qu'Athènes étant son alliée, il a le devoir de la défendre, et il se pose du même coup en champion de la

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liberté de la Grèce entière contre l'ambition de la Macédoine. Au bout de trois ans, la lutte aboutit à la victoire de Flamininus à Cynoscéphales (197). A ce moment, les légions sont maîtresses de la Grèce qu'elles viennent d'arracher à Philippe. Ce n'est pas, je crois, faire tort au Sénat que de lui attribuer la tentation bien forte d'en garder pour lui quelque chose ; ses promesses antérieures ne le gênaient guère quand il avait intérêt à les violer : et, en fait, il commence par faire occuper les trois places fortes que Philippe appelait les entraves de la Grèce, Démétrias, Chalcis et Corinthe. Néanmoins, aux jeux isthmiques de 196, Flamininus proclame solennellement que le Sénat « rend leur liberté, leurs immunités diverses et leurs lois à tous les Grecs » ; et, après deux nouvelles années d'hésitations et de tergiversations, il reçoit enfin l'autorisation d'évacuer le pays : dans l'été de 194, il se retire en efîet sans laisser en Grèce ni un vaisseau, ni un soldat.

La décision prise par Rome en. cette circonstance a vraiment de quoi nous étonner. Sans doute elle a grand soin de séparer la Macédoine de la Grèce proprement dite : la première est traitée sans plus de ménagements que Carthage, et il est inutile d'insister sur ce qu'une telle distinction a de suspect à l'époque où nous sommes. Nous admettrons encore que la vanité personnelle de Flamininus (et il en avait beaucoup) trouvait son compte à inaugurer, en une circonstance aussi grave, une politique toute nouvelle. Enfin, parmi les sénateurs qui s'engageaient avec lui dans cette voie, plus d'un aussi pouvait bien avoir cette arrièrepensée que la liberté tant réclamée par les Grecs avait chance d'entretenir parmi eux les factions, les haines et la faiblesse. Cependant, songeons aux résistances que Flamininus a dû vaincre soit chez les partisans des vieilles traditions, effrayés de s'en remettre sans garanties à la reconnaissance d'un peuple étranger, soit chez les financiers, toujours avides de provinces à exploiter; songeons surtout, qu'en 194, on ne pouvait guère douter des intentions hostiles (hi roi de Syrie, Antiochos III, cl df son (icssciu d'en-

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vahir la Grèce à bref délai. Pour expliquer que Home, malgré tout, se soit décidée à l'évacuer, il est difficile de ne pas supposer qu'il se trouvait chez elle, à cette date, une majorité au moins de citoyens remplis à l'égard de la Grèce d'une bienveillance inconnue jusque-là.

En effet, dans la seconde moitié du iii^ siècle, l'hellénisme a fait à Rome des progrès tout à fait merveilleux. A cet égard, le triomphe de L. Papirius Cursor, après l'occupation de Tarente, en 272, constitue un événement important, et Florus a raison d'y insister (I, 18) : «Auparavant, dit-il, on n'avait vu défiler que le bétail des Volsques, les troupeaux des Sabins, les chariots des Gaulois, les armes brisées des Samnites ; cette fois, comme captifs on remarquait des Molosses, des Thessaliens, des Macédoniens, des hommes du Bruttium, de l'Apulie, de la Lucanie, et, comme décoration de cette pompe, l'or, la pourpre, des statues, des tableaux, en un mot les délices de Tarente. » Evidemment, il y avait là une nouveauté bien digne de remarque, et dont les conséquences allaient être considérables.

D'abord, voilà les œuvres d'art importées en masse en Italie. Jadis, elles n'étaient guère connues que d'un nombre très restreint de Romains qui avaient pu les contempler dans leur pays d'origine. Maintenant on en fait, à chaque triomphe, délîler pendant des journées entières, et on en garnit ensuite les temples et même les maisons particulières. Bien des gens durent arriver assez vite à en sentir au moins confusément la beauté.

Ensuite, suivant la remarque de Florus, les triomphes introduisent aussi à Rome une foule d'esclaves grecs. Or ceux-ci ne vont pas tarder à s'y faire chez leurs maîtres une place importante. Prenons un exemple. Parmi les esclaves ramenés de Tarente en 272 se trouvait un certain Andronikos, qui tomba dans la maison d'un Livius. Un beau jour, il reçut la liberté, parce qu'il avait fait preuve d'excellentes qualités d'esprit en instruisant les enfants de son patron. L'événement dut se passer avant 240, puisque, cette année-là, Livius Andronicus (c'était désormais son

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