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d'ailleurs, par les Lydiens, sur les grandes voies du commerce anatolien, précédés par endroits ou guidés par les navigateurs cariens, les Ioniens ont, dès le viii^ siècle, jeté leurs factoreries aux rives du Pont : Abydos et Lampsaque pour tenir les Dardanelles, Périnthe et Gyzique d'où ils dominent la Propontide, Sinope, vieille ville hétéenne, au milieu de la côte méridionale du Pont, au débouché de la grande route de commerce qui, parl'Halys et l'Euphrate, menait à Ninive et à Babylone.
Sinope, à son tour, a essaimé dans le Pont, notamment à Trapézonte, débouché de l'Arménie et, un siècle après la date supposée de sa fondation, 780, elle avait permis aux Ioniens de s'établir sur tout le pourtour de la mer Noire, d'Odessos et d'Istros aux bouches du Danube à Phasis et à D Bioscurias dans laColchide caucasienne, et de la pointe de la Crimée (Chersonésos) au fond de la mer d'Azof (Tanaïs) par Panticapée et Phanagorie qui en gardent l'entrée : des ports grecs, la culture hellénique rayonnait en Scythie, et un Scythe, Anacharsis, était mis par les Ioniens au rang de leurs sages, les Thaïes et les Solon. Apollon, le grand dieu de la raison ionienne, n'était-il pas aussi venu du Nord-Ouest, avec les Vierges Hyperboréennes, par les étapes de la voie de l'ambre ?
Si, par ce réseau de colonies, la Propontide a pu devenir, presque au même titre que la mer Egée, une mer hellénique et si le Pont a été comme une succursale de cette mer, cette •expansion ionienne vers le nord-est s'est trouvée activée dans la mesure même où son expansion vers le sud-est était gênée par la concurrence phénicienne. Les quelques colonies, jetées déjà par les EoHens et fortifiées par les Doriens. en Pamphylie et en Gilicie, demeurèrent isolées et sans force : l'hellénisme ne se maintint florissant qu'en Chypre, encore au prix d'un partage de l'ile avec les Phéniciens. En Egypte, les premières factoreries deltaïques du viii^ siècle, surveillées avec la même jalousie que le furent au xvii^ siècle les trafiquants européens à Nagasaki ou à Canton, furent bientôt ruinées par la jalousie des Phéniciens appuyés
LK PREMIER ESSOR COLONIAL Gl
par les rois d'Assyrie, qui battaient les Ioniens en Cilicie vers 700 et soumettaient l'Egypte en 675. Ce n'est que lorsque la dynastie libératrice des Psammétique eut besoin de l'appui des mercenaires ioniens et cariens que les Ioniens purent reprendre pied dans le Delta, où ils fondèrent, vers 560, Naukratis qui rouvrit au commerce grec la vallée du Nil ; en même temps les Doriens s'établissaient à Cyrène.
Avec Cyrène, nous touchons à l'expansion grecque vers l'Occident. On a vu pourquoi elle n'a pas eu des débuts aussi rapides et aussi brillants que l'expansion en Orient. Loin d'être attirés par l'éclat et le commerce des grands royaumes qui se partageaient l'Asie, loin de voir un réseau d'îles faciliter de toutes façons la navigation, les Grecs rencontraient, à l'ouest, une large étendue d'eau à traverser, ime mer souvent orageuse, des courants contraires, des populations barbares et inhospitalières. Sous la pression des Doriens, il y a peut-être eu, dès le xii^ siècle, passage en Italie de quelques bandes achéennes, peu après l'époque où les Tyrsènes ou Etrusques, débarquant sur les côtes de la future Etrurie, ont donné à la mer qui les baigne le nom de mer Tyrrhénienne. De cette première colonisation, nous devons seulement retenir ici la fondation de Cumes par des Eubéens de Kymé et des Graioi de Tanagra : car c'est sans doute à ce fait que les Hellènes durent d'être connus aux Italiotes sous le nom de Graii ou Graei, Grecs, et c'est à ces Grecs de Cumes que parait due l'introduction de l'alphabet qui, diversement modifié par les Etrusques, les Osques, les Ombriens, les Latins enfin, est devenu notre alphabet moderne. Si ce premier emprunt de l'Italie à la Grèce est le plus important, il est loin d'être le seul. L'affinité entre Grecs et Italiotes les a facilités. Dès le vii<^ siècle. Etrusques et Latins sont pénétrés par tous les produits de la culture grecque, depuis leurs dieux jusqu'à leurs vases peints.
« Cette action considérable exercée sur l'Italie par les tribus grecques dans la période préhistorique, au temps où la Crète dominait les mers, se fit sentir principalement sur la côte orientale que Pline appelle avec raison le « fron-
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ton de l'Italie », parce que, comme la côte orientale de la' Grèce d'Europe, elle a été la première à recevoir l'excitation féconde apportée par les colons d'outre-mer et qu'elle l'a plus vivement ressentie.
Cependant, le côté d'occident ne resta point en dehors de cette influence. Comme la mer de l'est ou mer Ionienne, celle de l'ouest ou mer Tyrrhénienne doit son nom à des tribus grecques de l'Asie Mineure, à ces Tyrrliènes ioniens qui ont découvert le détroit de Sicile, qui ont apporté de la Lydie, leur pays, sur la côte occidentale de l'Italie, les premiers germes de civilisation entendue à la manière grecque, et s'y sont établis eux-mêmes en groupes nombreux \
Les relations ouvertes par les marins de l'Asie furent continuées, et avec une ardeur des plus actives, par les insulaires de la Grèce occidentale, c'est-à-dire par les peuplades lélèges des Céphalléniens, Taphiens et Téléboëns. D'abord, les indigènes établis aux alentours des mines du golfe Thermaïque commencèrent par transporter sur la plage orientale le cuivre, métal très recherché aux temps héroïques ; puis, les matelots contournèrent la pointe la plus méridionale de la péninsule, la partie qui, pour les Grecs, était l'Italie proprement dite, et allèrent chercher le cuivre jusqu'à Témèsa, pour l'échanger contre du fer et de l'acier. C'est ainsi que le roi des Taphiens, Mentes, fait le commerce entre la Grèce et l'Italie ; ses vaisseaux vont et viennent en toute sécurité d'un bout à l'autre du détroit, et des captifs grecs sont vendus à haut prix aux Sicules. Ainsi donc, la plus ancienne indication qui nous renseigne sur ce qui se passait dans cette mer, celle que nous ont conservée les chants relatifs à Ulysse et à Télémaque, nous montre les deux rivages en relation, et en relation déjà intime. »
Pour que la colonisation grecque pût s'étendre à travers l'Adriatique, il fallait qu'elle eût pris pied d'abord sur sa
-1. l'our iiieUre ces paroles de Curtius, op. cit.. p. 542, en harmonie avec l'ilal actuel de la science, il suffirait de remplacer grecques par apparentées aux Grecques et ioniens par ionisés.