I. Curtius. op. cit., I. j
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guerres sanglantes qui dévastèrent la Grande Grèce — Siris ruinée par Sybaris, puis Sybaris par Crotone, puis Crotone par Locres — et qui, comme on le verra en Sicile, n'assurèrent la suprématie de Syracuse qu'aux dépens de la prospérité ou même de l'existence de dix colonies rivales.
Malgré ces déplorables rivalités et les ruines qu'elles ont accumulées, la colonisation grecque n'en reste pas moins un des plus grands mouvements civilisateurs dont la Méditerranée ait été le théâtre. Et, loin d'affaiblir la mère-patrie, cette prodigieu e expansion de ses enfants a rendu service à l'hellénisme. C'est que, comme l'a dit encore excellemment Gurtius \ (f les Grecs unissaient, à un degré qu'on ne rencontre chez aucun autre peuple, un désir insatiable de pénétrer dans les régions lointaines avec le patriotisme le plus fidèle. Ils emportaient partout leur patrie avec eux. Le feu allumé au foyer de la cité, les images des dieux de leur race, les prêtres et les devins issus des anciennes familles, accompagnaient les citoyens en route pour l'étranger. Les divinités protectrices de la métropole étaient invitées à prendre part au nouvel établissement, où l'on aimait à tout reproduire, citadelle, temples, places et rues sur le modèle de la ville natale. D'après les idées des Grecs, ce qui constituait la cité, ce n'était pas le sol et les constructions qu'il portait, mais les citoyens. Par conséquent, là où habitaient les Milésiens, il y avait une Milet. C'est pour cela qu'on transportait volontiers à la colonie le nom de la métropole, ou le nom de quelque bourgade appartenant au territoire de la métropole qui avait fourni un contingent notable de colons.
« Toutes les tribus de la nation grecque ont pris part à la grande œuvre de la colonisation : mais ce sont surtout les Ioniens, vrais nomades et coureurs d'aventures, qui, des deux centres de leurs expéditions, Chalcis et Milet, ont pratiqué la colonisation en grand. Le talent naturel qu'ils avaient de se tirer partout d'affaire et de se trouver partout chez eux, ils en ont fait un art où ils étaient passés maîtres