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HKRAKLÈS, LES ARGONAUTES, ULYSSE

V. — HÉRAKLES, LES ARGONAUTES, ULYSSE L'ÉPOPÉE DE L'EXPANSION MARITIME DES HELLÈNES

Nous venons de parcourir les étapes de la formation de riiellénisme et de sa première extension maritime et d'en indiquer les caractères essentiels. Une pareille expansion niarquait une effervescence trop puissante pour ne pas soulever un écho poétique dans l'âme populaire.

Gomme la phase précédente — la phase de la conquête achéenne de la Grèce et de la côte d'Asie — s'est immortalisée pour nous dans V Iliade, que complétaient les chants se rapportant à cette autre épopée nationale, le siège de Thèbes — de même, la phase des premières découvertes maritimes et de la première expansion coloniale avait fait naître, dans la merveilleuse fermentation de l'époque ionienne, toute une floraison épique. Elle avait fini par se grouper autour de deux personnages, Jason, moitié « roi de la mer » à la façon normande, moitié « conquistador », héros achéen entre tous, aussi hardi en amour qu'au combat, parti d'Iolkos pour conquérir la Toison d'or en l'Eldorado de Golchide, — Ulysse, le héros caractéristique des Ioniens, prudent et subtil, inépuisable en beaux discours comme en mensonges habiles, sans colère ni passion, tout calcul et toute raison, plus homme de mer qu'homme de guerre, moins chef de soldats que syndic d'armateurs hardis : c'est parmi nos corsaires de Saint-Malo ou de Dieppe qu'on trouverait le plus exact pendant du « subtil Odysseus ».

Or, Ulysse est resté le héros national de la Grèce, tandis que les Jason, les Achille, les Hector, tous les « preux chevaHers » n'y sont plus que des noms : rien ne permet mieux de se rendre compte de combien, dans l'hellénisme, l'esprit subtil des Ioniens l'a emporté sur la vaillance chevaleresque des Achéens. C'est comme si, au moyen âge, l'esprit de la Chanson de Roland et du Tristan s'était éclipsé devant celui du Roman du Renard.

La transformation subie par le p(M'sonnag(> d'IIéi'aklès

78 L HELLÉNISATION DU MONDR ANTIQUE

n'est pas un fait moins suggestif. C'était d'abord le héros dorien, lourd et brutal, mais droit et loyal ; il n'avait confiance que dans sa force et ne croyait rien d'impossible à son courage ; sans doute il laissait tomber parfois sa massue pour le seul plaisir démontrer la vigueur de son bras, mais c'était sans méchanceté ; et, s'il aimait la bonne chère ou les belles femmes, c'était sans perversité ni débauche. Fidèle à ses amis comme à sa parole, déférent envers les dieux, serviable envers les rois leurs représentants sur terre — qu'on songe au service qu'il rend à Augias et à la façon dont il obéit à Eurysthée — il usait surtout de sa force en justicier. Destructeur de monstres, terreur de tous les oppresseurs, il allait par la Grèce, l'assainissant de ses fléaux naturels — - l'hydre de Lerne et les oiseaux de Stymphale désignent primitivement des marais pestilentiels — comme des brigands qui l'infestent. Tels sont ses premiers exploits, ceux de la Grèce propre : lion de Némée ou sanglier d'Erymanthe, biche du Kérynée ou Centaures de Pholoé, combat contre l'Achélôos ou duel avec Kyknos.

Mais, bientôt, quand, emporté à Rhodes par les Doriens, il entre en contact avec les Grecs d'Asie Mineure, quel changement d'aspect ! Il ne revêt pas seulement la peau du lion au contact du Sandon lydien. Sa moralité s'abaisse autant que son esprit s'afTme : il se prend à aimer le vin et la femme comme un satyre — comparez son rôle auprès d'Omphale à son attitude chez Admète ; en même temps, cet infatigable marcheur, qui déambulait jadis en Grèce de vallée en vallée, devient un conquérant lointain, et même, un navigateur intrépide dont les Ioniens transportent les exploits partout où ils veulent illustrer ou symboliser leurs succès sur quelque barbare. C'est ainsi qu'on lui fait châtier en Thrace Diomède, en Lydie Lityersès, sur le Pont les Amazones, en Egypte Busiris, en Libye Antée, en Sicile Eryx, en Italie Cacus. 11 gagne même la Ligurie et l'ibérie pour terrasser Géryon et, quand on l'envoie jusqu'à l'Atlas chercher les pommes d'or des Hespérides, c'est bien un Ionien qui incarne en lui son rêve, un Ionien disposé à tout

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