HKRAKLES, LES ARGONAUTES. ULYSSE
risquer à la re^cherche de lointains trésors et, sans doute, des princesses lointaines ! Héraklès à Monaco ou à Alésia, Héraklès père de Galatès par la plus belle fille du pays, n'est-il pas bien Je précurseur d'Euxénos le Phocéen qui doit à l'amour de Gyptis la fondation de Marseille ! ^
Mais Héraklès a beau être transformé, il restera toujours trop l'homme de la force inintelligente pour être un héros populaire ailleurs que chez les Doriens. Le véritable héros de la Grèce colonisatrice et commerçante, c'est Ulysse,
Pas plus que VIliade, nous n'avons à examiner ici VOdyssée au point de vue littéraire ni pour y chercher tous les détails qui intéressent l'archéologie. C'est comme poème national, comme chant des premières grandes navigations des Grecs et de la découverte de ce qui sera le monde où s'épandra leur influence que nous devons considérer VOdyssée : ainsi on achèvera cet aperçu de la première expansion maritime des Grecs en rappelant ces épisodes odysséens qui l'ont immortalisée. Si V Iliade a été pour la Grèce ce que le Roland a été pour le moyen âge franc, les Liisiadcs, pour l'empire maritime des Portugais, répondent de même à VOdyssée.
Les événements qui forment le noyau de V Iliade ont pu se passer entre 1000 et 800 ; c'est entre 850 et 650 que se place l'ère odysséenne : elle s'ouvre avec les grandes navigations grecques dans le Pont qui aboutiront à la colonisation de Sinope vers 790 ; elle se clôt sur les fondations qu'on a vu se succéder de 735 (Naxos et Syracuse) à 635 (Naukratis et Cyrène). C'est au temps d'Arkésilaos II, le plus fameux des Battiades, sous qui les Cyrénéons, vainqueurs des Egyptiens d'Apriès, s'étendirent à Barca et à Euhespéridai
1. On sait que nos récits des aventures d'Hercule dérivent surtout des doux Iléraclées. mises on vers l'uno par Pcisandros do Rhodes (début du vi° siècle), l'autre par Panyassis d'IIalicarnasso (déhut du v siècle). Voir roxccllent article Hercules par F. Durrbach dans le DicL des An/ù/uUfif;.
HO L HELLKNISATION DU MONDE ANTIOUE
— ■ leur cap de « Bonne-Espérance » — que, vers 560, le poète Euganimon scella son dernier anneau à la chaîne des épopées homériques avec sa Télégonie. On y voyait un Arkésilaos, fils d'Ulysse et de Pénélope, fonder sans doute Cyrène, tandis que Télégonos, qu'Ulysse aurait eu de Gircé, lui succédait à Ithaque devenue le centre d'un royaume qui comprenait la Thesprotie. Cette époque est celle où les poètes du cycle des Nostoi racontaient le retour de Alénélas par l'Egypte, ou celui de Diomède colonisateur de l'Adriatique, sur le modèle du retour d'Ulysse.
A cette époque (milieu du vi*^ siècle), devant la colonisation grecque en Italie, Circé avait dû quitter Circéi et les Cimmériens la Thesprotie ou la Campanie pour gagner les Colonnes d' Hercule, tandis que le pays merveilleux du silphion allait se refléter dans l'île des Lotophages (Djerba).
Trois siècles auparavant (x^-ix^ siècles), toutes ces aventures d'Ulysse avaient pour théâtre le Pont-Euxin qui, on l'a vu, a le premier attiré les navigateurs grecs, surtout ceux de Milet, et où Sinope aurait été fon-dée par Autolykos, le grand-père d'Ulysse. Circé est vme sœur deMédée, une fille d'Aiétès, le roi de Colchide qui détient la Toison d'Or ; la Cimmérie primitive devait être dans les brumes du Bosphore cimmérien ; Leuké qui, des bouches du Danube, a fini par y être reléguée, est restée l'île mystérieuse des morts héroïsés ; la source Artakié des Lestrygons se retrouve près de Cyzique où les Argonautes éprouvent une aventure semblable; les Symplégades ont passé durant toute l'antiquité pour les écueils qui faisaient au Pont une entrée digne des terreurs de ses flots inhospitaliers. Si toutes ces merveilleuses aventures ont fini par être reportées, avec Ulysse lui-même, dans les mers d'Occident, c'est, en partie, que les Argonautes — tous héros Minyens ou Achéens de Béotie et de Thessalie à l'origine — les ont pour ainsi dire attirées dans leur sillage. Si, pour l'expédition des Argonautes comme pour le siège de Thèbes, il a fallu attendre l'époque hellénistique pour que toute la matière épique qui s'était amassée autour de ces épisodes fût coordonnée en
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un poème unique (du moins un poème qui nous soit parvenu), il n'en est pas moins certain que l'Argô était célèbre quand, vers le milieu du viii^ siècle, se composaient VOdyssée et la Théogonie. On y trouve de nombreuses allusions à P'Ao^/w -àj'. v.sXo'jo-a. Les aventures des Argonautes se réduisent, plus manifestement que dans VOdyssée, en un certain nombre de thèmes légendaires, légendes telles qu'en comporte tout folk-lore de marins allant à la découverte de terres nouvelles, et dont la localisation se déplace à mesure que recule l'horizon de l'inconnu.
Ainsi, le but même de l'expédition, l'île du Soleil où règne son fils Aiétès et où un dragon garde la Toison d'Or — les Golques auraient eu l'habitude de recueillir sur des peaux de mouton les paillettes d'or que roulaient leurs torrents, — , cet Eldorado d'Aia a passé par le Bosphore et la Tauride avant de se localiser définitivement en Colchide ; d'autres îles merveilleuses, île d'Ares, île d'Achille, ont fini par être repoussées des côtes du sud et de l'ouest pour se rapprocher de la bouche des Enfers qu'enveloppent les brumes et les marais de la Palus-Maeotide, au pays des Cimmériens et des Taures, tueurs et mangeurs d'hommes ; un autre pays merveilleux, celui des femmes guerrières, s'est déplacé de Lemnos au Thermodon, puis au Caucase, enfin en Scythie. Aux barbares féroces qui repoussent les navigateurs, s'opposent les bons sauvages qui- les reçoivent comme des frères ou des dieux ; les premiers colons de Lampsaque et de Chalcédoine, ayant été mal reçus par les indigènes, en firent les Bébryces inhospitaliers tandis que les Doliones et les Mariandynes, ayant respectivement favorisé les fondations de Cyzique et d'Héraclée, furent mis par leurs historiens sur le pied de ces peuples hyperboréens, llippémolges ou Abiens, « les plus justes des hommes », que connaît déjà V Iliade. Aux roches destructrices — Symplégades ou Syndromades — et aux oiseaux de mer carnassiers — Harpyes ou Sirènes — s'oppose le bon pilote, Kyzikos à Cyzique, Barbyzès à Byzance, Phinéos ou Daskylos à Héraclée, Eurypylos ou Triton en Libye; ce dernier
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est en même temps un '< bon géant )> comme Polyphémos qui cherchait Hylas à Kios avant de poursuivre Galatée en Sicile.
Avec Triton et Polyphémos ainsi transplantés et avec Amykos, l'autre fils sauvage de Poséidon qui se retrouve en Sicile auprès d'Eryx, nous touchons au grand transfert des thèmes légendaires, des mers pontiques aux mers italiennes, qui eut lieu quand, vers la moitié du ix^ siècle, les Hellènes se reportèrent du Pont, maintenant ouvert à leur commerce, vers l'Occident, encore inconnu. Comme leurs marins avaient dû entendre dire aux bouches du Danube qu'en remontant le grand fleuve qui y aboutissait, on pouvait gagner d'autres cours d'eau qui se déversaient au fond de l'Adriatique et du golfe de Lyon, il y eut toute une époque où le problème d'un passage du nord-ouest se posa à l'esprit grec comme il se posera, en Occident, pour le commerce des épices aux xvi^ et xvii^ siècles. A l'origine, comme on savait que les affluents du Phase touchaient à ceux de l'Euphrate, on avait imaginé là une des rives de l'Océan ; il suffisait à l'Argô de la longer pour arriver dans la mer Erythrée — à la fois golfe Persique et mer Rouge — d'où un Nil, rejeté vers les lacs Syrtiques, la menait aux mers de Libye et de Crète. Plus tard, c'est la rive nord de l'Océan au lieu de la rive est qu'on fit suivre aux Argonautes : ils n'en rentraient pas moins dans la Méditerranée, d'abord par les bouches du Tanaïs ou du Danube, puis par les mers Adriatique, Tyrrhénienne ou Ligure, enfin, dans une dernière progression vers l'Occident, par les Colonnes d'Hercule. De là, un déplacement plus ou moins explicite des thèmes légendaires du nordest au sud-ouest qui amena Aie tes et Circé à Gaète et à Circéi et confondit presque l'Eldorado de la Toison d'Or avec celui des Pommes d'Or.
Mais les aventures de l'Argô avaient été trop longtemps locahsées dans les mers pontiques pour supporter une pareille transplantation autrement que dans les combinaisons d'une épopée savante. Les Argonautes restèrent, dans l'imagination liellénique, les découvreurs du Pont : la découverte