I. Odyssée, IX, il6 et suiv
d (t. Riidet, Ephesiuca (l'.HOi, ji. l'I ul suiv.
MILET, MÉTROPOLK DE l'iONIE 91
tait au loin, pour les échanger, toutes ces richesses du sol asiatique.
Dans cette situation exceptionnelle s'était formée par des immigrations successives une race de marins singulièrement douée pour le commerce et les A^astes entreprises; race mélangée, s'il en fut, qui semble même avoir gardé du sang sémitique, du temps où les Phéniciens trafiquaient sur cette côte et donnaient peut-être son nom, dans la baie d'Ephôse, à l'îlot de Syrie. Le savant milésien Thaïes passait pour descendre d'une famille phénicienne \ Les historiens grecs se souvenaient encore de deux autres colonisations, celles des Cariens et des Cretois. Les Cariens longtemps établis dans les îles auraient finalement reflué vers la côte Asiatique.
Hérodote appelle carienne la population que les Ioniens trouvèrent et vainquirent à Milet. Les Cretois qui chassaient les Cariens devant eux, et qui leur succédaient dans l'empire maritime, ont laissé sur ce point des traces certaines, L'Apollon Delphinios, qui avait dans la ville un sanctuaire célèbre, fait partie du vieux panthéon crétois.' Si l'on en croit Strabon, c'est à une cité Cretoise (Milatos où l'on a trouvé une nécropole minoenne) que Milet aurait emprunté son nom.
En débarquant dans le golfe Latmique, les Ioniens y trouvaient les fils de ces anciens colons, voués comme eux à. la vie maritime, animés comme eux de cet esprit d'entreprise et d'endurance qui est le propre des peuples sélectionnés par l'émigration. Une anecdote curieuse, rapportée par Hérodote, témoigne que ces premiers occupants fusionnèrent avec les nouveau venus .
« Les Ioniens, dit-il, n'avaient point amené de femmes avec eux lorsqu'ils vinrent s'établir à Milet. Ils épousèrent les femmes du pays, les Gariennes, dont ils avaient tué les parents. Celles-ci, se souvenant toujours du meurtre de leurs
1. Onapunsé aussi (|ue la l'holniké visée (Jlail colle de Gilicie, Isid. Lévy, Revue de Phil. I!)0ï, p. o09. Diels a pose la question Tludes. ein Seinite'.' (Archiv /ur l'Idlosopliie, 18811).
2. Voir W. Aly, l>ii.s Krelisc/w ApoUoiih-ulhis, l'.liKS. cl Ihdphhiios dans Klio. V.\\\.
pères, de leurs maris, de leurs fils, ne consentirent jamais à prendre leurs repas avec leurs nouveaux époux et s'interdisaient même de les appeler par leur nom, coutume qui se perpétua toujours dans la suite. '»
11 est aisé de faire dans ce récit la part de l'histoire et celle de l'invention. Hérodote nous donne une explication, anecdotique et invraisemblable, d'un usage local qui l'avait étonné. Mais plusieurs faits intéressants pour l'histoire ressortent de ce passage avec certitude. C'est d'abord que les Grecs ne s'étaient point établis à Milet en commerçants pacifiques, mais par la guerre et à la suite d'un coup de main brutal. C'est ainsi qu'au lieu de refouler ou d'exterminer la population indigène ils s'y étaient mêlés dès l'abord et en avaient adopté certaines coutumes. La colonisation du xvi^ siècle n'a pas procédé autrement.
Ces Ioniens, les derniers venus des immigrés, dominèrent facilement tous les autres par le nombre, par leur intelligence et leur inlassable énergie. De toute la famille hellène c'étaient de beaucoup les mieux doués pour la vie et la conquête maritimes. Nulle part en Asie Mineure les colons grecs n'apportèrent autant d'activité industrieuse. Sur le littoral du Nord, les Eoliens, peuple cultivateur et lourdaud, trouvaient à exploiter des terres fécondes, mais n'avaient point la force d'essaimer. Beaucoup d'entre eux pris de nostalgie et découragés, comme les parents d'Hésiode, se rembarquaient finalement pour la Béotie. A Ephèse même, les colons ioniens, auxquels s'étaient mêlés des laboureurs venus d'Arcadie, se détournaient de la mer et se laissaient bientôt distancer par les Milésiens.
Ce qu'étaient chez ce peuple l'esprit d'aventure etl'énergie conquérante, nul fait peut-être n'en donnera mieux idée que le chapitre d'Hérodote où nous est racontée l'ambassade à Sparte d'Aristagoras".