‹ L'Hellénisation du monde antiqueChapitre 50 sur 157 · I.l-: THK.ATRK DK LA COLONISATION KN SICILK Ht · texte numérisé non relu

I.l-: THK.ATRK DK LA COLONISATION KN SICILK Ht

Par les Sicules comme par les Sikanes, on voit que le fond de la population de la Sicile doit être apparenté aux Ligures, le peuple qui était établi sur le pourtour de la Méditerranée occidentale, dans l'âge de la pierre polie, quand les premiers navigateurs d'Orient vinrent lui apporter le cuivre de Chypre. La civilisation du cuivre semble avoir été de courte durée en Sicile, non pas qu'elle y ait commencé plus tard qu'ailleurs, mais parce que l'île a été envahie plus tôt par des peuples déjà arrivés à l'âge du bronze. Les Cretois de Minos se placent sans doute à la tête de ces navigateurs d'Orient. Ils ont été suivis par les Elymes, puis, presque simultanément, par les Phéniciens et par les Grecs.

Pour les Elymes, que ce peuple, encore mystérieux, soit venu d'Orient, c'est ce que la tradition antique paraît avoir été unanime à reconnaître : sauf Hellanikos, qui voulait qu'ils aient été chassés d'Italie par un roi des Oinotriens, elle s'accorde à voir en eux des Troyens mêlés de Phocidiens. Ils étaient groupés à la pointe occidentale de la Sicile autour des trois fortes places de Ségeste, d'Eryx et d'Entella. Eryx étant célèbre par son temple d'une déessemère, nommée Aphrodite par les Grecs, et dont les vocables étaient Aineias et Zérinthia, on en a conclu à l'origine sémitique des Elymes, en rappelant que, chez les Elymes (Elamites) de Perse, la grande déesse s'appelait Aîné ou Zarétis. Mais ces Elymes de Perse n'ont rien de sémitique et, si quelque élément phénicien a pu se glisser dans le culte d'Eryx, le fait que le territoire des Elymes formait comme ime enclave au milieu de celui des Phéniciens suffit à l'exphquer. Un rapprochement plus intéressant est celui qu'on a fait entre les Elymes et les Solymes de Lycie ; on retrouve chez les deux peuples la légende des Cyclopes et des Galéotes, Telmissos comme nom de lieu, la triquètre comme insigne, enfin le nom indigène de Ségeste, Segestazibcmi, a ime terminaison qu'on retrouve en lycien. Les rapports entre les Lyciens et les Troyens sont assez étroits pour expliquer que, sous l'inlluonce peut-être du nom d' Aineias

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porté par la déesse d'Eryx, on ait fait venir les Elymes de Troade ; quant aux Phocidiens, il faudrait voir en eux, comme on le verra avec les fondateurs de Locres et de Cumes, les représentants de ces ancêtres des Grecs qui prirent part aux grandes expéditions maritimes des Peuples de la Mer. C'est au mouvement qui a amené les Tyrsènes en Etrurie et peut-être les Sardes en Sardaigno, que serait due l'arrivée des Elymes en Sicile. Pourtant, comme les noms de leurs trois villes se retrouvent sur la côte ligure, on peut se demander s'ils n'en sont pas originaires ; sinon, il faudrait admettre que ces noms appartiennent à une population liguro-sicule qu'ils auraient soumise au xi^ siècle.

Quant aux Phéniciens, que les historiens de la Sicile, Holm et Freemann, ont eu le tort de voir partout où ils rencontraient un nom de lieu ou de dieu qui leur semblait étrange, il n'est pas besoin de leur Melkart ou de leur Astarté pour expliquer l'Hadranos des Sicules, l'Aphrodite des Elymes, l'Héraklès des Grecs. Quand Thucydide dit que les Phéniciens avaient occupé toutes les îles côtières et tous les promontoires avancés de la Sicile, il n'est pas certain que lui ou sa source ne confonde pas avec les Minoens. Tandis que les découvertes archéologiques ne cessent de mettre au jour de la céramique égéenne, elles ne produisent guère d'objets phéniciens; d'ailleurs, Thucydide constate que les Phéniciens s'étaient retirés dans trois villes proches des Elymes, Motyé, Soloeis et Panorme (Palerme); ces trois places font face à Carthage et dépendent d'elle. Il est donc possible qu'elles aient été fondées par elle et que les Phéniciens n'aient eu ainsi de colonies véritables en Sicile qu'un demi-siècle avant les Grecs \

Le tableau que présentait l'Italie lorsque les premiers

1. Pour les Phéniciens et les Gartliaginois en Sicile des origines au début du \'^ siècle, voir maintenant St. Gsell, Histoire ancienne de V Afrique du \ord. I (1!M3) en coiiiplétant parun art dOher/Anôv, Sfudis/ori(:i. VI (1913).

LE THÉÂTRE UE LA COLONISATION KN GRANDE GRÈCE tl3

colons grecs y débarquèrent au viii^ siècle n'était pas sans ressemblance avec celui que leur offrait la Sicile : des peuplades si anciennement établies sur le sol qu'elles pouvaient passer pour autochtones, des envahisseurs barbares, venus ceux-ci par terre et du Nord, ceux-là par mer et d'Orient.

C'e,st, en effet, entre le xii" et le x^ siècle, qu'une triple invasion paraît avoir acculé dans la « botte italienne » les vieilles populations do l'Italie néolithique, probablement Ligures, apparentées aux Sicules que nous avons, vu conserver cette « pointe de la botte » qui va de Laos à Métaponte : c'est à cette partie de la péninsule que le nom cVItalia, sans doute « terre aux bœufs » (de çitiilus ; cf. notre « Terre de labour ») paraît avoir été donné à l'origine et, dans ses larges plaines, alors moins désolées que par suite du déboisement d'aujourd'hui, les indigènes étaient surtout des pâtres pacifiques ; terre à blé, leur sol semble avoir été aussi déjà terre à vigne; du moins est-ce ainsi que les Grecs interprétaient le nom &''Oinotria qu'ils lui donnaient ; leur double richesse en moutons et en huile d'olives s'exprimait dans la légende des Nymphes épiinéliennes (des brebis) changées en oliviers. Bien que vivant surtout en pasteurs, ces Oino trions, Ausones ou Italiens paraissent avoir eu dès lors quelques villes que les Grecs devaient bientôt coloniser, telles Témésa, déjà connue dans VOdyssée, Tarente où l'on a trouvé une importante station de l'âge de cuivre et Métapos qui deviendra Métaponte ; leur grande déesse est une vache sacrée qui se transformera en Héra Lakinia à Crotone ou Koré à Locres. Chez eux, comme chez les Sikanes, la Crète de Minos semble avoir étendu son action. Témésa rappelle Tamassos, la ville du cuivre de la Chypre égéenne, et les anciens voyaient dans les Messapiens — dont le nom est sans doute en rapport <ivoc Métapos-Messapos — les descendants des Cretois qui, après avoir vengé Minos en Sicile, seraient venus fonder Hyria en Messapie et qu'auraient rejoint, après la guerre de Troie, les Cretois d'Idoménée. Les découvertes de Tarcliéologie

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ont attesté la réalité, sinon d'une colonisation, du moins d'une influence crétoise '.

L'invasion qui avait forcé les Sicules à passer en Sicile et acculait leurs congénères au fond de l'Italie, peut se décomposer en trois migrations distinctes dont l'enchevêtrement est loin d'être encore démêlé. L'une est celle des Osco- Sabelliens, apparentés de près, semble-t-il, aux Celtes ; alors que ceux-ci n'avaient pas encore franchi les Alpes, les bandes osques se répandirent dans la plaine du Pô et, passant les Apennins, allèrent s'allonger tant à travers les plaines de Gampanie que dans les montagnes du Samnium. Ce sont ces Osques, très rapidement civilisés dans la riche Campanie, que les Grecs paraissent avoir désignés sous le nom d'Opiques : la terreur qu'ils inspirèrent aux premiers navigateurs semble en avoir fait les Cyclopes; mais, au contact des colonies grecques du golfe de Naples, ils ne tarderont pas à se teinter d'hellénisme et c'est d'accord avec les Grecs qu'ils résisteront au v^ siècle à leiirs frères du

► I. Aux ouvrages signalés à la iioLede la p. lO'J il l'audrait ajouter le premier volume des histoires rouiaines de Niebuhr (trad. Irane. 1830), de Momtnsen (trad. Irane. 1863) et de Duruy (1879) qui conservent une grande valeur. Trois exposés, aussi intéressants que différents, de l'histoire des origines italiennes ont été récemment publiés en Italie : celui de E. Brizio {Storia polilica d'ilalia, I, IIJOO), celui de E. Pais {Storia di Roma, I, 1, 1898 ; 2» éd., 1913), celui de G. de Sanctis {Storia dei Romani, 1. 1901). Pour les découvertes archéologiques on se mettra au courant en parcourant V Intvoduclion à. l'histoire romaine de B. Modestov (trad. franc.. 1907) ou en feuilletant les 400 planches réunies par 0. Montelius sousle titre La civilisation primitive en Italie ou les 30 volumes du Bullettino di Palet nologia dirigé par L. Pigorini (résumé de ses idées dans la Re^^*? d'Ethnogr., \\)\t p. 82-4). Outie l'important mémoire de son co-dirccteur Colini sur l'âge énéolithic[ue en Italie (Bullet. 1909-10), on lira avec profit deux articles de Vj. Peet, Rev./irc/i., 1910, I et Annals of arckseology, 1910. Sur la question messapo-illyrienne, j'ai résumé les théories de Ribezzo et de Costanzi dans la Revue épigraphique, 1913, p. 401 ; pour les influences Cretoises sur leur civilisation après les avoir longtemps niées, on tend à les exagérer (sur les théories des savants autrichiens Maass et K. von Scala voir les remarques de Giaceri,etde Pais, Studi Slorici, V, 1912). Pour la question étrusque, sa position actuelle est très bien indiquée par Koerte, art. Die Elrusker de la Realencyclopisdie (1911) et par A. Grenier, Bologne villanovienne et étrusque (1913). Des trois civilisations que présente l'Italie primitive j'admets que celle dite des lerramares (pierre polie et cuivre) est celle des Liguro- Sicules, (jue celle dite euganéenne ou atestine (bronze, puis fer) est celle des Vénélo-[llyriens (ou Japyges). que celle dite villanovienne (fer seul) est celle des Ombro-Sabellicns.

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