LA. CULTURK HELLÉNIQUE EN SICILE ET EN GRANDE GRÈCE
cien dont l'action a été incalculable sur le développement du mysticisme et du gnosticisme qui ont tant fait pour préparer le monde antique au Christianisme. Pythagore présente lui-même une physionomie qui rappelle singulièrement celle du Christ : fils ou incarnation d'Apollon, descendu aux enfers et ressuscité, il a la faculté surnaturelle de guérir, à l'aide d'incantations magiques, les corps et les âmes malades, il a le don du miracle et de la prophétie, il entend l'harmonie des sphères célestes et peut communiquer avec les êtres inférieurs comme avec les êtres supérieurs ; ses « Vers d'Or » sont une sorte de Décalogue qui commence par « Le Seigneur dit » comme les Logia de Jésus. Et il annonce aussi le Christ par son universahsme ; la légende qui le fait initier par Epiménide de Crète comme Jésus l'est par Jean veut que, grâce à lui, les peuples barbares connaissent aussi les voies du salut. On lui donne comme élèves Zalmouxis le Gète et Abaris le Scythe; on le met en contact avec les mages, les brahmanes et les druides et, si Cicéron conteste que Numa ait reçu ses leçons, il n'en est pas moins certain que, dès le m® siècle, le pythagorisme, resté vivant dans l'Italie grecque, s'introduisit à Rome. Un nouvel essor commença alors pour lui par son union féconde avec le néo-platonisme, et c'est chose caractéristique pour le rôle du pythagorisme dans la diffusion de l'hellénisme que la provenance des trois apôtresqui, à la fm du i'^^ siècle, répandent partout la doctrine de Pythagore : Modératus de Gadès, Nikomachos de Gérasa, Apollonios de Tyane. D'autres penseurs semblent avoir repris, dans la Grèce d'Occident, telle ou telle des idées de Pythagore. Ainsi, pour son système cosmique — qui devançait peut-être les monades de Leibnitz — Ekphantos de Syracuse et Pétron d'Himère; pour la croyance en l'unité et Tinfinité divines ainsi que dans l'unité fondamentale de tout ce qui vit, Xénophane de Colophon (v. 570-500) qui, venu d'Ionie, après avoir professé à Zanclo et à Catane, finit par s'établir à Eléa où son élève Parménide développa ses doctrines : c'est lui qui protestait contre les dieux d'Homère avec leurs pas-
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sions humaines et répétait que si les bœufs pouvaient représenter leurs dieux ils leur donneraient des sabots ; enfin, Empédocle (v. 490-420), petit-fils d'un fidèle de Pythagore et qui avait mêlé à ses doctrines celles de Parménide et d'Anaxagoras. Prophète et thaumaturge, faisant prendre pour des miracles, par la crédulité populaire, le réveil d'une cataleptique qui passait pour morte ou l'arrêt d'une épidémie par le drainage d'un marais, l'invention de paragrêles et l'emploi de passes magnétiques, il avait fini par se convaincre de sa mission divine et voulut, par sa fin célèbre, y attester sa foi en l'imposant à ses fidèles. Il avait composé de nombreuses œuvres en vers et, s'il ne nous reste qu'une cinquantaine de hgnes de son poème sur la Nature, on peut s'en faire une idée par le De Natiira Rerum où Lucrèce, qui sait que sa doctrine remonte, par Epicure, à Empédocle, a laissé au philosophe d'Agrigente un immortel hommage '.
La littérature ne fut pas moins glorieusement représentée que la philosophie dans la Grèce d'Occident. Dès la 9^ Olympiade, Kynaithos de Chios aurait récité à Syracuse les chants d'Homère. Stésichore d'Himère (v. 640-560) voulut leur donner une suite dans son Ilioiipersis où, en jouant sans doute sur le surnom d''Aineias de l'Aphrodite d'Eryx, il faisait venir son fils Enée en Sicile, C'est aussi lui, semble-t-il, qui a popularisé dans ses vers les légendes qui rattachaient la nouvelle Grèce au passé héroïque de la métropole, narrant les aventures d'Ulysse en Campanie et celles de Diomède en Daunie ainsi que les exploits d'Héraklès contre Géryon. Il fit même entrer dans le patrimoine littéraire de la Grèce des légendes siciliennes comme celle de l'amour de Daphnis et celle des abeilles d'Aristée. Ibykos de Rhégion semble avoir traité dans le même sens les légendes des Argonautes et d'Héraklès. Si Stésichore et
1. Voir le livre de G. Brclon, Xénophane, Parménide, Empédocle (l'aris, 1882). Pour les travaux récents sur l'école éléate, 0. Gilbert, Rheinisches Muséum, 1909 et l'art. Empedokles de la Real-Encyclopddie. Sur les rapports entre Eléates et Orphiques, J. Durfler. Die Elealen und die Orphiker (Freistadt, 19|l).