I,A CULTURE HELLÉNIQUE EN SICILE ET EN GRANDE GRÈCE
Ibykos paraissent avoir passé une partie de leur vie en lonie, ce n'est là qu'un indice de plus des étroits rapports entre les deux Grèces d'Orient et d'Occident ; car, en retour, Arion, Sappho et Théognis passaient pour être venus chanter en Sicile.
Ce sont des poètes pareillement étrangers de naissance à la Sicile, qui ont illustré les règnes de Gélon et d'Hiéron, de Théron et d'Anaxilas, en chantant et leurs succès sur les barbares et, surtout, les nombreuses victoires remportées par leurs chars aux grands jeux panhelleniques : Simonide de Kéos (558-468) et son neveu Bacchylide, surtout Pindare qui, s'il ne passa que peu d'années en Sicile (v. 476-4), n'en a pas moins consacré à des vainqueurs de Sicile ou de Grande Grèce vingt de ses quarante-quatre épinikia. C'est pour les fêtes extraordinaires données à l'occasion de la fondation de la ville d' Aetna, au pied du volcan, que Hiéron parait avoir obtenu qu'Eschyle vînt auprès de lui en même temps que Pindare ; il composa pour la circonstance ses Etnéennes et semble être retourné en Sicile en 459 pour mourir trois ans après à Gela. Les anciens remarquaient dans ses œuvres et l'influence pythagoricienne dans les idées et l'influence du grec de Sicile dans son vocabulaire : vir utique Siculiis, dit de lui Macrobe. Mais le représentant le plus authentique du génie sicilien est Epicharme (v. 540-460). Bien que venu de Kos (sans doute en 493), nul ne sut mieux comprendre et rendre en ses petites comédies l'esprit du Gréco-Italien, qui est resté celui de Naples et de Palerme. C'est sur le modèle des « bouffes » qu'on n'a pas cessé d'y jouer qu'il faut nous représenter ses comédies: d'une malice plus pétillante que mordante, d'une plaisanterie qui peut être grasse mais qui n'est jamais grosse, elles sont pleines do traits vifs el de formules heureuses qui dessinent un caractère, caractérisent une situation et en tirent la moralité. Ces comédies paraissent avoir été mêlées de danses accompagnées de chants, et Sophron de Syracuse, continuateur d' Epicharme et devancier de Théocrito et d'IIérondas, en développant leur ((^té réaUsIc et en les réduisant à de petits
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tableaux de vie, créa le mime tel que l'ont compris les anciens : mimes et danseurs siciliens étaient si réputés qu'ils voyageaient par troupes dans le monde grec ; Socrate les voyait débarquer au Pirée comme nous y voyons arriver de r Italie du Sud les a tarentelles ».
C'est en Sicile que la rhétorique et la sophistique se sont développées d'abord, dans une alliance caractéristique. Les noms de Korax de Syracuse, de son fils Tisias et de l'élève de celui-ci, le célèbre Léontinien Gorgias, sont restés attachés à ces deux disciplines qu'ils sont venus enseigner en Grèce : par là au moins, les innombrables procès nés des dissensions civiles ont profité à la culture en donnant des règles précises à l'art oratoire et, surtout, à l'éloquence judiciaire. Un Lysias comme un Platon se vantaient d'avoir été les élèves de Gorgias.
Enfin, l'histoire n'est pas restée en Sicile en arrière des autres genres littéraires : Hippys de Rhégion paraît avoir été utilisé par Hérodote et Antiochos de Syracuse par Thucydide.
Le développement des arts a été parallèle à celui des lettres. Si le vii*^ siècle semble s'être contenté de temples en bois ou en tuf décorés par des terres cuites vivement coloriées, le vi^ siècle a commencé à construire ces immenses temples en marbre qui, à Sélinonte, à Agrigente, à Paestum, ont bravé les siècles. Ces ruines imposantes sont présentes à toutes les mémoires- et nous ne pouvons ici qu'appeler l'attention sur les trois caractères qui semblent le plus dignes d'être retenus pour comprendre ce que fut l'hellénisme occidental. C'est d'abord l'énormité, chaque cité — avec une émulation qui caractérise bien un « nouveau monde » — cherchant à faire plus grand que la voisine et, dans chaque cité même, chaque époque cherchant à dépasser celle qui
1. La justification des faits résumés ici se trouvera dans toutes les grandes liistoii-es de la littérature gi'i'cque. Je ne signale en dehors ((ue deux ouvrages: pour la lyrique M. Mancuso, La lirica classicagrecain Sicilia e nella Maf/na Grecia (1912), pour la comédie H. Reisch, Der Mimus (1903).
2. Il suffit aussi de rappeler Touvrage fondamental : Koldewey et Puclistein, Die griechisc lien Tempel in Unt^rilalien und Sicilien (1899).